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DOSSIER : La crise de l’école : le mirage de la démocratisation scolaire

L’école, à quoi ça sert ?

Mis en ligne le 1er décembre 2000 Convergences Société

On a voulu nous vendre l’école comme un produit miracle. Pas seulement un lieu où l’on apprend, mais une machine à transformer la société, à assurer le progrès social, la promotion des classes populaires. Et même, au passage, à former de bons petits citoyens.

L’école idéale serait celle de « l’égalité des chances ». Voilà bien un rêve de bourgeois : la compétition, dès l’enfance, pour prendre les meilleures places. Honneur aux riches de cette société idéale, qui ont si bien travaillé à l’école ; honte aux abonnés de l’ANPE, les cancres de la république…

Pourtant, même cette triste méritocratie est bidon.

Chômage ? Précarité ? Sales boulots mal payés ? Décrochez des diplômes, et vous vous en sortirez, nous a-t-on seriné. La gauche a même enchéri là-dessus : « 80% d’une classe d’âge devra avoir le bac », avait prévenu le ministre Chevènement en 1984. La part de la classe d’âge passant son bac a grimpé de 30 % en 1985 à plus de 60 % aujourd’hui. Les classes populaires ont envahi les lycées, certes. Le chômage dans le dos, les jeunes ont fait la course aux diplômes. Les patrons, la course aux profits. Résultat ? Le bac ne vaut plus grand chose.

Retour à la réalité : ce n’est pas l’école qui change la société. C’est la société actuelle qui fabrique une école à son image, où l’enfant de prolétaire n’est l’égal de l’enfant de bourgeois que pour rire, où il y a des lycées poubelles et des lycées d’élite. L’école de la république sert à fournir au capital la main d’œuvre dont il a besoin, adaptée si possible aux technologies de l’économie moderne. C’est une gare de triage : tant d’élèves pour la mécanique auto, tant pour la couture, le secrétariat, le général, tant pour les écoles d’ingénieurs. Les « réformateurs » du ministère ont les pieds sur terre. Ils veulent, dans les lycées, alléger les programmes : moins d’histoire et de littérature, plus de technologies et de traitement de texte. « Il faut adapter l’école à ses nouveaux publics », disent les slogans du ministre. Pourquoi en effet donner de la culture générale à des élèves destinés à servir les ateliers et les bureaux du capital ?

Qu’on leur ajoute un zest « d’éducation civique » (une demie-heure par semaine) et on métamorphosera nos sauvageons en bons petits citoyens bien sages. Enfin, on l’espère. Voilà pour le volet « éducation » !

C’est entendu : l’école était un « ascenseur social » à condition de n’embarquer que quelques passagers. Aujourd’hui, tout le monde serait monté dedans. Mais il ne décolle pas. Et des centaines de milliers de lycées se sont mobilisés. Pas pour défendre cette école-là, cette machine à trier la main d’œuvre. Mais pour une éducation qui ne soit pas au rabais.

Le jeune prolétaire qui, il y a encore 30 ans, fêtait ses 15 ans à l’atelier, se retrouve aujourd’hui au lycée. Et il fait le désespoir de ses profs. Les lycéens font plein de fautes et regardent trop la télé ? Peut-être. Quoi que, hier… Mais pour toute une génération, le niveau est tout de même monté : assez en tout cas pour contester dans la rue la camelote scolaire que le système leur sert.

Bernard Rudelli

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