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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 54, novembre-décembre 2007

USA : La majorité de la population est contre la guerre, mais le mouvement anti-guerre reste faible

Mis en ligne le 21 novembre 2007 Convergences Monde

Aujourd’hui l’énorme majorité de la population américaine est opposée à la guerre en Irak. Les sondages chiffrent même cette opposition à 70 % des États-uniens. Les raisons de cette opposition sont diverses : la volonté de voir revenir les soldats à la maison, le désaccord avec la manière dont cette guerre est menée, la répulsion devant les souffrances infligées aux Irakiens par l’occupation américaine.

Une large fraction entretient pourtant encore de grosses illusions dans le Parti démocrate pour mettre fin à cette guerre. Déjà en novembre 2006, 30 nouveaux démocrates avaient été élus au Congrès remplaçant autant de Républicains sur cet espoir. Et les sondages à la sortie des bureaux de vote montraient clairement que les gens avaient voté contre l’administration Bush et sa politique guerrière, espérant que leur vote pour les Démocrates aiderait à mettre fin à la guerre. La nouvelle majorité démocrate au Congrès a continué à voter les crédits de guerre et a même soutenu l’augmentation du nombre de soldats envoyés en Irak. Mais les espoirs en elle ne sont pas complètement tombés.

L’extrême gauche à l’œuvre

L’opposition à la guerre s’est pourtant élargie et renforcée. De nouvelles familles de soldats, à l’exemple de Cindy Sheehan, se sont élevées contre cette guerre. Plus de 2 000 soldats l’ont fait aussi de leur côté. L’armée a de plus en plus de mal à trouver de nouvelles recrues, malgré les grosses primes d’engagement, l’abaissement de l’âge et des critères pour être accepté en son sein. Selon le Pentagone 40 000 soldats auraient déserté et leur nombre continue à s’accroître. Cependant les organisations anti-guerre, en général, n’ont pas réussi à attirer à elles de plus larges couches de la population. De ces 70 % qui sont opposés à la guerre beaucoup moins de un pour cent seulement ont participé aux grandes journées de manifestations qu’on a pris l’habitude d’organiser deux fois par an.

Actuellement le gros des efforts anti-guerre est le fait de coalitions multiples et dispersées, formées par les groupes révolutionnaires et réformistes. Beaucoup sont engagés dans des actions régulières mais locales comme des veilles et des piquets, en particulier auprès des centres de recrutements militaires ou encore des rassemblements devant les bureaux des représentants au Congrès. Quant aux manifestations plus larges et plus rassembleuses organisées deux fois par an depuis que la guerre a commencé, elles le sont par des coalitions différentes suivant que celles-ci furent formées sur les côtes atlantique ou pacifique.

Sur la Côte atlantique l’UPJ (United for Peace and Justice - Unis pour la Paix et la Justice) est formée de fractions des ex ou actuels membres du Parti communiste, d’organisations religieuses et pacifistes, de la gauche du Parti démocrate et de toute une série de groupes révolutionnaires ou réformistes plus petits.

Sur la Côte pacifique l’UJP est beaucoup moins importante. Le WWP (Workers World Party – Parti des travailleurs du monde), sorti du SWP en 1959, et qui se revendique lui-même du trotskisme et du maoïsme, est le pôle autour duquel s’est constituée l’autre coalition nationale, ANSWER (REPONSE en anglais). Plus exactement c’est maintenant une scission du WWP, formée il y a peu, le Party for Socialism and Liberation (Parti pour le socialisme et la libération) qui est maintenant la force dominante dans ANSWER sur cette côte. ANSWER est très sectaire et généralement n’accepte que les groupes qui sont déjà liés d’une manière ou d’une autre au parti qui l’anime. Cet automne cependant, pour la première fois, ils ont fait un effort pour créer une coalition avec d’autres groupes réformistes et révolutionnaires plus petits dans la région de San Francisco.

Deux autres groupes jouent un rôle à l’échelle nationale. D’une part le Revolutionary Communist Party (Parti communiste révolutionnaire), ex stalinien-maoïste, fut très en pointe au début de la guerre, sous le nom « Not in our name » (Pas en notre nom). Cette dernière année ils ont milité sous un nouveau nom « The World can’t wait » (Le monde ne peut pas attendre), qui a pour but explicite de pousser à la destitution de Bush. Ils militent dans les lycées et les universités et s’adressent tout particulièrement à la gauche du Parti démocrate. D’autre part il y a ISO, International Socialist Organisation (Organisation internationale socialiste), qui vient de la tradition shachmaniste (« capitaliste d’État ») et est essentiellement basée sur les campus. ISO a un réseau anti-guerre dans les universités qu’il a organisé dès le début de la guerre. C’est probablement le groupe le plus influent dans le milieu étudiant. Une influence relative tout de même : après la récente manifestation du 27 octobre, il a tenu une conférence publique à l’université de Berkeley pour ses sections de la Côte pacifique qui a regroupé environ 200 personnes. Cette année ni ISO ni le RCP n’ont vraiment joué un rôle dans l’organisation ou les manifestations sur la Côte pacifique.

Toucher les gens ordinaires

Le problème essentiel est de toucher et d’atteindre les gens « ordinaires », c’est-à-dire de sortir du petit milieu qui gravite autour de l’extrême gauche, ses sites web ou sa presse, y compris au sein de l’université toucher les étudiants « ordinaires » par exemple. C’est hélas un problème que la plupart de ces groupes ne se posent pas. Nous, militants de Revolutionary workers group [1] (Groupe des travailleurs révolutionnaires) l’avons vérifié en participant à l’organisation de la manifestation du 27 octobre au sein de ANSWER, en compagnie de l’UJP, ISO et une douzaine d’autres groupes plus petits. Pourtant le simple fait, à quelques uns seulement (car RWG est un groupe minuscule même au regard de groupes américains qui ne sont généralement pas bien gros), de ne pas se contenter d’envoyer tracts ou emails à ceux qui sont déjà sur les listes ou de s’adresser seulement aux gens qui écoutent les radios ou lisent les blogs d’extrême gauche mais de tenter d’aller aussi aux entreprises, stations de métro, marchés comme aux lycées et aux universités, a montré que le mouvement anti-guerre pourrait, s’il le voulait et faisait les efforts nécessaire, avoir l’oreille des gens. Il a confirmé aussi que certains de ceux-là qui ne viennent pas aux manifestations pourraient le faire car tout en étant contre la guerre, ils ignorent même l’existence de ces manifestations (pas vraiment annoncées par les grands médias, télés, radios ou journaux).

Ces manifestations du 27 octobre qui ont eu lieu un peu partout dans les grandes villes américaines ont regroupé des dizaines de milliers de gens, autour de 20 000 à San Francisco. Mais si l’extrême gauche américaine trouvait le moyen la prochaine fois de s’adresser à un maximum d’Américains qui sont aujourd’hui contre la guerre, c’est bien davantage de monde qui devrait se retrouver dans la rue dans 6 mois… ou peut-être avant, au rythme où croit le sentiment contre la sale guerre menée en Irak.

12 novembre 2007

Amy BERMAN


[1Petit groupe qui milite dans la région de San Francisco et qui est en solidarité politique avec la Fraction L’Étincelle de Lutte ouvrière.

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