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DOSSIER : Obama président, l’oncle Sam change de look... mais pas de cibles

Le mythe Roosevelt

Mis en ligne le 30 avril 2009 Convergences Monde

Lors de la crise de 1929, Franklin Roosevelt avait engagé une série de mesures économiques connues sous le nom de « New Deal » (« nouvelle donne »). La « New foundation » d’Obama en sera-t-elle une nouvelle édition ?

En 1929, Roosevelt est gouverneur de l’État de New York. Alors qu’en Europe la crise met à mal la démocratie parlementaire, l’idée de gouverner par la force gagne des adeptes parmi les politiciens bourgeois. C’est ainsi que Roosevelt se dit intéressé par Mussolini. Quant à son parti, le Parti démocrate, il ne cherche pas, même de loin, à apparaître populaire : à sa tête siège le bras droit de Du Pont de Nemours, un des plus gros capitalistes du pays.

En 1932 Herbert Hoover – le prédécesseur républicain de Roosevelt à la présidence – est profondément discrédité. Cela fait trois ans, depuis le krach de 1929, qu’il ne cesse d’annoncer la reprise économique : or la production industrielle n’est pas loin de chuter de 50 %, il y a 15 millions de chômeurs (plus du quart des salariés du pays), et les millions d’expulsions locatives ont poussé des masses de miséreux dans des campements que les Américains ont surnommés par dérision les « hooversvilles ». Des travailleurs s’engagent sur les routes pour chercher du travail, provoquant de véritables migrations à l’échelle du continent. Pour triompher de son rival, Roosevelt n’a donc même pas besoin d’avancer un programme précis.

Au chevet d’un système en déroute

Lorsqu’il accède à la présidence en mars 1933, le moral de la classe ouvrière américaine n’est pas encore à la lutte, mais le scrutin a été marqué par l’abstention. Néanmoins, les attentes de la population envers Roosevelt sont fortes. Y compris sans doute parmi les travailleurs noirs, que certains États du Sud ont tout fait pour empêcher de participer au vote. Surtout, le capitalisme américain est tellement malade que le nouveau président doit se résoudre à prendre des mesures inhabituelles.

C’est aux banques que la nouvelle administration commence par fournir une aide massive en rachetant leurs créances douteuses, avant de mettre en place une administration fédérale, la NRA (National Recovery Act) qu’elle charge de réaliser trois grandes réformes. Tout d’abord, la fixation des prix de vente pour limiter la concurrence, la législation antitrust étant provisoirement abandonnée. Ensuite le lancement par l’État de grands travaux pour embaucher une partie des chômeurs – et profiter du prétexte pour subventionner nombre d’entreprises privées [1]...

Le New Deal a été décrit plus tard comme la mise en place d’un « État providence » ( Welfare State ). Mais la Providence, censée venir en aide à tous, a ses préférences sociales. Comme avec les stimulus plans d’Obama, le New Deal est d’abord une stratégie indispensable de sauvetage du capitalisme, qui met au service du capital privé les moyens économiques de l’État, et de la bourgeoisie, ses moyens politiques. Si certains qualifient d’ailleurs le New Deal de politique « de gauche », d’autres, à l’époque, comparent Roosevelt à Hitler qui accède au pouvoir en Allemagne la même année. Ces prises en main des affaires économiques par l’État ont de fait des motivations similaires à Washington et à Berlin : l’impuissance des capitalistes à gérer la faillite de leur propre système.

Entre l’Allemagne et les États-Unis, les situations sociales sont pourtant bien différentes. Plutôt que d’écraser le mouvement ouvrier, la bourgeoisie américaine – qui dispose de plus de moyens que celle d’Allemagne – préfère tenter de le faire collaborer de son plein gré (ou au moins celui de ses chefs officiels). C’est ce qu’illustre la troisième mesure de la NRA : au lieu d’interdire les syndicats, un paragraphe de cette loi sur le « relèvement industriel » garantit au contraire aux travailleurs des droits syndicaux (une mesure dont Obama s’est peut-être inspiré avec son Employee Free Choice Act ). En pratique, de nombreux patrons en profitent pour monter des syndicats jaunes. Consciente pourtant du danger de la mobilisation ouvrière, l’administration Roosevelt prend les devants en favorisant la reconnaissance de syndicats qu’elle tente du même coup de contrôler. Une mesure dont l’administration Roosevelt allait vite se féliciter.

Une vague de luttes ouvrières

Lors de l’élection de Roosevelt en 1932, un journaliste avait relevé : on entend le mot révolution « dans les milieux les plus conservateurs, […] De la part des esprits les plus équilibrés et sérieux » . Cette année-là, 250 000 travailleurs se mettent en grève. Ils sont un million en 1933, et près d’un million et demi en 1934. Des émeutes de la faim enflamment plusieurs grandes villes. En février 34, des militants trotskystes parviennent à diriger une grève victorieuse à Minneapolis, faisant ainsi la démonstration qu’une poignée de révolutionnaires peuvent avoir un impact décisif dans cette situation. À Toledo les chômeurs qui, avec leurs familles, représentent un tiers de la population de la ville, viennent en aide aux grévistes d’un équipementier de l’automobile. Ces mouvements annoncent la vague de grèves encore plus importantes des années 1936-1940, en particulier dans l’automobile. Le patronat recrute des milices anti-grévistes qui collaborent avec la police d’État, et les affrontements sont violents. Si l’on est encore loin du fascisme, c’est bien la mécanique qui a produit les « fasci » en Italie qui redémarre aux États-Unis.

À cette époque, la confédération syndicale la plus puissante, l’AFL, a certes beaucoup recruté, mais quand sa direction intervient sur le terrain, c’est pour freiner les grèves et proposer aux travailleurs mécontents l’arbitrage du gouvernement. La stratégie syndicale de Roosevelt fonctionne donc. Les dirigeants de l’AFL mènent leurs campagnes de syndicalisation en martelant « le président Roosevelt veut que vous adhériez au syndicat » . Et ces mêmes dirigeants syndicaux ne tarderont pas à faire campagne pour sa réélection.

Sortir de la crise par la guerre

En août 1937, récemment réélu, Roosevelt doit faire face à un nouveau krach boursier. Le système New Deal semble avoir épuisé ses ressources politiques.

C’est alors que la guerre européenne qui se profile offre à la bourgeoisie américaine les moyens d’un redémarrage inespéré. Roosevelt tente d’en tirer parti sans mettre les doigts dans l’engrenage militaire. Lors des élections de 1940, il affiche encore une fidélité sans faille à la doctrine Monroe : « En m’adressant à vous qui êtes des pères et des mères […], je voudrais le dire encore et toujours. Je n’enverrai pas vos fils faire une guerre étrangère » . Une démagogie qui lui permettra de remporter une troisième fois les élections. Avant de plonger les États-Unis dans la guerre mondiale qui leur permettra, grâce à l’industrie de guerre, de sortir définitivement des années de crise, et leur assurera un statut confirmé de puissance mondiale dominante.

Laurent VASSIER


[1En mai 1933, un organisme spécial entreprend l’aménagement du fleuve Tennessee. Un projet gigantesque qui concerne sept États et inclut la construction de barrages hydro-électriques, la fabrication d’engrais, le creusement de lacs de divertissements, etc. Les emplois sont précaires, n’emploient qu’une partie (de l’ordre de 25 %) de chômeurs, et ont tendance à disparaître hors période électorale.

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Numéro 63, mai-juin 2009

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