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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 92, mars 2014

Quelques souvenirs militants à propos de Pete Seeger, chanteur de la contestation sociale américaine

Mis en ligne le 8 mars 2014 Convergences Culture

Avec le décès à 94 ans du militant et chanteur de folk américain Pete Seeger, nous avons perdu une figure importante des mouvements sociaux américains du XXe siècle. La vie et l’activité militante de Pete ont couvert plusieurs générations du mouvement ouvrier depuis les campagnes de syndicalisation des années 1930. Sa musique a traversé les frontières raciales, lié les générations et les mouvements de cette époque par la chanson, le folk, la musique des gens ordinaires.

Il a popularisé les thèmes du Sud profond des États-Unis auprès de la population blanche du Nord. Il a repris les chansons de musiciens noirs tels que Lead Belly, qui a connu la prison et a travaillé dans les plantations du Sud. Il a fait connaitre celles du mouvement des droits civiques et des mouvements qui suivirent. Comme de nombreux militants de sa génération, il a été membre du Parti communiste et fut interrogé par la Commission McCarthy à l’époque de la persécution anti-communiste aux États-Unis. Comme d’autres, il était sur une liste noire. Pour beaucoup d’entre nous qui étions actifs dans le mouvement des droits civiques dans les années 1960, l’influence de Seeger était présente. Nous jouions nous-mêmes ses chansons ou les entendions à la radio. Ce n’était pas le monde des lecteurs MP3 et de YouTube. C’était un temps où des groupes de personnes impliquées dans des mouvements de protestation se réunissaient, discutaient, s’organisaient et jouaient les chansons populaires du moment, dont celles de Pete Seeger.

Je l’ai entendu pour la première fois en 1963 lors du festival folk à Newport (Oregon), à un moment où le folk et les mouvements de protestation dans le Nord des États-Unis prenaient de l’ampleur. Nous étions inspirés par le mouvement du Sud et ce festival réunissait des chanteurs bien connus et d’autres venus du Sud profond, tels que Mississippi John Hurt. La nuit de clôture de ce festival, avec Dylan et Baez, qui continuaient la tradition de Pete Seeger, des membres des Freedom Singers, actifs dans le Sud, et d’autres encore, fut une soirée mémorable, tout le public était debout et reprenait les chansons.

Six ans plus tard, je l’ai rencontré sur le Clearwater, un bateau qu’il avait construit et qui naviguait le long de la rivière Hudson dans l’État de New York. Il était persuadé qu’une fois les gens réunis et qu’ils auraient vu ce qui arrivait à l’environnement, ils feraient quelque chose. C’est ce qu’ils firent. Aujourd’hui, la rivière Hudson n’est plus la rivière polluée d’il y a 50 ans.

Des années plus tard, quelques amis et moi sommes partis assister à un concert de Pete Seeger à Détroit. Ce fut une expérience similaire. Il y avait des vétérans du mouvement ouvrier, de la lutte pour les droits civiques et du mouvement anti-guerre et anti-impérialiste. Il s’est prononcé contre le coup d’État des États-Unis au Chili et contre la guerre au Vietnam. Plus tard encore, je travaillais avec le comité pour Robert F. Williams, un militant noir qui vivait en exil, dans le Michigan. En 1962, Pete et la chanteuse et compositrice Malvina Reynolds avaient écrit une chanson sur lui, intitulée « The Story of Old Monroe » qui parlait des attaques contre la communauté noire à Monroe en Caroline du Nord et comment Robert Williams avait organisé des groupes d’auto-défense armés pour riposter. Williams fut faussement accusé d’avoir kidnappé deux Blancs et avait dû fuir le pays avec sa famille. J’ai contacté Pete dans l’idée d’organiser un concert dans le Michigan pour collecter des fonds pour promouvoir le cas de Robert. Il était dans l’impossibilité d’y participer, mais il s’est montré encourageant et m’a fait des suggestions. Essayez-donc de nos jours de trouver un musicien avec une renommée internationale, qui soit accessible et qui prendrait le temps de parler avec un parfait inconnu comme ça ! Ce musicien, c’était Pete !

San Francisco, 18 février 2014, Ken BUTLER, à l’époque jeune contestataire lié au mouvement étudiant anti-guerre et pour les droits civiques

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Numéro 92, mars 2014

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