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DOSSIER : La crise de l’école : le mirage de la démocratisation scolaire

Violence à l’école

Mis en ligne le 1er décembre 2000 Convergences Société

Une large publicité est faite aujourd’hui aux phénomènes de violence à l’école. Mais s’il existe des situations particulièrement graves et insupportables, le piège des fausses évidences nous guette aussi à chaque pas.

Un phénomène aggravé ?

Et d’abord de quelle violence parle-t-on ? Au banc des accusés, seule la violence des jeunes semble devoir poser un problème, une violence d’ailleurs de plus en plus mal définie. Un thème revient en effet fréquemment, concernant aussi bien l’école que les « cités », celui de « l’incivilité ». Nul ne sait où cela commence vraiment, s’il faut l’appliquer à des comportements jugés agressifs, à des dérapages verbaux ou à un certain « climat »… La violence existe, incontestablement, mais bien des amalgames permettent aussi de juger « violents » des comportements qui pour être parfois difficilement supportables ne sont pas de même nature.

En fait le problème de la violence n’est pas nouveau dans les quartiers populaires même si la dégradation des conditions de vie et l’absence de perspective forment inévitablement un terreau favorable à la petite délinquance, dont les jeunes issus de ces quartiers sont souvent eux mêmes les premières victimes. Mais là où le phénomène était autrefois cantonné dans la cité et dans les « écoles pour pauvres » (comme les CET il y a une trentaine d’années), il frappe désormais l’école de plein fouet à tous les niveaux d’enseignement ou presque, du fait de l’allongement de la scolarité. Le phénomène en est d’autant amplifié.

Des réponses institutionnelles qui ne sont pas neutres

Le mythe de « l’école sanctuaire » a la vie dure, comme s’il suffisait d’éloigner quelques « sauvageons » récemment stigmatisés par Chevènement pour que tout rentre dans l’ordre, ou faire la leçon aux parents qui auraient « démissionné ». Mais paradoxalement le thème de la violence sert aussi de prétexte pour faire évoluer les missions de l’école comme si cette dernière devait avoir réponse à tout. Tâche impossible au demeurant face à des problèmes qui la dépassent largement.

A défaut, on lui demandera quand même de les gérer au jour le jour, en gardant les jeunes le plus longtemps possible, même sans motivation, parce qu’ils sont mieux dedans que dehors. Au lieu de transmettre des savoirs, l’école fera semblant de transmettre des comportements : c’est le rôle notamment de l’éducation civique et de « l’éducation à la citoyenneté », réinvestie dans toutes les disciplines. Une leçon de morale qui jette une lumière crue sur ce qu’on attend des citoyens : une obéissance passive à des règles qui sont de toute façon imposées, comme l’illustre de façon caricaturale le dernier gadget en cours, les « conseils de la vie lycéenne » (citoyens mais… avec voix consultative). Reste la police. En partenariat avec l’école (merci Chevènement et Lang !), la police peut désormais investir tranquillement l’école. Sous prétexte de renouer le dialogue, elle espère sans doute légitimer par avance ses interventions dans les quartiers populaires qui resteront tout aussi violentes et humiliantes à l’égard des jeunes.

Une responsabilité pour le mouvement ouvrier

Le mal qui ronge l’autorité des parents et l’adhésion des jeunes à une école censée leur apporter la réussite est le même : c’est la précarité et le chômage, l’absence de perspective et de débouchés, l’absence de repères aussi dans une société où l’argent facile est chaque jour encensé à la bourse, mais le « business » dans les cités mal vu, et ses dérives comme le racket condamnées. Après vingt ans de recul, l’image du travailleur toujours exploité, toujours défait, n’a évidemment pas de quoi faire rêver les jeunes. Renouer avec les luttes -victorieuses- serait évidemment un moyen de donner d’autres valeurs que la réussite individuelle, souvent minable, aux dépends du voisin ou du copain, et d’autres objectifs à un sentiment de révolte qui ne trouve guère jusqu’ici que des dérivatifs.

Raoul GLABER

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