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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 63, mai-juin 2009

Couloir de la chimie lyonnaise : les patrons accentuent la pression

Mis en ligne le 30 avril 2009 Convergences Entreprises

Secteur industriel clé, situé au carrefour de nombreuses productions, la chimie a de nombreuses applications, notamment dans l’automobile et la construction.

Au sud de Lyon, le long du Rhône, on reconnaît les grands noms de la chimie : Rhodia, Arkema, Daikin, la raffinerie Total... Ces usines, réparties sur 800 hectares, forment le couloir de la chimie. Elles ont fait travailler plusieurs dizaines de milliers de travailleurs, et fait vivre les villes de Pierre-Bénite, St-Fons, Feyzin, construites autour d’elles. Aujourd’hui elles ne représentent plus que 6 500 salariés. Les immenses structures tournent souvent 24h/24, mais la nuit, derrière chacune des enceintes qui les enclosent, une cinquantaine d’ouvriers à peine sont présents pour faire tourner les ateliers.

Dix ans d’attaques qui pèsent

Ces dix dernières années, les travailleurs des différentes usines, Rhodia, Arkéma, Blue Star... n’ont connu que des restructurations avec fermetures d’ateliers et réorganisations drastiques dans ceux qui restent. Des grèves, parfois avec occupation, ont éclaté. Mais elles sont restées cantonnées usine par usine et ont juste « limité la casse » en terme de suppressions de postes. La vague de fond des restructurations n’a pas été stoppée. Dans chaque usine, le fait d’être moins nombreux donne l’impression d’être moins forts, la peur s’exprime pour certains de « devenir une PME ». Les salariés les plus anciens sont partis, et les nouveaux jeunes travailleurs ne sont pas arrivés, gel quasi total des embauches oblige. Tout cela pèse sur l’état d’esprit des travailleurs du couloir de la chimie, alors que la crise économique ouvre une nouvelle vague d’attaques patronales.

Un plan pour nous faire payer la crise

Ces attaques ont commencé en décembre 2008 avec des arrêts de production entraînant du chômage partiel dans certaines usines, notamment celles liées à la filière automobile. Et des plans de plus grandes ampleurs se sont mis en place dès le début 2009.

La stratégie de Rhodia est significative d’une volonté de maîtriser le calendrier pour diviser les mécontentements. Ou pour les diluer dans des compilations de mesures dont la mise en œuvre est laissée volontairement dans le flou, à l’image de son plan « de flexibilité sociale ». Il prévoit la maîtrise par le patron des divers congés et repos, le « prêt » de travailleurs à d’autres sites voire d’autres entreprises et la reprise de la sous-traitance (consistant à faire faire à des travailleurs de Rhodia des tâche assurées par les sous-traitants, ce qui reviendra à supprimer des emplois chez ces derniers).

Bientôt le chômage partiel à la carte ?

Mais le joyau en est sans conteste la proposition faite aux pouvoirs publics de la mise en place d’un chômage partiel à la carte, individualisé, modulable à l’envi sur l’ensemble de l’année. Même si ce projet semble remis à plus tard, on voit à quel point un tel précédent pourra être profitable au patronat de la chimie et d’ailleurs même après 2009.

Avec le gel des salaires et des embauches, il ne manquait pour compléter le tableau que des annonces de suppressions d’emplois. Alors qu’une première vague de 91 suppressions était officialisée courant mars sur les sites de Mlle dans les Deux-Sèvres, Valence dans la Drôme et Belle Etoile à St-Fons, une deuxième vague de 200 suppressions sur deux autres sites à St-Fons et Chalampé (Haut-Rhin) était discrètement révélée, les contours en restants flous. Manipulant rumeurs et informations la direction de Rhodia a réussi jusqu’à présent à instaurer un climat de crainte.

Début avril, à l’occasion des négociations salariales, l’appel syndical à l’action dans l’ensemble des sites français du groupe Rhodia a été massivement suivi. Au résultat, un printanier dégel des salaires même s’il ne faut pas être dupe d’un recul très calculé qui n’accorde que des augmentations ridicules. Pour l’instant la mobilisation est restée ponctuelle. Trop pour endiguer le flot des attaques qui se profilent. Dans le couloir de la chimie, les patrons des différentes usines s’entendent entre eux sur le calendrier des coups portés pour éviter une lutte commune des travailleurs.

Des obstacles à faire sauter

La concentration d’usines de taille moyenne en terme d’effectifs, appartenant à des grands groupes comme Total, Arkéma, ou Rhodia représente une force sociale importante et la possibilité visible pour des travailleurs d’une usine en grève d’aller s’adresser directement aux travailleurs des usines d’à côté. Outre la proximité géographique, des liens personnels existent entre les ouvriers, par le canal de l’école de formation de la chimie à St-Fons ou par celui de l’intérim. Mais, pour l’instant, ces liens ne sont pas mis à contribution pour préparer une riposte coordonnée.

Une grève démarrant dans une usine ayant pour objectif affiché d’entraîner les autres ou une convergence de plusieurs grèves pourrait sauter cette barrière. Mais aujourd’hui, pour bon nombre de travailleurs, la grève est essentiellement sinon uniquement conçue comme un moyen de pression économique sur les patrons, et pas d’abord comme un moyen de s’organiser, et de s’adresser à d’autres. Du coup le discours patronal sur le manque de commandes ou le haut niveau des stocks entraîne l’idée que la grève ne serait pas un moyen d’action efficace. D’autant moins face aux arrêts de production, à la prise de congés forcés et au chômage technique. L’idée est courante qu’elle arrangerait alors le patron qui ne serait pas obligé de nous payer. Dernier exemple en date, les trois semaines de congés forcés à l’usine Arkéma de Pierre-Bénite. Cette fermeture a suscité de la colère. Mais faute de perspective de lutte pour s’exprimer, cette colère s’est transformée en résignation et c’est le sentiment du « moindre mal » qui l’a emporté.

Paradoxalement, cela a pour effet de placer la perspective d’une grève politique plus générale comme moins lointaine et d’un certain point de vue plus réalisable pour les travailleurs les plus combatifs qu’une grève purement économique dans une seule usine. D’où le succès dans les usines du couloir de la chimie des grèves et manifestations des 29 janvier et 19 mars dernier.

Du côté des dirigeants syndicaux, dans ce secteur où la CGT est prédominante, rien en tout cas qui ressemble de près ou de loin à un plan de mobilisation. Selon les usines, ce sont tout au plus des appels ponctuels à la mobilisation, sans volonté même de se coordonner. Pour le moment, la plupart des travailleurs attendent de voir ce que feront ces syndicats pour réagir tout en critiquant parfois ouvertement leur inaction.

Mais vu l’ampleur des attaques, la température sociale pourrait monter et la situation devenir rapidement explosive. Les travailleurs qui dans ce contexte trouveraient le moyen de s’adresser à ceux des usines voisines pourraient devenir des catalyseurs et provoquer une véritable réaction en chaîne.

Rafi HAMALIAN et Maya PALENKE

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