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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 54, novembre-décembre 2007 > DOSSIER : Croissance, décroissance, d’un cauchemar à l’autre

DOSSIER : Croissance, décroissance, d’un cauchemar à l’autre

Qui sont et que disent les « décroissants » ?

Mis en ligne le 21 novembre 2007 Convergences Politique

L’idéologie de la « croissance » a depuis quelques années trouvé ses contestataires : les partisans de « la décroissance ». Ce courant iconoclaste est représenté par des revues comme Silence, L’écologiste, Entropia [1] ou La décroissance et par des sites internet. On retrouve aussi ses thématiques dans certains milieux militants de gauche, écologistes ou altermondialistes, chez les Verts ou à Attac. La question de la décroissance a été aussi régulièrement abordée dans des revues comme Le monde diplomatique ou Politis. Yves Cochet, député Vert et ancien ministre, s’est prononcé pour la décroissance. Un coordinateur du pacte écologique de Nicolas Hulot, et ancien rédacteur en chef du Monde, Jean-Paul Besset, est issu du mouvement décroissant. Les idées de la décroissance rencontrent aussi un certain écho dans la mouvance anarchiste, ainsi que chez des chrétiens de gauche. Mais l’extrême-droite compte aussi ses décroissants.

Un des principaux partisans de la décroissance, Serge Latouche, a écrit que la décroissance n’était pas une « théorie », mais un « slogan ». Autant dire que le mouvement de la décroissance est très hétéroclite. Il est traversé par des débats et des polémiques, parfois virulentes. Il ne s’agit pas d’un mouvement constitué et il y a quasiment autant de conceptions de la décroissance que de partisans de la décroissance.

Que font les décroissants ?

On retrouve des militants de la décroissance qui s’impliquent dans des luttes contre les OGM, le nucléaire et contre la publicité. Les « Casseurs de Pub » publie le journal « La décroissance », probablement le journal décroissant à plus grand tirage. Parmi les animateurs de ce journal, Vincent Cheyent, Bruno Clémentin et Paul Ariès. Il appelle à des « journées sans achats », préludes à une « grève générale de la consommation ». La décroissance tient une rubrique sur ce qui est à ses yeux le produit de la société de croissance parfaitement inutile : « la saloperie que nous n’achèterons pas ce mois-ci ». Dans cette rubrique, ont été critiqués les téléphones portables, les aspirateurs, les appareils photos numériques, les ascenseurs, les chiens...

Certains décroissants pratiquent donc la simplicité volontaire. Il s’agit de mener une vie quotidienne conforme aux valeurs de la décroissance (ne pas gaspiller, ne pas prendre l’avion, ne pas acheter au supermarché, manger moins de viande, ne pas avoir de portable, de télévision, de voiture…). L’idée est de montrer par l’exemple ce que serait un mode de vie de la décroissance, et d’inciter petit à petit plus de gens à s’y rallier. « Vive la pauvreté » titrait un numéro de La décroissance… Cet ascétisme quasi-religieux et sectaire ne fait pas l’unanimité dans la mouvance de la décroissance.

Dans le milieu « décroissant », on s’intéresse aussi à des projets aux marges de la société actuelle, visant à développer d’autres modalités de fonctionnement, rappelant les tentatives et expériences des socialistes utopiques du XIXe siècle. Par exemple la mise en place de systèmes d’échange non marchands ou avec une monnaie locale (SEL), les AMAP (association de maintien de l’agriculture paysanne, qui permet à un paysan de vendre directement au consommateur), etc.

Un programme politique de « décroissance », finalement très respectueux du système

D’autres penseurs du courant de la décroissance perçoivent bien que ce ne sont pas ces expériences locales qui pourraient vraiment bouleverser la société. Plus « réalistes », ils ont un projet politique. Certains se sont déjà lancés dans l’aventure et ont constitué un parti pour la décroissance (PPLD) qui a présenté quelques candidats à des élections (il a choisi un escargot comme logo). Les promoteurs de ce parti se présentent eux-mêmes comme des « républicains », ni de droite ni de gauche. D’autres (en particulier Serge Latouche) pensent que le mouvement de la décroissance n’est pas encore mûr pour se lancer dans une telle apparition publique.

Ainsi commence à s’ébaucher un programme de la décroissance (ou plutôt des programmes…). Serge Latouche parle de huit R : relocaliser, reconceptualiser, restructurer, redistribuer, réduire, réutiliser, recycler. Ces thématiques se déclinent avec des mesures concrètes : réduire l’empreinte écologique, augmenter les coûts de transport, établir une écotaxe, relocaliser les activités, restaurer l’agriculture paysanne, réduction du temps de travail, instauration d’un revenu minimum universel, impulser les biens relationnels, réduire les dépenses d’énergie d’un facteur 4, pénaliser fortement les dépenses de publicité. Les uns parlent de « planifier » en douceur la décroissance, les autres d’un programme de transition vers une société conviviale qu’ils soumettent à la sagacité des instances gouvernementales européennes. Aucun n’a de prétention révolutionnaire.

Le positionnement politique de ce courant de la décroissance s’avère finalement bien moins radical que ne le prétend leur théorie. On passe d’une contestation verbale des fondements de la société à de simples conseils à appliquer par l’État ou par l’Europe.

Michel CHARVET


Des courants d’extrême droite

Si une bonne partie de la mouvance décroissante se démarque très clairement de l’extrême-droite et de ses idées, il y a aussi une frange de l’extrême-droite qui se dit décroissante, en particulier du côté d’Alain de Benoist et de sa revue Éléments.Certaines figures de la décroissance ont entretenu des relations ambiguës avec lui. La critique de la société capitaliste sur le thème du retour en arrière, du trop de technique, n’a pu que plaire à certains réactionnaires qui se plaisent à dénoncer la société moderne et qui cultivent la nostalgie d’un monde plus local, où les « identités » étaient plus marquées.

Parmi les plus réactionnaires de la mouvance décroissante, il y a aussi ceux qu’on peut qualifier plutôt d’ « écologistes profonds », et qui privilégient la nature déifiée, qu’ils placent devant l’humanité. Ainsi, dans son pamphlet « L’humanité disparaîtra, bon débarras »,Yves Paccalet affirme que « l’homme est le cancer de la terre », tant il ravage l’environnement. Bien sûr, il y a là une dose de surenchère dans la provocation. Quoique. Inspirés par la philosophie de l’universitaire australien Peter Singer, des militants anti-chasse britanniques ont formé l’ALF, ou Front de Libération Animale à la fin des années 1970 pour que les animaux soient traités à l’égal des hommes au motif qu’ils ressentent également plaisir et souffrance : c’est l’anti-spécisme. Ils sont passés de la libération non-violente d’animaux de laboratoire ou voués à l’abattoir… à l’agression de salariés travaillant dans ces structures.

M.P.


[1La revue Entropia, née en 2006, est une revue théorique semestrielle d’étude de la décroissance. Elle est le point de rencontre de plusieurs tendances de la décroissance. Y collaborent aussi des auteurs qui ne sont pas à proprement parler des « décroissants », comme Jean-Marie Harribey, actuel coprésident d’Attac.

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