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DOSSIER : Obama président, l’oncle Sam change de look... mais pas de cibles

Obama président, l’oncle Sam change de look... mais pas de cibles

Mis en ligne le 30 avril 2009 Convergences Monde

Les nouvelles venues des États-Unis ces dernières années avaient pourtant de quoi désespérer. 2000-2004, premier mandat de Bush : deux guerres au Proche-Orient, les gesticulations pitoyables sur l’axe du Mal et les armes de destruction massive ; des baisses d’impôts obscènes pour les plus riches sur fond de démolition accélérée des « acquis sociaux » ; une politique environnementale toujours plus irresponsable… Quatre ans de ce régime, pour qu’en 2004, l’électorat américain remette Bush en selle pour quatre années supplémentaires !

Les premiers sondages évoquant la victoire d’Obama ont donc laissé perplexe. Au sortir de l’ère Bush, dans le pays dont les fondations mêmes reposent sur l’esclavage ? Où en 1955 Rosa Parks déclenchait une tempête pour n’avoir pas cédé sa place de bus à un Blanc, et où certains États interdisaient encore les mariages mixtes douze ans plus tard – quand Obama avait 5 ans ?

En 1936, Roosevelt refusait de recevoir à la Maison blanche le champion olympique Jesse Owens, de peur qu’une photo de lui serrant la main d’un Noir ne compromette son avenir politique. Aujourd’hui un Noir succède à Roosevelt.

« Historique », « inouï », la presse a ressorti les superlatifs ; pour une fois justifiés. L’élection d’un Noir à la tête de la première puissance du monde est une nouvelle étonnante, qui manifeste d’abord ceci : le peuple américain, que beaucoup (« nouveaux beaufs » franchouillards en tête) aiment à représenter en cow-boy à la bible et au fusil, a changé. La domination des wasps (les white anglo-saxon protestants , dont se sont longtemps réclamées ses élites) s’est diluée : même les couches dominantes commencent à exprimer la mosaïque américaine. Mais surtout, le peuple américain est capable de désir de changement et d’ouverture d’esprit comme d’autres.

Évidemment, qu’un représentant de l’élite noire accède à la présidence n’abolit pas plus les barrières raciales que le pouvoir d’une Benazir Bhutto n’a soulagé l’écrasante oppression des femmes au Pakistan. Et les Noirs américains ne cesseront pas d’être opprimés parce qu’un homme de leur couleur de peau sera pour quatre ans premier fonctionnaire de l’appareil de répression. Il n’empêche : à combien de millions de Noirs dans le monde cette élection a-t-elle donné un sentiment de fierté et de revanche ? D’une façon symbolique, mais profonde, l’élection d’Obama les venge de l’abjection universelle du racisme. Et il ne s’agit pas que de bons sentiments : des luttes comme celle du LKP de Guadeloupe, en février dernier, ont trouvé un encouragement dans cette élection, à laquelle le collectif a d’ailleurs explicitement fait référence.

C’est d’ailleurs la raison pour laquelle le système qu’il sert a fait appel à Obama. Car si cet outsider est arrivé au pouvoir, c’est en partie parce qu’il a été choisi par une partie des représentants de la classe dominante américaine, à la faveur d’une crise elle aussi « historique ». Personne ne sait jusqu’où iront ses conséquences économiques, sociales, politiques. Mais ce qui est certain, c’est que dans ce contexte, un homme neuf et populaire à la tête du premier impérialisme mondial peut être un atout important.

On ne peut d’ailleurs pas exclure que la présidence Obama soit l’occasion pour l’impérialisme américain d’une redéfinition de certains axes stratégiques, que la crise imposera peut-être. Mais pour l’heure, derrière le changement de style, la politique esquissée par la nouvelle administration se caractérise plutôt par la continuité. Sur le plan intérieur, où sa politique de soutien massif de l’État au secteur financier et industriel est le strict développement de celle de Bush avant son départ. En politique étrangère la rhétorique sur le terrorisme est reprise en l’état, et le départ annoncé d’Irak signifie le recentrage d’objectifs de guerre sur l’Afghanistan et le Pakistan – même si cela s’accompagne du souci d’un plus grand consensus diplomatique. Les principales nouveautés de l’administration d’Obama concernent l’introduction d’un peu de charité d’État dans des domaines comme l’assurance maladie ou l’aide de survie aux plus pauvres. À part cela, la « rupture » porte sur des questions d’ordre moral ou symbolique, comme la recherche sur les cellules souches, l’autorisation de l’IVG ou l’usage de la torture. À la manière d’un Mitterrand abolissant la peine de mort en 1981, Obama monnaie en début de mandat les mesures peu coûteuses qui permettront peut-être de prolonger sa popularité. Et cela semble d’ailleurs marcher pour le moment : alors que les milliards engloutis dans les plans de sauvetages de banques et des grosses entreprises ont suscité dans la population un certain mécontentement à l’encontre du gouvernement, la défiance épargne encore Obama. Mais au bilan, on est encore loin même d’un nouveau New Deal, malgré la comparaison répétée.

Sans parler de ce qui serait nécessaire pour soulager vraiment la population américaine qui prend la crise de plein fouet. De la puissante vague d’espoirs et d’illusions qui a porté Obama au pouvoir, il pourrait donc rapidement ne pas rester grand-chose. Ce qui mériterait de durer, pourtant, c’est l’espoir suscité quand même que le monde peut changer. Même si les symboles n’y suffiront pas.

23 avril 2009

Benoît MARCHAND

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