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DOSSIER : 1968-2008 : 40 ans de prolétarisation de la société et de luttes de classe

Tous cloisonnés, mais tous semblables !

Mis en ligne le 13 mai 2008 Convergences Société

«  Je ne suis pas de la boîte . » Combien l’ont entendu, de travailleurs entrant dans une entreprise ? La politique menée par le patronat depuis 30 ans, d’éclatement en sites à taille réduite, de sous-traitance et prestation de services, de contrats précaires, CDD, intérim... a pour effet insidieux que des travailleurs se sentent étrangers les uns aux autres.

Pendant longtemps en France : le primat des grandes entreprises

À ses débuts, le capitalisme a partiellement unifié et regroupé la classe ouvrière : des ateliers aux manufactures, puis aux usines, jusqu’aux villes-usines de l’après deuxième guerre mondiale telles Renault Billancourt ou Peugeot Sochaux, avec quelque 40 000 ouvriers chacune. En même temps, la mécanisation déqualifiait le travail, rendant les ouvriers interchangeables. Les premiers syndicats, organisés en métiers (cordonniers, charpentiers…), ont dû laisser la place aux syndicats d’industrie, organisant l’ensemble des travailleurs d’une branche et entreprise. En France, cette transformation s’est faite à la fin du xixe siècle, sous l’impulsion de syndicalistes révolutionnaires, d’initiateurs des bourses du travail, puis de la CGT. C’est-à-dire de l’avant-garde syndicale de l’époque.

Les grandes usines ont été le terrain d’implantation privilégié des organisations ouvrières. En cas de grève, des milliers de travailleurs en lutte donnent du retentissement à un conflit. Ce n’est pas pour rien si on disait dans les années 1950 : «  Quand Billancourt éternue, c’est toute la France qui s’enrhume  ». Même pour les groupes trotskistes, la présence dans ces grandes entités a été nécessaire et décisive.

Au cours des dernières décennies, la tendance s’est inversée. En 1975, 1 salarié sur 5 travaillait dans un établissement de plus de 500 salariés (1 sur 3 pour l’industrie). Aujourd’hui, c’est seulement 1 sur 10 (1 sur 5 pour l’industrie).

C’est que la même production se fait avec moins d’ouvriers, mais le patronat a aussi éclaté les usines, développé la sous-traitance et délocalisé une partie de la production. Par exemple, fin 2003 en Île-de-France, les 50 900 salariés de l’automobile se répartissaient dans 376 établissements. Renault Guyancourt et Peugeot Poissy, avec respectivement 12 000 et 9 200 salariés, sont parmi les plus grands. On est loin de Billancourt…

Le tertiaire a toujours été plus dispersé, proximité avec le client oblige. Récemment, des grands centres sont apparus : centres d’appel, en plein boom, ou de vente par correspondance. Mais on reste loin des effectifs de l’industrie.

Un maillage à tisser

Bien qu’elle n’en soit pas la seule raison, la disparition progressive des grandes usines a contribué à la baisse du nombre de syndiqués. Les confédérations ont peu de militants dans les nouveaux sites du tertiaire et le rayon d’action des militants qui en émergent, comme de ceux qui restent en usine, s’est rétréci. L’impact des grèves est généralement plus réduit quand l’entreprise est petite.

Il faut pourtant trouver les moyens de dépasser ces carcans et d’unifier les luttes. Car les attaques qui se déclenchent concernent tous les salariés, ceux qui appartiennent formellement à l’entreprise comme les intérimaires, les prestataires et les sous-traitants. Quand Airbus réduit ses coûts sur le dos du personnel, salariés d’Airbus et sous-traitants sont délogés à la même enseigne. Des sites importants existent toujours, voire ont surgi, avec d’énormes concentrations ouvrières, comme l’aéroport de Roissy qui compte 80 000 salariés ou la plate-forme de La Défense qui en compte 150 000, mais les salariés y dépendent d’une myriade d’entreprises. Et si les problèmes sont plus que jamais les mêmes pour tous, la conscience n’en est pas forcément au rendez-vous.

Plus qu’avant, les travailleurs ont besoin de nouer des contacts, avec les prestataires, avec les entreprises alentours et les autres sites de l’entreprise. Le développement de réseaux de militants est une des tâches essentielles pour rompre l’isolement, pour que l’information sur les luttes circule, pour que les sous-traitants et les différents sites d’une entreprise se coordonnent, pour que les petites victoires soient des exemples suivis et encourageants. Il faut souvent passer à côté des structures syndicales, qui sont insuffisantes et parfois des obstacles au développement de tels réseaux, même si les militants les plus combatifs sont aussi dans les syndicats. Les premières internationales ouvrières ont existé à une époque où la précarité et l’éclatement de la classe ouvrière étaient la norme. Il n’y a donc rien d’impossible.

Maurice SPIRZ

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