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DOSSIER : La crise de l’école : le mirage de la démocratisation scolaire

Où commencerait la vraie réforme ?

Mis en ligne le 1er décembre 2000 Convergences Société

L’école actuelle assure plus ou moins le SMIC scolaire pour la majorité. Et encore, c’est la minorité des enfants déjà bien pourvus à la maison qui sont le plus à même d’assimiler ce plateau repas éducatif. Et ce que le fast-food scolaire n’offre pas, les nantis et très nantis ont mille moyens de le trouver ailleurs.

Mais l’école démocratique, la vraie – pas la mal bouffe scolaire, mais la gastronomie culturelle pour tous –, qui donnerait effectivement accès à la culture, c’est-à-dire aux arts, aux sciences, à la littérature, aux techniques et autres arts de vivre à l’ensemble de la jeune génération ? Comment la mettre en place ?

Pour l’heure, pas besoin de rechercher de nouvelles recettes pédagogiques. De ce côté-là, il n’y a pas franchement pénurie. Transmettre efficacement le savoir aux mômes, sans qu’ils regardent les mouches voler en attendant de chahuter, en fait, on sait faire. Les écoles expérimentales et pionnières, animées par des pédagogues liés au mouvement ouvrier ou simplement aux réformateurs bourgeois, n’ont pas manqué depuis cent cinquante ans. La recherche pédagogique elle-même se porte plutôt bien.

Prenez une équipe pluridisciplinaire constituée d’éducateurs confirmés, c’est-à-dire ayant aussi une expérience de la vie sociale et professionnelle, et de quelques artistes : faites-là suivre une classe de quartier populaire quelques années de suite. Les résultats seront là (ils sont déjà là, à titre « expérimental », car les bonnes idées ne sont jamais appliquées qu’à titre expérimental dans cette fichue société). Bref, mettez un encadrement à raison… disons d’un adulte compétent du monde scolaire et extra scolaire pour cinq mômes, durant l’ensemble de leur cursus élémentaire. Oui, les résultats seront là. Et comment !

Ah, ça n’assurera pas forcément un poste de ministre, de cadre supérieur ou d’avocat d’affaires à votre rejeton, ni même un emploi tout court ! Cela ne lui donnera sans doute même pas le goût de la réussite sociale. Heureusement : imaginez une société exclusivement peuplée de ministres, d’avocats d’affaires et de Bill Gates… l’enfer ! Tout au plus cela lui donnera-t-il le goût d’un certain type d’efforts complexes, autrement dit d’un certain plaisir de vivre. Ne pariez pas là-dessus non plus pour en faire un bon petit citoyen, un anti-sauvageon comme les voudraient nos Chevènement, Allègre et autres Jack Lang. L’accès à la culture, la vraie, ce n’est pas l’école de l’ennui, donc de la docilité ou du conformisme. Des mômes du peuple très éduqués, cela peut faire, en toute connaissance de cause, des mômes du peuple très rebelles. Mais au fond, ne serait-ce pas-là le meilleur pari sur l’avenir ?

Les bons comptes

Bon. Ne rêvons même pas. Faisons seulement quelques comptes. Un quart de la population du pays est aujourd’hui scolarisée (12,4 millions d’élèves et d’étudiants). Ce que les statistiques officielles appellent la Dépense Intérieure d’Education [1], c’est-à-dire « l’effort consenti par la collectivité nationale pour le fonctionnement et le développement du système éducatif », représente 7,4 % du PIB (Produit Intérieur Brut). 7,4 % du PIB pour l’alphabétisation, la formation et l’éducation de la jeune génération (le quart de la population !) censée assurer la perpétuation et l’essor de la civilisation, cela relève de l’économie culturelle de pénurie. Il est vrai que c’est un choix de société, de leur société. Simple question : quelle part du PIB représente aujourd’hui ce qu’on pourrait appeler la dépense intérieure publicitaire ? Il est évident qu’un gouvernement sous contrôle ouvrier ferait d’autres choix.

Petit zoom sur le détail des dépenses actuelles d’éducation : en moyenne, la collectivité nationale, donc, consacre chaque année 34 900 francs par élève ou étudiant. C’est une moyenne. Une année d’enfant en maternelle vaut 22 400 francs, une année en primaire, 23 000. A l’autre bout de la scolarité, l’année d’un élève ingénieur universitaire coûte 89 200 francs, près de quatre fois plus (chiffres du ministère). Normal ? Là aussi, question de choix. Nul doute qu’il faille au moins ces 89 200 F par an pour faire un ingénieur correct. Et si, pour commencer, la société consentait par an pour l’éducation de tous les bambins et les mômes de moins de onze ans ne serait-ce qu’autant que ce qu’elle donne par an pour un fils de famille admis dans une grande école ? Quatre fois plus de moyens, cela signifierait cinq à six élèves par section en maternelle et primaire (dit autrement un encadrement d’un adulte pour 5 enfants) au lieu des 25 enfants et plus actuels par classe. Déjà un énorme changement qualitatif ! Cela ne voudra sans doute pas dire tous ingénieurs en fin de course. Mais peut-être une génération d’ouvriers et d’employés qui n’auront plus envie que d’autres parlent à leur place.

Une utopie, un système éducatif qui prévoit plus d’argent pour une année de maternelle, de primaire et de secondaire général que pour un élève de Polytechnique ou de Centrale ? Là aussi. Tenons-nous à de froides comparaisons : le coût d’un chien de travail (chien d’avalanche, chien guide, chien policier…) au bout de 18 mois à 2 ans de dressage (pardon, pour ce qui est des chiens, on dit désormais entraînement ou « éducation » canine) revient environ à 80 000 francs. Autrement dit, l’année éducative canine revient un peu plus cher que l’année éducative de l’enfant de maternelle ou de primaire… Bref, la collectivité actuelle consacre un peu plus d’effort à l’éducation de ses chiens que de ses mômes ! Par quoi commencerait une véritable réforme de l’éducation ? Soyons modestes : faire en sorte qu’une année môme représente deux ou trois années chien. Ce ne serait pas encore le socialisme, mais cela éclaircirait un peu l’horizon.

Huguette Chevireau


Ailleurs comme ici

Pendant quatre ans, une équipe de chercheurs britanniques, sous la direction du professeur Peter Blatchford (Université de Londres), a suivi deux groupes de 8000 élèves durant les trois premières années de l’école fondamentale (4 à 7 ans). Elle a mis en évidence que la réussite scolaire est favorisée par des classes moins nombreuses. En mathématiques, en lecture, des classes de 15 élèves permettent de mieux apprendre, plus vite et réduit les écart de résultats entre les enfants.

Comme quoi les innovations pédagogiques n’ont pas la faculté de gommer les difficultés nées des classes surchargées. Mais il est évident que ces conclusions, par leurs incidences budgétaires (augmentation de 20 % du budget de l’Education en Grande Bretagne) n’est pas pour plaire aux gouvernements de l’Union européenne, quelle que soit leur couleur politique.

M.G.


[1Cette DIE (Dépense Intérieure d’Education) est assurée essentiellement par l’Etat (65 %) et les collectivités territoriales (20 %). Les ménages, avec un peu plus de 7 %, sont le troisième financeur. Viennent seulement ensuite les entreprises avec à peine 6 % (par le biais de la taxe d’apprentissage et du financement de la formation continue), puis les organismes de Sécurité Sociale (1 %) et les autres administrations (1 %) – Notes d’information du ministère de l’Education Nationale d’août 1997.

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