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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 63, mai-juin 2009

Premier mai : unité syndicale « exceptionnelle »…pour parer au feu ?

Mis en ligne le 30 avril 2009 Convergences Politique

Ce 1er mai 2009 a été annoncé comme « historique » du fait que tous les syndicats appellent à défiler ensemble.

« De mémoire de syndicaliste, je ne me souviens pas d’un 1 er mai aussi unitaire […], c’est lié au caractère exceptionnel de la situation » clamait Gérard Aschieri de la FSU, dès l’annonce de l’appel commun. « Quand on voit ce que nous sommes parvenus à réaliser entre janvier et mars, ce n’était quand même pas gagné » , se félicitait Bernard Thibault le 1er avril, devant une réunion de responsables CGT. Il avait à contrecarrer des critiques montées des rangs de son organisation sur ce calendrier qui inscrit une journée d’action tous les deux mois, et dont le 1er mai risque d’être le point d’orgue puisque pour les suites « il n’a pas été possible, pour l’instant, de se mettre d’accord au niveau de l’intersyndicale » (ajoutait-il).

Unité, unité chérie…

L’unité idolâtrée sert de justification à Bernard Thibault pour prêcher à ses militants la patience et la tempérance (sinon Chérèque ne voudrait pas !). Annick Coupé, de Sud qui a pour la première fois l’occasion d’être invitée par ses homologues à jouer dans la cour des grands, l’invoque aussi pour expliquer son alignement sur le programme des autres centrales. Certes, dit-elle dans une interview à l’Humanité Dimanche , « la question de l’interdiction des licenciements dans les entreprises qui font des profits » est à l’ordre du jour, qui ne figure pas dans la plateforme commune. Certes, dit-elle, « nous avons dit que, entre le 19 mars et le 1 er mai, il aurait fallu appeler à autre chose. […] Mais ce point de vue est aujourd’hui minoritaire dans l’intersyndicale. Fallait-il pour autant prendre la responsabilité de casser l’unité syndicale ? » . Vogue la galère, pourvu qu’on y soit tous ?

Des syndicats disponibles pour gérer la crise…

Quant à la plateforme revendicative de l’appel commun, elle est vide : rien sur l’interdiction des licenciements, rien sur une augmentation générale des salaires ni aucune des revendications qui unifient de fait aujourd’hui le monde du travail. Et pour cause : le seul souci des directions syndicales nationales est d’être associées par le gouvernement et le patronat à la gestion de la crise.

La CFDT a, sur ce terrain, une longueur d’avance, qui se félicite d’être à l’initiative du Fonds d’investissement social (Fiso) promis par Sarkozy aux syndicats le 18 février et mis en place début avril. Même si, comme CGT et FO, elle déplore que la somme mise au pot par le gouvernement (1,5 milliard) soit trop faible. Pour la CFDT, il faut « profiter de cette période où l’activité sera ralentie pour préparer les salariés aux emplois de demain » et « renforcer ainsi la compétitivité des entreprises » . En clair, offrir aux ouvriers, que les patrons fichent à la porte, quelques stages de formation, question de leur donner l’illusion d’un futur recyclage au jour de la reprise économique que Chérèque prie le ciel de nous apporter au plus vite. Le tout dirigé par une « cellule de pilotage » associant les syndicats. L’idée était trop bonne pour que Sarkozy ne saute pas dessus.

… et sauver l’industrie

Les économistes de la CGT ont également planché sur un programme. Il en est sorti « Cinq priorités pour une politique industrielle » , d’où il ressort que la concurrence qui mine les emplois en France ne vient pas tant de la Chine et de l’Inde que de l’Allemagne ou la Suède qui ont su profiter de la « forte qualification de leur main-d’œuvre » et anticiper grâce à « une démarche prospective et volontariste en matière d’activés industrielles » .

Il n’est pas davantage question pour la CGT que pour la CFDT d’interdiction des licenciements. Une « Sécurité sociale professionnelle » devrait permettre aux licenciés de survivre entre deux emplois, dont on ne dit pas par quel rapport de force on l’imposerait. Pour aider le patronat à restructurer ses industries, les idées foisonnent : « assurer le financement de la croissance des entreprises » en transformant (au lieu de la supprimer) la taxe professionnelle en un « impôt pour l’emploi » , demander aux banques d’utiliser les milliards que l’État leur donne pour offrir des crédits aux industriels (au lieu de sucrer leurs actionnaires), compléter le Fonds d’investissement stratégique de Sarkozy par un « grand pôle public de financement du développement industriel » . Avec quel argent ? Celui des Livrets d’épargne populaire notamment. Que n’y a-t-on déjà pensé ?

L’hommage de Sarkozy et Fillon

Les syndicats ont applaudi à la proposition du gouvernement de mieux indemniser le chômage partiel (dont il avait décidé d’augmenter la durée maximale autorisée) sous condition d’un accord patronat-syndicats partageant les frais entre patrons, salariés et État. Chez Renault, ils se sont précipités à la table de négociation d’un « contrat social de crise » , selon lequel l’indemnisation à 100 % du chômage partiel sera payée en partie par le prélèvement de jours de RTT aux salariés mis au chômage ainsi que, par « solidarité » , aux techniciens et cadres du groupe non touchés par le chômage partiel. CFDT, FO, CFTC et CFE-CGC ont apposé leur signature ; la direction de la CGT, prudente, se proposait avant de signer d’avoir l’aval d’un référendum auprès des salariés… que ses militants sur le terrain n’ont pas voulu organiser.

Face aux grèves et coups de colère qui explosent les uns après les autres à chaque annonce de suppression d’emplois ou de fermeture de sites, les directions syndicales nationales s’efforcent surtout de jouer les intermédiaires de réunions tripartites, patron-syndicats-ministère, censés trouver un compromis. Quitte à tomber sur un bec, quand les ouvriers de Caterpillar à Grenoble, désavouent lundi un accord signé en leur nom le dimanche au ministère de l’économie, et que les syndicalistes locaux signataires se rétractent en disant s’être fait quelque peu piéger.

Les organisations syndicales sont « extrêmement responsables dans ce climat » , a tenu à souligner récemment le premier ministre, même si elles « ont du mal à jouer leur rôle plein de médiateur dans cette crise » . À plusieurs occasions ces dernières semaines, Sarkozy comme Fillon ont souligné la tâche qu’ils attribuent aux directions syndicales (dont selon eux à ce jour elles s’acquittent) : « canaliser » la colère ouvrière. Y arriveront-elles ? C’est une autre histoire.

Olivier BELIN

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Numéro 63, mai-juin 2009

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