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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 54, novembre-décembre 2007 > DOSSIER : Croissance, décroissance, d’un cauchemar à l’autre

DOSSIER : Croissance, décroissance, d’un cauchemar à l’autre

Quelle critique de la croissance ?

Mis en ligne le 21 novembre 2007 Convergences Société

La société actuelle court vers la catastrophe en produisant toujours plus. Changeons de cap. Il faut la décroissance : voilà résumé le credo décroissant.

Certains avancent un argument écologiste apparemment simple, de bon sens : si l’humanité produit sans cesse plus, elle va gaspiller les ressources finies de la planète. Tout comme le pétrole qui viendra à manquer, les autres ressources aussi. Il ne peut être envisagé d’aller toujours vers plus de croissance, de produire toujours plus. En fait, l’argument n’est pas très convaincant car si l’impact sur la nature de l’activité humaine ne fait aucun doute, il est difficile de prévoir où en seraient les limites car les techniques utilisées par l’homme ne sont pas immuables. L’argument des décroissants se fait tellement général qu’il perd sa force.

Feu sur la société de consommation …

Mais cet argument n’est pas le seul avancé par les décroissants, qui ne sont pas que des écologistes. Ils posent la question aussi de l’intérêt de cette croissance, de ses objectifs, de ses impacts et ses répercussions sociales. Ceux qui se situent le plus à gauche remettent en cause le travail salarié. Lafargue est un des rares marxistes à trouver grâce auprès des penseurs de la décroissance. L’auteur du « Droit à la paresse » (1883) dénonçait déjà le travail comme « un vice diaboliquement chevillé dans le cœur des ouvriers ». Pourquoi produire toujours plus d’objets dont l’utilité n’a rien d’évident ? Quel intérêt à produire des voitures en nombre alors que l’on peut se transporter par d’autres moyens, et que les villes et les villages se porteraient bien mieux avec moins de véhicules ? Pourquoi multiplier des panneaux publicitaires pour promouvoir des marchandises ? Pourquoi faut-il travailler dur des dizaines d’années, pour des activités somme toute pas si indispensables ? Pourquoi l’industrialisation croissante du Tiers-Monde n’a-t-elle pas apporté un mieux-être et a provoqué au contraire un accroissement des inégalités ? La croissance est-elle l’avenir ?

Autant d’interrogations légitimes (et la véhémence de leur dénonciation de la société actuelle est souvent roborative), à ceci près que la société dite de consommation, tant dénoncée par les décroissants, n’a pas le même sens pour tous : pour la plupart des salariés gagnant moins de 1 500 € net par mois, le choix est maigre de toute façon. La grande majorité de la population pratique déjà le sport inconfortable du serrage de ceinture permanent… Les décroissants prônent la simplicité volontaire, quand les travailleurs connaissent déjà la simplicité… imposée !

Plus que la critique de la domination de la société par une classe exploiteuse, ce sont les catégories abstraites de travail, de croissance, de consommation qui sont critiquées.

Cette limite n’est pas qu’au niveau des idées. Elle est aussi sociale. La décroissance a un certain succès dans des milieux de la petite bourgeoisie des pays riches, déconnectée des difficultés des couches populaires, qui a accès à un certain confort matériel et à une certaine culture permettant de mépriser la « course à la consommation ».

Ainsi, aux « aliénations » qu’ils pourfendent à juste titre, les décroissants opposent des principes d’épanouissement humain bien flous. On nous parle de « joie de vivre », de « plus de liens, moins de biens ». Cela passe par une « reconquête du temps libre », réalisée tantôt par une réduction du temps de travail – mais dont on se contente d’affirmer l’objectif, sans discuter par quels moyens les salariés pourraient y parvenir –, tantôt par la sortie du « productivisme », c’est-à-dire en clair des sociétés industrielles avancées, ou même la sortie de la « société travailliste », voire de « l’économie ».

Où est la classe ouvrière ?

La plupart des tenants de la décroissance ont en commun le fait de nier le rôle politique des classes opprimées, en particulier de la classe ouvrière, dans la transformation sociale. La notion de lutte des classes leur est généralement étrangère. « Adieux au prolétariat », avait écrit le père de la décroissance André Gorz en 1980… Bien des décroissants n’hésitent pas à discerner une « identité objective » d’intérêts entre les travailleurs et leur patron pour défendre l’industrie contre les écologistes, en s’appuyant sur le cas d’AZF. Alors, puisque la solution ne peut venir de la classe ouvrière (sur le point de disparaître, à en croire certains d’entre eux), on l’attend de l’État ou d’une réorganisation de la production qui proviendrait, on ne sait comment, du bon vouloir des citoyens… (et des possédants ?).

Mathieu PARANT


Retour au village ?

Certains décroissants expliquent que si les 40 % d’êtres humains qui vivent avec moins de deux dollars par jour accédaient au niveau de vie, ne fût-ce que des travailleurs des pays riches, nous courrions à la catastrophe. Cette théorie est d’une part dangereusement réactionnaire : elle renvoie les populations dos à dos et prône une condamnation de l’évolution technologique. À l’heure du « village global » – terme utilisé lorsque les technologies informatiques ont permis de multiplier les possibilités de communication –, faudrait-il revenir au village tout court ?

Mais surtout elle est fausse : ce ne sont pas les moyens de production agricoles ou industriels en eux-mêmes qui sont à remettre en cause mais leurs détenteurs et leur utilisation. Un exemple : d’après des ingénieurs agronomes américains, les terres ultra fertiles des grands lacs au Rwanda pourraient à elles seules, nourrir tout le continent africain et au-delà. Mais tant que ces choix économiques seront aux mains des Nestlé et autres Danone, c’est-à-dire d’intérêts privés dont le but est de faire du profit et non de nourrir, de loger ou d’éduquer la population, nous ne pourrons résoudre aucun des problèmes cruciaux qui se posent à l’humanité.

A.H.

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