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DOSSIER : 1968-2008 : 40 ans de prolétarisation de la société et de luttes de classe

L’école ne fait pas changer de classe... sociale

Mis en ligne le 13 mai 2008 Convergences Société

Le niveau scolaire des milieux populaires a augmenté depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Les fils d’ouvriers vont plus longtemps à l’école et sont généralement plus cultivés que leurs parents. Mais le système éducatif reste un lieu de reproduction des classes sociales.

En 1950, 5 % d’une classe d’âge atteignait le bac, aujourd’hui c’est près de 70 %. Il y a vingt ans, 15 % des jeunes quittaient le système scolaire au niveau « bac + 2 », aujourd’hui 40 %. Pourtant à 18 ans, 30 % des enfants d’ouvriers ont déjà stoppé leurs études, 5 % seulement d’enfants de cadres. Ces derniers réussissent trois fois plus au bac que les premiers et huit fois plus au « bac S », qui a la meilleure réputation. À la moindre difficulté, les enfants d’ouvriers sont orientés vers des filières professionnelles, quand ceux des plus riches suivent des cours particuliers payants. Résultat : 45 % des enfants de cadres vont à l’université ou en classe préparatoire pour seulement 9 % des enfants d’ouvriers. Les inégalités scolaires ont des origines sociales. Les milieux aisés ont plus de facilité pour accorder un soutien scolaire (parental ou privé), mais ont surtout un mode de vie favorisant l’accès à des activités culturelles, sociales et des loisirs donnant aux jeunes un bagage.

Bagage ou pas, le chômage frappe

Cela dit, triste nouveauté de ces dernières années : tous les jeunes sont concernés par le chômage, y compris ceux issus de l’enseignement supérieur (6 % des bac +2). Beaucoup doivent accepter des emplois en dessous de leur qualification, en particulier dans la fonction publique, devenue un refuge face au chômage : 64 % des recrutés du public ont un diplôme supérieur au niveau demandé.

Par exemple, pour sélectionner 300 candidats parmi 4 000, la Propreté de Paris a instauré un concours. Certains s’étonnent du résultat : 15 % des 6 900 éboueurs sont des bacheliers, 60 % des CAP et BEP. Reste que par ces temps difficiles, ces concours permettent à ce jour d’acquérir une stabilité professionnelle.

La discrimination sociale aussi

Le prétendu « ascenseur social » est bloqué aussi par les discriminations et préjugés de la société. Malgré leurs diplômes, des jeunes sont victimes du racisme, de la réputation de leur quartier d’origine et du sexisme. À diplômes égaux, les femmes trouvent un premier emploi à temps partiel 2 à 3 fois plus souvent que les hommes. Des enquêtes répétées mettent en lumière la discrimination ethnique, ou liée au lieu de résidence jugé « à mauvaise fréquentation ». Dans les quartiers populaires baptisés « Zones urbaines sensibles » (ZUS), le chômage est de 11 % pour les « bac + 2 » contre 6 % sur l’ensemble du pays. Avec un bac ou moins, le chômage est 2 à 3 fois plus élevé dans ces zones que la moyenne nationale.

Apprendre oui, pour l’émancipation de sa classe !

Un diplôme est toujours mieux pour « s’en sortir », mais il est loin d’être un sésame. Au final, nombre de jeunes des milieux populaires qui pensaient avoir réussi restent cantonnés aux emplois du bas de l’échelle. La déception est d’autant plus grande qu’on leur a fait miroiter une meilleure condition sociale. L’école n’a pas fait disparaître les inégalités, elle les a juste déplacées. D’où le rejet de l’école par certains jeunes des quartiers populaires. La lutte pour une éducation de qualité pour tous, adaptée aux difficultés des milieux populaires, est pourtant nécessaire. Pour les enfants des classes populaires, mieux vaut savoir lire, écrire, compter, raisonner, détenir la meilleure part de culture. Mais surtout pour comprendre les rouages de cette société d’exploitation et avoir des armes pour la combattre.

Hersh RAY

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