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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 54, novembre-décembre 2007

15 ans d’attaques contre les retraites

Mis en ligne le 21 novembre 2007 Convergences Politique

Avec la réforme des régimes spéciaux, le gouvernement actuel poursuit une politique d’offensive générale commencée il y a une quinzaine d’années et menée par étapes.

1993 : une première salve contre le privé

Ce sont d’abord les salariés du privé qui essuient les premiers coups. Durant l’été 1993, le gouvernement Balladur fait voter dans l’indifférence générale (à gauche comme côté syndicats) une réforme du régime général :

  • la durée de cotisation passe de 37,5 à 40 ans. Ce qui veut dire une diminution de 6,7 % des pensions à durée de travail égale ;
  • les pensions sont calculées non plus sur les 10 mais sur les 25 meilleures années, c’est-à-dire en fonction d’un salaire moyen plus bas. Conséquence : une diminution jusqu’à 12 % ;
  • les pensions sont indexées sur les prix au lieu des salaires : encore un mécanisme qui les tire vers le bas ! Car si les salaires de la plupart des travailleurs n’ont que peu augmenté, le salaire moyen (qui tient compte des salaires des cadres, cadres sup et… des PDG), lui, augmente plus vite que l’indice des prix.

2003 : l’attaque reprend… contre le public

Dès lors, il ne sera plus question que d’aligner les autres régimes sur le régime général. Au nom de l’« équité »…

En 1995, une première tentative échoue. Le premier ministre de l’époque Juppé est obligé d’abandonner sa réforme du régime de la fonction publique et des régimes spéciaux après trois semaines de grèves et de manifestations massives à la SNCF et dans la fonction publique.

En 2003, le gouvernement Raffarin revient à la charge. Mais 95 lui a servi de leçon : seul le régime des fonctionnaires est alors pris pour cible ; la réforme des régimes spéciaux est remise à plus tard. Il s’agit d’éviter une nouvelle confrontation avec les cheminots, secteur le plus combatif… ou du moins de la retarder jusqu’à ce que, devenus le dernier carré de « privilégiés », ils se retrouvent isolés.

Si la manœuvre réussit, ce n’est pas sans résistance : 2 millions de grévistes le 13 mai, près d’un million de manifestants à Paris le 25 mai, des milliers d’établissements en grève reconductible dans l’Éducation nationale. Mais les directions syndicales se contentant d’appeler à des journées espacées (jusqu’à celle du 25 mai laissée sans lendemain), le gouvernement n’a plus qu’à attendre l’arrivée des vacances d’été et l’épuisement de la grève des enseignants, secteur le plus mobilisé.

La réforme Fillon (alors ministre des affaires sociales) est alors votée en plein mois de juillet. 40 années de cotisation, indexation des pensions sur les prix : les fonctionnaires sont mis au même régime que le privé. Mais ce n’est pas tout. Un nouvel allongement de la durée de cotisation est programmé pour les années à venir : à 41 ans en 2012, puis 42 en 2020. Et un système de surcote et de décote, censé « favoriser l’activité des seniors », est mis en place : les pensions seront désormais majorées de 3 % par année supplémentaire… et minorée de 5 % par année manquante. Conséquence de la seule décote : une baisse des pensions de 15 % pour ceux qui n’iraient que jusqu’à 37 ans de cotisation.

Ainsi avec la réforme Fillon, un enseignant qui débute sa carrière à 22 ans ½ devra continuer à travailler jusqu’à 64 ans pour pouvoir toucher la même pension qu’avant. À 60 ans, il ne partira qu’avec 52 % de son dernier salaire (contre 73 % avant 2003) [1].

Une baisse de 20 à 30 % du montant des retraites !

En effet, plus que le recul de l’âge de la retraite, la première conséquence des réformes Balladur et Fillon est une baisse drastique des pensions. Comment, en effet, croire qu’une majorité de salariés ira jusqu’à 40, 41 voire 42 annuités ? Les jeunes entrent de plus en plus tard sur le marché du travail. Les entreprises se débarrassent de leurs salariés âgés de plus en plus tôt. Actuellement 57 % des salariés ne sont plus en activité lorsqu’ils atteignent l’âge de la retraite (chômage, pré-retraite, invalidité ou longue maladie). L’âge moyen de cessation d’activité est de 57,5 ans, la durée de cotisation de 37 ans.

Une majorité des salariés part donc déjà et partira de plus en plus en retraite avec des pensions réduites. On estime qu’en 2015, le pouvoir d’achat des retraites aura été amputé de 20 à 30 % par rapport à 1993.

2008 : liquider les régimes spéciaux… avant de poursuivre l’offensive contre toutes les retraites

L’alignement du public sur le privé réalisé, il s’agit maintenant d’en finir avec le « dernier bastion » des régimes spéciaux. Ceux-ci représentant moins de 5 % des retraites (avec une prévision de seulement 1,6 % en 2020) ne constituent un problème qu’en ce qu’ils font obstacle à la poursuite de l’offensive contre l’ensemble des retraites. Difficile en effet de continuer d’augmenter les annuités des autres salariés tant que ce verrou persiste. Une fois celui-ci sauté, l’objectif est donc clairement affiché : accentuer encore les attaques contre toutes les retraites.

En nous attaquant les uns après les autres, privé puis public et maintenant régimes spéciaux, les gouvernements successifs sont parvenus, en plus de 15 ans, à imposer une régression générale. Face à cette dernière attaque et toutes celles qui se profilent, il s’agit de défendre le maintien des régimes spéciaux et l’alignement… par le haut : droit à la retraite à 60 ans maximum et 37,5 annuités pour tous !

Agathe MALET


[1Source : Conseil d’Orientation des Retraites (COR) 2005

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