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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 16, juillet-août 2001 > La manifestation du 9 juin contre les licenciements et suppressions d’emploi (...)

La manifestation du 9 juin contre les licenciements et suppressions d’emploi : un premier pas pour préparer la suite

Texte de l’introduction à la réunion de bilan du 20 juin présentée par un des porte-parole des salariés de Lu (Ris-Orangis)

Mis en ligne le 1er août 2001 Convergences Politique

Le mercredi 20 juin s’est tenue à la Bourse du Travail de Paris une nouvelle réunion « de bilan et de perspective » suite à la manifestation du 9 juin, à l’invitation des salariés de Lu/Danone (Ris-Orangis), du Sycopa de Marks & Spencer et de l’intersyndicale d’AOM-Air Liberté.

Comme l’expliquait le texte de l’invitation « …le 9 juin est un début, et il ne s’agit pas de lâcher prise. Il nous faut désormais, dans le même esprit unitaire, viser une mobilisation encore plus large, incitant toutes les organisations à être partie prenantes, qu’elles aient été présentes ou pas le 9 juin ».

Lors de cette réunion la plupart des organisations ayant préparé la manifestation étaient présentes, et ont le plus souvent approuvé, au cours de leurs interventions, le bilan et les objectifs présentés par le représentant des salariés de Lu Ris-Orangis en début de séance (dont nous publions ici de larges extraits). Ce fut le cas, entre autres, de la représentante du Parti Communiste qui, tout en écoutant les critiques sans complaisances émises au cours de la réunion sur le vote des députés communistes de la loi Guigou, a tenu à réaffirmer que son parti était « disponible pour continuer », qu’il était prêt « à poursuivre l’action », à participer aux rassemblements de salariés proposés pour la rentrée, tout en proposant d’en discuter et définir le contenu.

Le principe d’une rencontre entre salariés des entreprises en lutte fin septembre ou début octobre a donc été retenu, ainsi que la nécessité de se préparer à de nouvelles initiatives.


« Nous vous avons invités à cette nouvelle réunion unitaire pour envisager avec vous les suites à la manifestation du 9 juin. Car nous ne voulons pas en rester là. Et pour cause. Les plans de licenciements, nous les avons toujours sur le dos. De nouveaux arrivent et d’autres s’ajouteront.

« Deux mots d’abord, sur le bilan que nous tirons, à Lu, de la manifestation du 9 juin. Pour ce qui est de la manifestation elle-même, c’est clair, nous sommes contents. Par son succès relatif d’abord. De 20 000 à 40 000, selon les chiffres annoncés…

Les points forts de la manifestation

« …Nous avons dénombré plus d’une trentaine d’entreprises touchées par les plans de restructurations. C’est la première fois que sur une question comme les licenciements, où la lutte est difficile, défensive, on voit des salariés habituellement confinés dans une résistance locale, venir de tous les coins du pays manifester ensemble. C’est une première, et il ne faut surtout pas que ce soit une dernière.

« Pour le reste, l’un des aspects particulièrement positifs de la manifestation, auquel nous tenons beaucoup, c’est qu’elle ne faisait pas de discrimination entre organisations syndicales, politiques et associatives. Tout le monde avait sa place, toute sa place, avec ses slogans et ses banderoles, dans le respect des opinions de chacun… Et c’est bien ce que nous avions voulu, nous les salariés des boîtes en lutte.

« Cela fera aussi partie de l’efficacité de la riposte d’ensemble, de ne plus opposer les salariés, les organisations syndicales, politiques et associatives…

« Voilà pour les « plus » de la manif. J’en ajouterai un autre : son tonus, sa tonalité radicale, déterminée. Un slogan comme celui de l’interdiction des licenciements, est revenu d’un bout à l’autre du cortège.

« Côté syndical, les Sud, le groupe des dix, la FSU, la CNT et différentes sections et syndicats CFDT, FO et CGT locaux ou régionaux étaient présents, sans oublier les Basques avec le syndicat LAB, particulièrement nombreux…

« Mais il faut le constater, nous n’avons pas réussi à faire bouger les directions des principales confédérations.

« Je passe sur les motivations de ces dernières, qui sont injustifiables. Leurs dirigeants ne se sont d’ailleurs pas trop fatigués pour s’expliquer auprès des salariés qui les ont sollicités. Il nous semble que Bernard Thibault, Nicole Notat, Marc Blondel ou Alain Deleu par exemple, aillent plus volontiers aux rendez-vous que leur fixe le gouvernement, qu’aux rendez-vous que leur donnent les salariés en lutte.

« Les syndicats d’entreprises, locaux et régionaux, ayant pris sur eux de répondre à l’appel, n’ont pas été assez nombreux pour exercer une pression suffisante pour convaincre leurs confédérations.

