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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 54, novembre-décembre 2007

37,5 ans de cotisation pour tous : c’est possible !

Mis en ligne le 21 novembre 2007 Convergences Politique

Le gouvernement ne s’en cache pas, une fois les régimes spéciaux alignés, la durée de cotisation devrait encore augmenter, à 41 ans en 2012 et à 42 en 2020. Des mesures indispensables pour « sauver les retraites » paraît-il…

L’argument n’est pas nouveau, il a déjà servi à justifier l’allongement de 37,5 à 40 ans de la durée de cotisation des salariés du privé (réforme Balladur de 93) et des fonctionnaires (réforme Fillon de 2003). C’est celui du « choc démographique » : d’ici 40 ans, le nombre de personnes de plus de 60 ans aura doublé ; conséquence : il n’y aurait plus assez d’actifs pour financer les retraites. Nous n’aurions donc pas d’autre choix que de travailler plus longtemps avec une plus petite retraite…

Un problème non démographique…

Effet (incontestable) de l’arrivée à la retraite des générations du baby-boom et de l’allongement de la durée de vie, la France connaîtra dans les prochaines décennies un vieillissement démographique qui ne sera pas compensé par une hausse du taux de fécondité. De 4 retraités pour 10 actifs en 2000, le rapport démographique passerait à 7 retraités pour 10 actifs en 2040, soit une augmentation de 75 %. Là résiderait la fameuse « bombe démographique »…

Or celle-ci se désamorce d’elle-même dès qu’on prend en compte non plus le rapport « vieux »/« jeunes » mais celui entre inactifs et actifs. Car parmi les inactifs à la « charge » des actifs, il n’y a pas que les retraités, il y a notamment aussi les jeunes en cours de formation. Or pour les mêmes raisons démographiques, leur nombre devrait diminuer dans les 40 prochaines années. Le rapport inactifs/actifs n’augmenterait alors plus que 25 %.

…mais politique et social

Mais ce n’est pas tout : il y a des actifs qui ne travaillent pas, les chômeurs : officiellement environ 9 % de la population active qui ne cotise pas ! Notre système de retraite étant un système par répartition (où les cotisations des actifs financent immédiatement les pensions des retraités du moment), le rapport le plus pertinent est donc celui entre occupés et inoccupés. Or selon le Conseil d’orientation des retraites, celui-ci ne serait supérieur que de 4,4 % en 2040 à son niveau de 1993, et ce en partant de l’hypothèse d’un taux de chômage de 5 % encore…

Et puis il y a le chômage déguisé : en 20 ans, les emplois précaires ont explosé, sous la forme notamment des temps partiels imposés qui représentent aujourd’hui 16,2 % des salariés. Plus de 5,5 millions de personnes seraient soit au chômage soit en sous-emploi : autant de cotisations en moins !

Le problème n’est donc pas démographique : le chômage de masse, la précarité et les bas salaires (la moitié des salariés à temps plein touchent moins de 1 500 € net par mois), voilà ce qui pèse surtout sur les caisses de retraites !

La solution : prendre sur les profits !

Autre chiffre choc mis en avant : l’augmentation de la part des retraites dans le PIB devrait passer de 12,6 % aujourd’hui à 18,5 % en 2040, soit une hausse de près de 6 %. Mais là encore où est le problème ? De 1960 à 2007, cette part a progressé de plus de 8 %, passant de 5 % à 12,6 %, sans que cela provoque le cataclysme déjà prédit à l’époque. Et pour cause, en 40 ans le PIB est passé de 750 à 1 600 milliards d’euros. Et on estime qu’avec un taux de croissance de seulement 1,7 % à 2 % il devrait être multiplié par deux en 2040.

L’augmentation continue du PIB peut donc largement permettre de financer les retraites. Le problème c’est la part que l’on décide d’y consacrer. Or ces 20 dernières années, la part du PIB consacrée aux salaires (et donc aux retraites) a perdu 10 points, passant de 70 % à 60 %, soit 160 milliards d’euros par an. L’essentiel des gains de productivité a donc été détourné au profit du seul capital. Ce qui ne l’a pas pour autant empêché de bénéficier dans la même période de multiples cadeaux : 25 milliards d’euros par an rien qu’en exonérations de charges sociales… donc soustraits directement sur les caisses de la sécurité sociale dont les caisses vieillesse.

L’avenir des retraites relève donc moins de la pyramide des âges que de la répartition des richesses produites. En effet, on estime qu’un retour à la situation d’avant 1993, avec 37,5 annuités pour tous, ne coûterait que 4,5 milliards d’euros par an. Ramener la part des salaires au niveau d’il y a 20 ans (ce qui n’était pas déjà pas assez !) dégagerait chaque année une somme 40 fois supérieure à ce qui est représenté comme nécessaire pour sauver les retraites !

A.M.

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