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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 57, mai-juin 2008 > DOSSIER : 1968-2008 : 40 ans de prolétarisation de la société et de luttes de (...)

DOSSIER : 1968-2008 : 40 ans de prolétarisation de la société et de luttes de classe

1955-1968 : Poids des appareils syndicaux et combativité ouvrière… ne pas confondre

Mis en ligne le 13 mai 2008 Convergences Politique

La période qui va de 1955 à 1968 illustre, à sa façon, dans quelle mesure chômage (ou plein emploi), précarité (ou renforcement des règles concernant les licenciements), influence et importance des organisations politiques et syndicales des salariés sont loin d’avoir un lien direct entre eux, et avec la combativité ouvrière.

Cette période s’est caractérisée par l’absence de chômage et une certaine amélioration du pouvoir d’achat des travailleurs. En France, les guerres coloniales furent pour beaucoup dans ce plein emploi. Au moment de « Mai 68 », le chômage avait fait sa réapparition mais n’atteignait pas encore le nombre de 400 000. Les caisses de l’assurance chômage mises en place par De Gaulle après sa venue au pouvoir en 1958 – fournissant aux bureaucraties syndicales des postes de gestionnaires –, étaient largement pleines avec un taux de cotisation quasi indolore pour les salariés. Et ce plein emploi permettait bien souvent aux travailleurs, en changeant de patron, d’améliorer leur salaire plus efficacement que par l’action des organisations syndicales.

Le mouvement ouvrier organisé était dominé par le Parti communiste français. Celui-ci revendiquait plusieurs centaines de milliers de militants et adhérents. Il était à la direction de la CGT, dont les effectifs dépassaient largement le million de syndiqués, et omniprésent à tous les niveaux de la confédération. Sa capacité militante couvrait la plupart des grandes entreprises du pays.

Les accords d’entreprise

1955-1968 ne fut pas pour autant une période de grandes luttes. Au contraire. Elle fut caractérisée par la pratique dite des « accords d’entreprises », qui fixaient les conditions de salaires et de travail pour l’une ou l’autre d’entre elles. À l’opposé des « conventions collectives » de l’après « Juin 36 », réglementant celles-ci pour tous les salariés d’une branche d’industrie. Cette politique fut inaugurée chez Renault après les grandes grèves dans la construction navale de Nantes et Saint-Nazaire en 1955. Elle divisait les travailleurs en n’accordant des « avantages » que pour une minorité et favorisait le fractionnement des luttes.

Les clauses de ces accords, tout en concédant quelques miettes aux travailleurs, engageaient les syndicats signataires à garantir une certaine paix sociale. C’est dans ce cadre que les organisations ouvrières dominantes, inscrivirent les « luttes » de cette période. Les grèves appelées par les syndicats n’étaient que des débrayages limités et répétés, d’une heure, d’une demi-heure, d’un quart d’heure. Parfois par centaines et s’étalant sur des semaines, voire des mois, comme chez Chausson (hiver 1959-60) ou à la Thomson (printemps 1959, puis printemps 1961), ne contraignant les patrons qu’à des concessions insignifiantes au regard des revendications des travailleurs. Il n’y avait en dehors de cette agitation que des « journées d’action » de temps en temps, voire avec manifestation, souvent par branche ou exceptionnellement nationale (mais pratiquement au rythme annuel pour ces dernières et bien entendu sans lendemain). Pas de quoi faire peur aux possédants. Est-ce que les travailleurs auraient été prêts à se battre à un autre niveau ? Toujours est-il que les directions syndicales n’ont surtout pas voulu le vérifier.

Dure situation, face à un « pouvoir fort » ?

Après 1958, les dirigeants du PCF et de la CGT justifiaient cette tactique par le fait que la classe ouvrière était en présence d’un « pouvoir fort », celui de De Gaulle. Ni la grève illimitée ni la grève générale n’étant selon eux alors possibles.

La première exception à cette tactique de débrayages limités dite, selon ses promoteurs, « grèves à l’économie » (lesquelles finissaient cependant par coûter assez cher à ceux qui les suivaient) fut le mouvement des mineurs de mars 1963. En dehors du problème des salaires posé par les syndicats de ce secteur, le gouvernement préparait la liquidation des mines. Les centaines de milliers de mineurs qui crevaient à la tâche et dont la retraite fixée à 50 ans ne bénéficiait qu’à une partie d’entre eux et guère longtemps, la plupart étant atteints de silicose, allaient se voir renvoyés aux conditions des autres travailleurs (retraite à 65 ans à l’époque), perdant en grande partie les « avantages » liés à leur terrible labeur. C’est l’appel à la grève de FO et de la CFTC, minoritaires dans les mines comme dans l’ensemble du pays, qui à l’époque força la main à la CGT et fut ainsi à l’origine de la grève illimitée. Elle dura plus d’un mois (38 jours), bravant un ordre de réquisition de De Gaulle. Malgré l’écho de cette grève et un mécontentement général dans la classe ouvrière, les syndicats se gardèrent d’appeler les autres secteurs à se joindre aux mineurs. La grève se termina avec une augmentation de 11 %, sans empêcher à terme la liquidation des mines.

Prémices de 1968

Il y eut également, de 1966 au début 1968, plusieurs mouvements spectaculaires, avec débrayages et manifestations de rue, voire heurts avec la police. Notamment à Rhodiaceta où l’annonce de chômage partiel avait suscité la colère, où après une série de débrayages limités, démarra à l’usine de Besançon une grève avec occupation qui dura 5 semaines (février-mars 1967), entraînant à son tour l’usine de Lyon. Elle fut suivie d’autres conflits, notamment dans la métallurgie, aux Chantiers navals de Saint-Nazaire et à Sud-aviation Nantes, à l’usine Berliet de Lyon, chez les mineurs de fer de Lorraine. Cette année 1967, on commençait à voir une remontée des grèves, que les statistiques évaluent à 4,2 millions de jours d’arrêts de travail alors qu’à l’exception de l’année 1963, ce chiffre tournait entre 1 et 2,5 millions par an sur la douzaine d’années considérée. Une combativité que les directions syndicales s’ingéniaient à détourner et user par des actions limitées et répétées et quelques journées nationales d’action, très largement suivies, mais sans perspective. En octobre 1967 ce sont les ouvriers de Mulhouse et du Mans qui affrontaient les CRS dans la rue.

La révolte des étudiants de Mai 68 allait donner au mécontentement ouvrier l’occasion d’exploser, bousculant tous les verrous syndicaux. On entrait dans une nouvelle période de la lutte gréviste.

Louis Guilbert

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