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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 63, mai-juin 2009

SNCF : Élections professionnelles sous le nouveau régime de représentativité

Mis en ligne le 30 avril 2009 Convergences Entreprises

Les élections professionnelles se sont tenues le 26 mars dernier à la SNCF pour les mandats de délégués du personnel et la représentation aux comités d’établissement (CE), au niveau local et national. Avec une nouveauté cette année : suite à la loi sur le « dialogue social » , les élections aux CE déterminent la représentativité des syndicats. Ainsi, seuls ceux qui dépassent les 10 % pourront signer ou dénoncer les accords proposés par la direction. Un accord sera désormais validé s’il obtient les faveurs de syndicats représentant au moins 30 % des voix, à la condition qu’il ne soit pas dans le même temps dénoncé par des syndicats en représentant 50 %. D’où quelques recompositions syndicales opportunistes…

Des alliances ont vu le jour. La CFDT avec la FGAAC (un syndicat corporatiste de conducteurs) perd 3 % mais se maintient au-dessus de la barre fatidique des 10 %. L’UNSA, qui devient le second syndicat à la SNCF et dont les bons scores (18 %) ont été soulignés par la presse, doit l’essentiel de sa progression à des alliances locales avec la CFTC. La CGT se maintient autour de 40 %. Seul Sud enregistre une progression faible mais significative de 2,70 %, pour atteindre 17,7 %.

La participation se tasse encore un peu et s’établit autour de 74 %. À noter que certains sites qui ont mis en place le vote électronique par internet ont vu une baisse significative du nombre de votants à l’exécution et une hausse dans le secteur maîtrise : l’informatique reste une barrière pour bien des ouvriers.

Dans les secteurs qui ont connu des conflits récemment, la prime est allée aux syndicats qui se sont montrés les plus combatifs. Les conducteurs de la gare Saint-Lazare à Paris par exemple, restés en grève pendant un mois autour des fêtes, ont sanctionné fermement la fédération CGT qui avait bruyamment dénoncé leur mouvement et n’avait pas hésité à désavouer ses militants locaux engagés dans le conflit. Leurs suffrages se sont portés sur Sud, qui double ses voix et dépasse les 50 % sur ce secteur.

Si la seule progression notable au plan national est celle de Sud, c’est la fédération CGT qui sort gagnante de ces élections, du point de vue de ses intérêts d’appareil. Avec 40 % des suffrages exprimés, c’est elle parmi les quatre centrales représentatives au niveau national (CGT, Unsa, Sud et CFDT) qui pourra emporter haut la main des décisions lors des conclaves avec la direction.

En effet, l’Unsa et la CFDT, qui avaient nourri l’ambition de constituer un « pôle réformiste » , manquent de peu la barre des 30 %. C’est donc à la seule CGT que reviendra la décision de parapher ou non les accords d’entreprise. Pas de quoi inquiéter les patrons : c’est l’esprit même de la nouvelle législation sur la représentativité que de renforcer les appareils en situation de « canaliser », en l’occurrence à la SNCF la CGT.

La Sncf et le gouvernement ont leurs raisons d’être confiants. La fédération CGT des cheminots leur a donné une série de gages, en n’hésitant pas à s’opposer frontalement à des mouvements, même importants. En mai 1999, Didier Le Reste, patron de la branche cheminote cassait la grève contre la mise en place des 35 heures et la flexibilité accrue qui allait avec, avant de signer un accord d’entreprise entérinant ces reculs un mois plus tard. En 2003, la direction de la CGT a choisi de militer contre l’extension du mouvement de grève contre les retraites et poussé les dépôts les plus combatifs à la reprise. Les cheminots se souviennent également de 2007, où la veille même d’une grève annoncée comme reconductible, contre le démantèlement de leurs retraites, Bernard Thibault avait entamé des négociations… Pas vraiment un encouragement à lutter pour le retrait du projet.

La CGT a également fait ses preuves dans des périodes plus calmes : elle signe d’ores et déjà plus de 40 % des accords proposés par la direction de la SNCF. Pour mémoire, la fédération a paraphé un texte sur le « dialogue social » qui, sous prétexte de permettre des « demandes de concertations immédiates », a fait passer la durée effective d’un préavis de grève de cinq à treize jours. Autant de signes qui ont encouragé la direction de la SNCF et le gouvernement à intensifier les relations avec ce syndicat qui rassemble la base militante la plus large (et pas la moins consciente et combative) derrière un appareil tout disposé à collaborer. SNCF et gouvernement auront effectivement besoin de toute l’aide de ces dirigeants syndicaux pour faire passer la pilule des restructurations incessantes dans la voie de la privatisation : suppressions d’emplois par milliers et détérioration du service comme des conditions de travail, chômage technique annoncé au fret, et salaires qui n’augmentent décidemment pas.

Mais si l’appareil dirigeant de la CGT peut se flatter de sa légitimité électorale confirmée, et s’apprêter à des pas supplémentaires dans la collaboration avec la direction sur le dos des travailleurs, la détermination d’une base militante pas toujours encline à faire du « syndicalisme de proposition » et surtout les luttes à venir des cheminots, peuvent venir troubler la fête.

Raphaël PRESTON

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Numéro 63, mai-juin 2009

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