Un film
Mis en ligne le 8 mars 2014 Convergences Culture
12 years a slave
Steve McQueen
Ce film est tiré du livre de Salomon Northup [1] publié en 1853. Ce musicien noir vécut libre jusqu’à l’âge de 33 ans où il fut enlevé par des trafiquants au cours d’un voyage à Washington et vendu à des esclavagistes en Louisiane où il travailla pendant 12 ans dans des plantations. À cette époque, la traite négrière était encore pratiquée semi-clandestinement, devenue plus difficile donc plus coûteuse, de sorte que les planteurs du Sud des États-Unis manquaient de main-d’œuvre. Car l’esclavage, lui, n’avait pas été interdit !
Le film de Steve McQueen a le mérite de montrer pour la première fois l’esclavage vu par un esclave, tel qu’il pouvait le vivre, et non de façon plus ou moins paternaliste. Le film montre que l’esclavage ne se résume pas à la cruauté humaine, mais est un système d’exploitation parfaitement adapté aux grandes plantations du Sud des États-Unis. Chaque soir, le planteur fait le bilan de la journée et examine les résultats – le poids de coton – de chacun de ses esclaves et tente de les stimuler en les mettant en concurrence, comme le ferait un patron « ordinaire ». D’ailleurs un salarié blanc et libre est soumis au même traitement.
On pourra regretter que le film, tout comme le livre de Northup, n’avance aucune solution collective, n’évoque aucune action de résistance des esclaves, aucune révolte. La scène au cours de laquelle les esclaves restent passifs, montrant le visage de l’indifférence, alors qu’on torture un des leurs est terrifiante. Le héros, qui s’en tirera de justesse grâce à l’aide d’un charpentier itinérant religieux, doit abandonner ses frères à leur sort. Toutefois, il ne les a pas oubliés. Sitôt rentré à New York, Northup est devenu un militant acharné de l’abolitionnisme, ce que le film ne montre pas. Son cas est évidemment exceptionnel. L’immense majorité des esclaves était maintenue volontairement dans l’illettrisme et rares furent ceux qui réussirent à s’échapper.
Voici en tout cas un film particulièrement émouvant et instructif. L’acteur principal Chiwetel Ejiofor donne à son personnage une dignité impressionnante. À voir et à faire voir !
George RIVIERE
[1] Ce livre est disponible en traduction française sous le titre 12 ans d’esclavage. Édition Entremonde, 2013. 16 euros.
Mots-clés : Film


