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DOSSIER : 1968-2008 : 40 ans de prolétarisation de la société et de luttes de classe

Depuis 1981 : à l’ordre du jour, la riposte collective

Mis en ligne le 13 mai 2008 Convergences Politique

La victoire de la gauche en 1981 n’a pas protégé les travailleurs de la poursuite des licenciements, de l’accroissement du chômage, mais a lancé contre eux en 1982 le blocage des salaires ! Avec le PC au gouvernement, la gauche s’assurait de la complicité de toutes les directions syndicales, CGT incluse, pour faire passer les mesures anti-ouvrières.

Les réactions au blocage des salaires furent nombreuses, au premier rang desquelles des grèves en 1983, d’ouvriers essentiellement d’origine immigrée, dans l’automobile (Citroën, Renault, Chausson), gênant les directions confédérales de la CGT et de la CFDT qui ne voulaient d’aucun conflit d’envergure heurtant de front la politique d’austérité du gouvernement. Et Pierre Mauroy Premier ministre, ayant la bassesse de dénoncer ces grèves comme manipulées par des ayatollahs.

Les licenciements dans la métallurgie de l’hiver 1984 provoquèrent le premier craquement, avec la colère des sidérurgistes de Fos et de Lorraine, vite contenues par les syndicats, organisant une manifestation sans lendemain à Paris pour demander « une véritable politique industrielle » . Le PC exprima pour la première fois son désaccord avec le gouvernement. Mais ce qui motiva son départ du gouvernement en juillet 1984, fut la note salée qu’il commença à payer sur le plan électoral, aux municipales de 1983 puis aux européennes de 1984.

Coordinations à la SNCF

En décembre 1986, après la victoire du mouvement étudiant et lycéen contre les projets du ministre Devaquet et sa démission, ce sont des cheminots du rang, lassés des journées d’actions syndicales à répétition, qui partent en grève contre le blocage des salaires. Tout de suite aidés à s’organiser en assemblées générales, comités de grève locaux, coordinations régionales et nationales par des militants d’extrême gauche. Daniel Vitry, de Lutte ouvrière, se trouva à la tête d’une coordination nationale « inter-ca­tégories », tandis que la LCR animait une « coordination des roulants » qui restait empreinte de corporatisme. Les syndicats, à commencer par la CGT, s’alarmèrent de la naissance des coordinations et du rôle des trotskistes. La grève s’arrêta après quatre semaines, sans avoir obtenu grand chose… si ce n’est, pour une bonne partie des cheminots, d’avoir fait l’expérience de l’organisation par eux-mêmes.

Coordinations dans les hôpitaux

« Ni nonnes, ni bonnes, ni connes » , fut le slogan choc des infirmières dans les rues en 1988. Jusque-là peu mobilisées et faiblement syndiquées, leur révolte bouscula le train-train syndical. Elles avaient mis en place en mars une coordination à l’issue d’une première manifestation, qui avait multiplié les contacts et développé une plateforme de revendications [1], alors que des débrayages se multipliaient. À l’automne, à l’appel de la coordination, commençait une grève reconductible d’infirmières qui dura plusieurs semaines. Malgré les réquisitions qui obligèrent des infirmières grévistes à travailler, les manifestations furent massives. D’autres salariés des hôpitaux entrèrent dans le mouvement et à l’initiative de camarades de Lutte ouvrière, certains s’organisèrent dans une « coordination des personnels de santé » qui cherchait à contrebalancer le corporatisme de la coordination des infirmières. Confrontée à ces nouvelles formes d’organisation, la CGT préféra composer. Les autres syndicats dénoncèrent les coordinations… et signèrent avec le gouvernement un accord de fin de grève, contre l’avis des grévistes !

La direction de la CFDT jugea particulièrement inopportune cette grève des hôpitaux, comme celle menée la même année dans les centre de tri et « camions jaunes » de la poste. C’est ce qui pressa sa direction d’en finir avec les prétendus « gréviculteurs » et « moutons noirs » des secteurs, selon le secrétaire de la centrale, dont des militants de la LCR et de LO qu’il était temps d’exclure. Ce fut l’origine de SUD.

Des grèves éclatèrent cette même année pour les salaires à la Snecma, chez Chausson-Gennevilliers, quelques années plus tard contre la fermeture de Chausson-Creil, dirigées par des comités de grève dus à l’intervention de militants de Lutte ouvrière.

1995 : Tous ensemble, ouais !

À l’automne 1995, éclatait la grève des cheminots, qui s’étendit à la fonction publique. La droite revenue au pouvoir avec Chirac et Juppé, tenta de faire passer en force une réforme de la sécurité sociale et des régimes spéciaux de retraites. Cette fois, CGT et FO renâclèrent, tandis que la CFDT soutenait Juppé ! La CGT voulait montrer ses biceps d’interlocuteur au gouvernement, et échaudée par l’émergence des coordinations de 1986 et 1988, lançait le mouvement, impulsait des assemblées générales. FO qui voyait sa position à la tête des caisses de sécu menacée au profit de la CFDT, tenait aussi à s’affirmer. Ces syndicats prirent l’initiative d’une extension du mouvement au secteur public. Les travailleurs répondirent à l’appel, au-delà probablement des espoirs syndicaux : la grève des cheminots fut populaire, quelle que fût la gêne occasionnée. Des salariés du privé se joignirent aux importantes manifestations. En faisant reculer Juppé, cette grève montra l’efficacité du « tous ensemble ». Après avoir impulsé et organisé cette grève la plus importante depuis 1968 chez les cheminots, la direction de la CGT n’en décida pas moins de l’arrêter, sans consultation préalable des grévistes, quand le gouvernement lui proposa en sous-main un « deal ». Il fallut à la bourgeoisie attendre Fillon en 2003-2004 contre les fonctionnaires, puis 2007 contre les cheminots et autres « régimes spéciaux », pour resservir le plat des attaques contre la sécurité sociale et les retraites.

