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Accueil > Convergences révolutionnaires > Numéro 144, mars 2022 > DOSSIER : La guerre de Poutine contre l’Ukraine

Pas d’union sacrée !

10 mars 2022 Convergences Monde

Nous publions dans ce dossier les introductions à la réunion-débat en ligne du 6 mars 2022 organisée par Convergences révolutionnaires.


Macron aime bien endosser la panoplie du chef de guerre. Après avoir déclaré la guerre à un virus pendant la pandémie, il cherche à s’immiscer dans la guerre menée par la Russie en Ukraine, plus valorisante à ses yeux pour le grand stratège qu’il croit être.

Cela dit, le dernier discours de Macron n’était pas seulement exaspérant. Car de guerre il a bien été question. Une guerre pour laquelle les Macron et autres Bruno Le Maire excellent : la guerre contre les classes populaires. Se prenant pour Churchill, Macron nous a promis « du sang et des larmes »…

Dans son discours, il a insisté sur le changement de période que nous connaissons, où la mondialisation va peut-être faire place à un repli sur des frontières sinon nationales, du moins continentales. Un nouveau remodelage des circuits économiques se dessine, comme cela s’est confirmé hier avec la rapide signature d’un contrat entre la Russie et la Chine sur la construction d’un gazoduc qui alimentera l’industrie chinoise et remplacera pour la Russie le gazoduc Nord Stream 2 entre la Russie et l’Allemagne, déjà achevé mais dont la mise en service a été annulée par l’Allemagne. Il ne s’agit pas seulement d’un pied de nez fait par Poutine aux dirigeants des impérialismes occidentaux avec leurs sanctions économiques. Il s’agit sans doute d’une situation plus durable, largement préparée par la politique protectionniste des États-Unis initiée par Trump et poursuivie par Biden vis-à-vis de la Chine, mais aussi vis-à-vis de l’Europe.

Alors, ce n’est pas la guerre mondiale. Ni aujourd’hui, ni sans doute demain. Mais les tensions internationales atteignent un niveau inconnu depuis la fin de la guerre froide qui opposait le bloc des impérialismes occidentaux et le bloc soviétique. Et qui dit tensions, dit bruits de bottes et cliquetis des armes.

En France, depuis le début du conflit en Ukraine, des généraux, d’active ou non, se succèdent sur les ondes pour pointer la faiblesse des armées françaises qui seraient, d’après eux, incapable de tenir la distance dans une guerre conventionnelle.

« Un allié puissant aux capacités limitées », titrait déjà un rapport sur l’armée française commandité par le Pentagone à la fin de l’année dernière. En 2020, l’actuel chef d’état-major des armées, Thierry Burkhard, à l’époque à la tête de l’armée de terre, expliquait devant la Commission de défense de l’Assemblée nationale : « Nous arrivons peut-être à la fin d’un cycle de conflictualité qui a duré vingt ans où l’effort de nos armées s’est concentré sur le terrorisme militarisé. […] Il nous faut réapprendre la grammaire de la guerre à haute intensité. » Traduction, l’armée française est taillée pour semer la mort dans les pays pauvres, pas pour faire la guerre à de grandes armées.

Que ce soit vrai ou non, ces discours sont autant d’appels au retour d’une politique militariste. Depuis 2017, le budget militaire s’est accru. Et un rapport parlementaire de l’an dernier préconisait des investissements de l’ordre de 40 à 60 milliards d’euros pour les douze années à venir.

Apparemment, le délai est bien trop long et c’est plus rapidement que le réarmement des États européens va se faire. En France certainement, mais aussi en Allemagne, qui vient de décider d’injecter immédiatement 100 milliards pour ses équipements militaires. 100 milliards tout de suite, pas la moitié en douze ans ! Il faut dire que l’Allemagne, en partie démilitarisée au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, a du retard à rattraper.

Le remodelage des échanges internationaux qui se profile et les tensions militaires vont donc réorienter les économies des pays impérialistes vers des budgets militaires hypertrophiés. On n’entre peut-être pas dans la guerre, mais vraisemblablement dans les économies de guerre.

Des profits colossaux se profilent donc pour les Dassault, Thalès et autres marchands de mort. Mais ces profits seront adossés à la dépense publique et il faut donc s’attendre à des coupes sombres sur tous les budgets sociaux. À des lois sur l’augmentation du temps de travail – non seulement le recul de l’âge du départ à la retraite, mais aussi l’allongement du temps de travail quotidien. « Travailler plus », a prévenu le candidat Macron. Avec des attaques contre les salaires aussi. Une politique qui a été certes menée déjà depuis plusieurs décennies par les gouvernements qui se sont succédé, mais qui va s’intensifier avec, pour justification, la menace militaire qui pèserait. On va nous dire qu’il faut les moyens de « nous défendre », alors qu’il s’agira seulement des moyens donnés à la bourgeoisie des pays impérialistes pour retailler leurs parts dans les échanges internationaux et tous ceux qui s’y opposeraient se verraient accuser de faire le jeu de « l’ennemi ».

Il n’est pas question de se laisser embarquer dans cette nouvelle version de l’union sacrée. Les travailleurs devront se battre pied à pied contre la politique qui se profile. Et qui sera la même en France, en Allemagne, aux États-Unis… Les luttes dans les entreprises ne manqueront pas, soyons-en certains. Certaines offriront des possibilités de s’étendre, non seulement à d’autres entreprises du pays, mais à celles d’autres pays européens. Airbus, ce sont des usines à Toulouse ou à Nantes, mais aussi à Hambourg. PSA, c’est à Sochaux ou Poissy, mais aussi à Rüsselsheim en Allemagne ou à Gliwice en Pologne.

Aujourd’hui, c’est avec cette monstruosité de guerre entre grands sur le dos des peuples qu’on nous demande d’être solidaires de nos gouvernants et de nos patrons. Mais nous ne sommes pas solidaires des Macron, Biden ou Dassault. Notre solidarité va au peuple ukrainien, aux travailleurs russes, à ces jeunes du contingent que Poutine envoie tuer leurs frères – ou se faire tuer.

Cette guerre peut susciter en Russie aussi la révolte des travailleurs et de la jeunesse. C’est cette révolte, en gagnant le monde, qui pourra permettre d’en finir avec les fauteurs de guerre que sont les bourgeoisies capitalistes et les politiciens à leur service. « Le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée porte l’orage », disait Jaurès dans un discours de juillet 1914.

Les événements se précipitent sans doute. Il est urgent que s’organise le camp des travailleurs pour en finir avec le capitalisme.

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