« Pour les prochaines échéances, il nous faudra donc trouver dans les entreprises de tous les secteurs, suffisamment de relais militants pour inciter les confédérations à soutenir les mobilisations nécessaires. Et nous comptons sur toutes les organisations présentes ce soir pour nous y aider.

La loi Guigou :

« Bien sûr, parmi les camarades présents ce soir, les opinions divergent.

« Certains pensent que le vote par le parti communiste de la loi Guigou, avec ses amendements, est une avancée. D’autres, et c’est le cas de bon nombre d’entre nous à l’usine Lu de Ris-Orangis, pensent que le Parti Communiste, qui a contribué au succès de la manifestation du 9 juin, n’aurait pas dû voter cette loi, et aurait même dû voter contre, avec ou sans amendements, car elle ne change rien de fondamental au droit patronal de licencier.

« D’autres camarades de l’usine de Ris, comme sans doute ailleurs, n’ont pas d’avis tranché sur la question, et demandent à voir, mais considèrent de toute façon que la loi ne suffit pas et qu’on ne peut en rester là.

« Mais il ne s’agit pas ce soir de polémiquer sur le contenu de cette loi. Il s’agit de savoir comment nous allons continuer à construire ensemble le rapport de force permettant de faire annuler les plans de licenciements en cours, et d’interdire ceux à venir. Car pour nous, le principal résultat de la manifestation du 9 juin, c’est d’avoir rendu possible les étapes suivantes de la mobilisation.

Nous ne pouvons en rester là

« De ce point de vue, tout le monde ici, y compris les camarades du parti communiste, savent bien que les mêmes menaces de licenciements planent toujours sur AOM-Air Liberté, Danone, Marks & Spencer, Bata, Péchiney et les autre…

« En fait, nous n’avons pas vraiment le choix. Ou alors, nous allons nous retrouver dans la même situation qu’auparavant : c’est-à-dire que les salariés de chaque entreprise sous le coup d’un plan social vont se retrouver isolés dans leur coin, contraints à une résistance sans grand espoir, réduits à négocier les seules modalités légales de leur licenciement, en attendant qu’on les oublie et que dans six mois, un an ou deux ans, ils pointent à l’ANPE ou se retrouvent déplacés à 1000 kilomètres de chez eux avec des salaires réduits de moitié ou des deux tiers, ou alors installés à leur compte, comme on dit, en bossant 12 heures par jour, 7 jours sur 7, à vendre des frites ou des merguez et j’en passe.

« Nous n’avons pas organisé la manifestation du 9 juin pour nous contenter d’un baroud d’honneur, et pour nous retrouver dispersés comme avant.

Maintenir les liens entre entreprises

« En ce qui nous concerne, pour la suite, nous entendons d’ores et déjà maintenir tous les liens que nous avons noués avec les salariés des autres entreprises.

« D’abord parce qu’il s’agit d’être prêts à se mobiliser et à réagir ensemble si dans les jours et les semaines à venir des salariés touchés par un plan faisaient appel à la solidarité des autres. Les patrons sont pressés, et il s’agit de rester vigilants, et de montrer aux camarades en lutte qu’ils ne sont pas isolés.

« C’est d’ailleurs pourquoi la semaine dernière, nous sommes allés soutenir par une délégation la manifestation des salariés d’AOM-Air Liberté sur les pistes d’Orly, et sommes aussi allés voir ceux de Bata, en Moselle.

« Ensuite, parce qu’il vaut mieux mettre en commun nos expériences, et nous donner les moyens de nouvelles initiatives.

« Le maintien de ces liens entre entreprises touchées par les plans de licenciements, pourra prendre la forme d’une rencontre entre toutes les entreprises touchées par les plans de restructuration à la rentrée, vers la fin du mois de septembre par exemple. Ensemble, nous allons travailler à la mise en commun de nos expériences, de nos revendications et de nos objectifs de lutte.

« Mais ce que nous voulons aussi, c’est que dès la rentrée de septembre, nous envisagions, les salariés avec toutes les organisations qui ont participé au 9 juin, de nouvelles mobilisations plus larges, qui entraînent y compris ceux et celles qui n’y n’étaient pas. Tout cela ne se fera sans doute pas d’un coup, demandera peut-être des étapes intermédiaires, mais c’est ce qu’il nous faut viser pour les mois à venir.

« En tout cas, nous avons constaté que les salariés répondaient présents quand leurs organisations les appelaient à se mobiliser. Le frein ne vient pas d’en bas. C’est donc aux salariés, aux militants syndicaux, politiques et associatifs, conscients de l’urgence d’une riposte d’ensemble, de s’atteler à convaincre tout le monde de passer à l’acte. »

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