La riposte d’ensemble, plus que jamais indispensable

Après la dissolution du parlement par Chirac, le retour d’un gouvernement de gauche mit fin à cette fronde syndicale éphémère. Silence désormais sur les privatisations, notamment celle de France Telecom, dès lors que Jospin en était l’artisan. Les 35 heures servirent d’alibi pour imposer la flexibilité des horaires et la « modération » salariale.

Durant l’année 2000, des grèves se succédèrent contre leur application, très éclatées, même là où leur unification apparaissait comme une évidence : dans les hôpitaux ou à La Poste (où l’on a compté 2 000 conflits liés à des négociations qui se tenaient parfois bureau par bureau).

En 2001, les licenciements collectifs revinrent sur le devant de la scène : Lu-Danone, Marks & Spencer, AOM, Bata... Des syndicalistes de Lu-Danone, militants d’extrême gauche, prirent l’initiative d’appeler les entreprises touchées par des licenciements à se regrouper, et déjà à organiser une manifestation qui rassembla 20 000 travailleurs à Paris. La CGT refusa d’appeler nationalement, elle ne voulait surtout pas d’une politique permettant de coordonner et d’unifier ces luttes. Pas plus qu’elle ne voulut, la droite revenue au pouvoir, d’un mouvement contre la réforme des retraites des fonctionnaires en 2003, auquel elle participa de peur qu’il n’explose sans elle, mais sans vraiment œuvrer à son extension et sa réussite.

La lutte en 2006 contre le Contrat première embauche (CPE), un projet concernant directement le monde du travail, ne fut pas davantage voulue par les confédérations syndicales. Ce sont les étudiants et les lycéens qui se mobilisèrent, trouvèrent à plusieurs reprises le soutien des salariés dans les manifestations. Mais là encore, pédale douce des confédérations syndicales. La détermination de la jeunesse, et la sympathie qu’elle a trouvée auprès de travailleurs, a fait craindre au gouvernement une contagion et incité Chirac à lâcher Villepin.

Le mouvement des cheminots à la fin 2007, les mouvements depuis le début 2008, pour leurs salaires et leurs emplois, d’employés de supermarchés, de saisonniers du ski, de travailleurs de Goodyear, de la Snecma, des Chantiers navals de Saint-Nazaire, de Haribo, de La Redoute, de Coca-Cola et d’autres, auxquels il faut ajouter les grèves de travailleurs sans papiers et le mouvement des enseignants et lycéens, montrent (à qui en douterait) que ni la classe ouvrière ni la lutte de classes n’ont disparu. Certes les réactions sont isolées, alors que la colère et les aspirations sont communes. Les travailleurs sont confrontés aux coups durs du patronat et du gouvernement. Mais aussi au verrou des directions syndicales qui non seulement ne font ni agitation ni propagande pour les y encourager, mais manigancent pour éviter sur le terrain toute convergence contagieuse.

La propagande nécessaire en faveur d’un mouvement d’ensemble, ce sont les révolutionnaires trotskistes qui la font entendre : Arlette Laguiller depuis sa campagne électorale de 1995, en faveur d’un programme d’urgence pour une lutte d’ensemble, Olivier Besancenot à sa suite. Tandis que dans les entreprises et secteurs en lutte, les militants de ces courants (eux surtout à ce jour) persévèrent à saisir les opportunités d’intervenir en faveur de l’élargissement des luttes. C’est effectivement la priorité : préparer un nouveau 68 que les appareils syndicaux et politiques de gauche ne réussiront pas cette fois à noyer dans les urnes.

Michel CHARVET


« Recentrages » syndicaux

Le cours « gauche » de la CFDT n’a pas passé le cap des années 1970. Déçue par l’échec électoral de l’Union de la gauche en 1978, dont la direction de la centrale, liée au Parti socialiste, espérait glaner une meilleure place au soleil, la CFDT décidait de se « recentrer ». Finis les liens unilatéraux avec le PS, puisque la droite restait aux affaires. Sous la droite, puis tous les gouvernements suivants de toute couleur, la CFDT s’est efforcée (jusqu’à aujourd’hui) de s’afficher la plus zélée collaboratrice.

La CGT eut une longueur de retard. Mais c’est prétendument avec le même souci de « répondre aux évolutions du salariat et aux exigences nouvelles de l’activité syndicale » qu’elle décidait, à son congrès de 1995, de jeter par-dessus bord toute référence, dans ses statuts, à la lutte de classe. Banni du vocabulaire, le mot « ouvrier » , remplacé par « salarié » , car « les ouvriers, les employés, les ingénieurs-cadres-techniciens-agents de maîtrise représentent chacun un tiers de l’ensemble du salariat » . « Nouvelles solidarités » et « pleine citoyenneté » remplacent la lutte de classe. L’objectif de justice sociale du « syndicalisme moderne » serait désormais de permettre à chacun de « pouvoir réussir socialement » . Au congrès suivant (1998) le « syndicalisme de contestation » devait laisser la place au « syndicalisme de proposition » .

Les statuts corrigés sont une chose. Les militants dans les entreprises souvent une autre…

O.B.


[1Tout en mettant en avant des revendications d’augmentation de salaires et d’embauches, la coordination infirmière insistait sur des revendications qui lui étaient propres - reconnaissance du métier d’infirmière et refus de l’ouverture des écoles d’infirmières à des non bacheliers. Façon de laisser à l’écart les autres salariés des hôpitaux.

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