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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 16, juillet-août 2001 > DOSSIER : Révolte en Kabylie, révolte en Algérie

DOSSIER : Révolte en Kabylie, révolte en Algérie

La guerre civile : une guerre contre les civils

Mis en ligne le 1er août 2001 Convergences Monde

Dix ans de terreur. De un à deux cent mille morts. Une population sans cesse menacée par les tueries, les viols et les violences. Voilà ce que vient de subir le peuple algérien. Et ce qu’il subit encore, dans certaines régions en tout cas, car si la guerre est officiellement terminée, les attentats continuent.

Une multitude de bandes armées a participé à ce massacre alors que la population, qui en a été la principale victime, n’était d’aucun côté dans cette guerre civile même si des jeunes desperados de milieu pauvre ont été embrigadés dans les bandes intégristes. La population de ces mêmes quartiers populaires en votant pour le FIS (Front Islamique du Salut) n’avait pas approuvé un projet ultra-réactionaire mais dénoncé le pouvoir militaire. Elle n’a pas rejoint les maquis mais subi directement la violence de ceux-ci car ce sont les quartiers pauvres et les campagnes les plus désolées qui ont été la cible des groupes islamistes. Alors que ceux-ci prétendaient combattre le pouvoir, ce n’est jamais les généraux qui étaient pris pour cible des attentats ! Et pas seulement parce que c’était plus difficile. Mais parce que les islamistes ont toujours été d’abord et avant tout des ennemis déclarés des travailleurs. Alors que le FIS était légal, dans la période 1990-91, il dénonçait le grèves, approuvait le début des privatisations et du démantèlement du secteur industriel. Et plus tard les islamistes du Hamas ont repris le flambeau en collaborant de nouveau avec le pouvoir militaire.

Avec la guerre civile l’affrontement a semblé se résumer à celui de deux seuls camps, l’armée et les islamistes. Elle occultait la vraie division, la vraie opposition de la société algérienne : celle qui s’était révélée en 1988 entre les exploités et la classe dirigeante pourrie et corrompue liée aux chefs militaires.

L’explosion de la révolte de 1988 et la multiplication des grèves qui s’est produite conjointement avaient amené la dictature militaire au bord du gouffre. L’armée qui avait directement agi dans la répression de la révolte, tué et torturé la jeunesse était massivement haïe par la population. Elle a choisi de quitter le devant de la scène, de renoncer au parti unique, de laisser s’établir le multipartisme tout en favorisant le parti intégriste, le FIS, le premier légalisé, le premier reçu par le président Chadli. Avec le discrédit des partis démocratiques bourgeois et la haine du pouvoir, il y a eu un raz de marée de votes pour le FIS. Et si le parti intégriste était une force réactionnaire qui pouvait être utile contre la classe ouvrière, ses succès, par exemple aux élections municipales de 1990, lui donnant la gestion de mairies, donnaient de l’appétit à ses dirigeants et pouvait menacer les hommes au pouvoir. En décembre 1991, ces derniers ont choisi d’interrompre les élections législatives dont le FIS venait de gagner le premier tour, de l’interdire et de lui faire la guerre, afin de polariser toute la société entre islamistes et armée.

Toutes les bandes armées contre la population

Dans cette guerre civile, la population a été prise en étau entre des bandes armées dont aucune n’était plus proche d’elle que les autres, aucune n’avait plus de respect des vies humaines, toutes se livrant au massacre des hommes, femmes et enfants, à la violence la plus brutale. Le but des uns et des autres n’était pas de gagner la sympathie mais de terroriser. Après 1988, la haine de la population pour le pouvoir militaire était si violente que la classe dirigeante algérienne ne voyait pas d’autre manière d’éteindre le feu que par le sang.

D’un côté, il y avait les forces terroristes du régime militaire agissant sous les ordres directs de ce pouvoir ou en marge de celui-ci, pour des intérêts particuliers ou à la solde des généraux assassins qui gouvernent l’Algérie dont les principales figures politiques sont les généraux Nezzar, Lamari et Mediene. On y trouve ceux qui débarquaient dans les quartiers ouvriers, enlevant des syndicalistes, terrorisant des familles, kidnappant les jeunes que l’on ne retrouvait plus jamais : les ninjas, les forces spéciales, les services spéciaux de la sécurité militaire, les bandes de tueurs en civil ou en uniforme soldées par le pouvoir, parfois des assassins sortis de prison spécialement pour cette tâche.

D’autre part si certains des groupes « d’autodéfense » furent mis en place pour se défendre par les villageois eux-mêmes, d’autres ne furent en réalité que des milices proches du pouvoir. Car la population n’a jamais été armée par celui-ci, même et surtout pas pour se défendre contre les terroristes. Au contraire, le pouvoir a volontairement livré des régions aux groupes terroristes pour qu’ils y fassent le ménage, calment la population révoltée par la violence. Les témoignages se multiplient aujourd’hui selon lesquels les grands massacres de 1994, comme à Bentalha, pourraient très bien avoir été le fait du pouvoir lui-même, à la fois pour impressionner la population et pour discréditer l’intégrisme.

Les milices locales ont expulsé des paysans pour le compte de grands propriétaires pour libérer les terres et construire des villas ou agrandir des terres agricoles ou viticoles. Elles ont volé les usines d’Etat ou détruit celles-ci, le tout sous couvert de la guerre civile. Toute une bourgeoisie s’est ainsi enrichie sur le vol et la rapine pendant ces années.

Les autres bandes qui ont assassiné la population sont les bandes intégristes : l’AIS, l’armée du FIS et, concurremment, les GIA (groupes islamiques armés) ainsi que quelques groupes terroristes de moindre importance. Ces bandes armées n’ont été une force militairement dangereuse que pendant deux, trois ans. Ensuite elles servirent avant tout de justification au pouvoir dictatorial et ses violences. C’est ce que l’on a appelé la politique d’éradication, la prétendue défense de la démocratie avec les chars et les mercenaires de la junte militaire. Bien après la capitulation de l’AIS, le pouvoir a maintenu les troupes de celle-ci dans le maquis. Plusieurs années au moins avant que Bouteflika ne lance finalement la politique dite de concorde nationale et annonce la fin de la guerre civile.

Celle-ci un peu calmée, des mouvements de grèves ont repris, parfois durement réprimés, notamment dans les secteurs clés de l’économie algérienne, pétrole et métallurgie, ou encore celui de l’éducation et de l’enseignement. Et surtout, aujourd’hui, c’est la révolte de la jeunesse de Kabylie.

R. P.

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