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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 12, novembre-décembre 2000

Palestine : pas de paix sans justice

Mis en ligne le 1er décembre 2000 Convergences Monde

Sept ans après la fin de l’Intifada, et la mise en place d’un interminable « processus de paix », la résistance armée a repris. Après des années de concessions et d’humiliation, le peuple palestinien se rappelle au bon souvenir de la « communauté internationale », des dirigeants arabes et de leur propre direction. En quelques semaines, il a modifié la situation et bousculé l’ordre américain au Proche Orient. Face à cette résistance des Palestiniens des territoires et des Arabes israéliens, l’Etat israélien répond par le seul mode que connaît cet Etat fondé sur l’idéologie de la citadelle assiégée, une violence extrême : utilisation de moyens de guerre contre les civils, tolérance complice des pogroms anti-arabes menés par les colons. C’est pourquoi, quoiqu’en dise la presse, le renvoi dos à dos des uns et des autres est criminel : la violence des chebab n’est que la violence d’autodéfense d’un peuple agressé par le terrorisme d’Etat.

L’attitude d’Israël depuis les accords de paix est responsable de la situation actuelle

Signés en 1993, ils ont mis en place l’Autorité Palestinienne et devaient se traduire par un « redéploiement » de l’armée israélienne en Cisjordanie, l’ouverture d’un libre passage entre Gaza et la Cisjordanie et la libération des prisonniers palestiniens. Ils ouvraient une période de transition pour la résolution des questions cruciales (Jérusalem, les réfugiés…)

En réalité, chaque redéploiement dérisoire ne s’est fait qu’au prix de concessions toujours plus importantes de l’Autorité Palestinienne. Les implantations de colonies n’ont pas cessé, formant un maillage de plus en plus étroit autour des zones palestiniennes. Les gouvernements successifs ont tout fait pour faire traîner les choses et engager les négociations sur le statut final avec le maximum de territoire acquis.

Aujourd’hui, l’Autorité Palestinienne ne s’exerce que sur Gaza, Jéricho et les grandes villes de Cisjordanie. Dans les villages, Israël reste chargé de la sécurité. Les 70 % du territoire de Cisjordanie sous contrôle israélien sont en train d’être vidés de leur population arabe par l’implantation continue de colonies et les nombreuses expropriations pour construire des routes de contournement des villages arabes. Economiquement, l’Autorité Palestinienne reste totalement dépendante d’Israël qui contrôle la monnaie, les infrastructures et les entrées et sorties.

Israël garde donc la maîtrise du territoire, de l’eau, du réseau routier. Un espace palestinien a certes été créé, mais c’est un espace de « bantoustans », sans continuité territoriale où les zones palestiniennes sont encerclées par les colonies et le réseau des routes, et où la pratique quasi constante du bouclage interdit toute liberté de circulation. Au total, Israël se décharge donc du lourd fardeau de l’administration civile, laissant l’Autorité faire la police. Mais elle garde toute latitude dans le domaine de la sécurité. Et elle maintient un contrôle absolu qui, s’il n’est plus directement territorial, est sans doute moins coûteux et plus efficace. Les accords d’Oslo et le « processus de paix » n’ont donc fait que mettre en place une nouvelle forme de domination de l’Etat d’Israël, fortement soutenue par les forces impérialistes. Mais ils rendent de plus en plus impossible la création d’un Etat palestinien souverain.

Quelle autre voie pour une paix juste ?

La solution ne viendra que des Palestiniens eux-mêmes, et pas de la « communauté internationale ». Reste que leur représentant, l’OLP, qui dispose aujourd’hui d’un proto-Etat, même faible, a des intérêts d’appareil à défendre qui ne sont pas ceux de la population, des réfugiés en particulier. Les masses d’argent de l’aide internationale ont favorisé le développement de la corruption et du clientélisme. L’ambiguïté du statut de l’Autorité a permis d’éluder les questions démocratiques (concentration des pouvoirs entre les mains du président Arafat, aucune indépendance de la justice, arrestations arbitraires…). De plus, Arafat tire sa légitimité de la poursuite des négociations et le processus de paix a favorisé l’essor d’une bourgeoisie palestinienne qui à tout intérêt à une paix avec Israël. Ce n’est donc pas de là que viendra l’avenir pour le peuple palestinien.

Le problème majeur est la faiblesse du mouvement ouvrier palestinien et l’orientation des organisations qui prétendent le représenter, celui de l’existence d’organisations capables de lier la question sociale à la question nationale. C’est cette faiblesse qui permet aujourd’hui le développement de la mouvance islamiste qui porte un projet national exclusif, anti-juif et religieux. Mais le soulèvement des Palestiniens des territoires et des Arabes israéliens est en train de modifier la situation comme l’a montré les réactions de la rue et de certains secteurs du Fatah à la participation d’Arafat au sommet de Sharm el sheikh orchestrés par les impérialistes.

L’autre aspect positif est le mouvement de solidarité qui se développe massivement dans la population du monde arabe, y compris contre l’attitude de leur gouvernement comme en Egypte.

Le mouvement palestinien ne pourra non plus gagner sans que le mouvement ouvrier en Israël mène une politique en alliance avec les Palestiniens. Même si un mouvement, aujourd’hui très minoritaire, pour une paix juste existe en Israël, c’est aujourd’hui la logique de guerre qui domine.

Toute solution durable en Palestine doit prendre en compte plusieurs éléments : la Palestine historique est aujourd’hui le territoire commun de deux peuples. Palestiniens et Israéliens n’ont pas plus de légitimité les uns que les autres pour réclamer le droit d’y vivre. Mais de ces deux nations, l’une opprime l’autre. L’Etat d’Israël est fondé sur l’idéologie sioniste, se vit en état de guerre permanent, maintient la discrimination des Arabes. Il a expulsé les Palestiniens qui vivaient avant les guerres de 1948 et 67 dans les territoires aujourd’hui israéliens et continue d’exproprier de nombreuses familles de Cisjordanie.

C’est pourquoi les Palestiniens ont le droit à l’autodéfense, à la résistance armée, et à l’autodétermination y compris pour les Arabes vivant en Israël. Le mouvement des Palestiniens est une lutte de libération nationale pour l’indépendance. C’est pourquoi il faut immédiatement que s’arrêtent les massacres, que l’armée israélienne se retirent des territoires occupés en 1967, que soit reconnu le droit au retour de tous les réfugiés de 1948 et de 1967 et que soit créé un Etat palestinien laïc et souverain sur ces territoires. Mais une solution durable ne sera que régionale et sociale. Elle passe par l’abolition du régime sioniste et des autres dictatures de la région, condition nécessaire pour une coexistence des différentes nations au Moyen Orient et la création d’une fédération dans laquelle les droits des peuples puissent être reconnus.

Pour les Palestiniens, le temps de l’attente et des concessions semble bien révolu. Ils ne sont plus prêts à laisser leur direction s’enfermer dans le piège des négociations pilotées par l’impérialisme américain. Les pressions diplomatiques pourront difficilement étouffer une nouvelle fois la colère palestinienne. Tant que les aspirations du peuple palestinien à un Etat indépendant ne seront pas satisfaites, il n’y aura pas de début de paix juste et durable dans la région.

Le 8 Novembre 2000, Margot Kervalet

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