Pas d’union sacrée !
10 mars 2022 Convergences Monde
Nous publions dans ce dossier les introductions à la réunion-débat en ligne du 6 mars 2022 organisée par Convergences révolutionnaires.
Macron aime bien endosser la panoplie du chef de guerre. Après avoir déclaré la guerre à un virus pendant la pandémie, il cherche à s’immiscer dans la guerre menée par la Russie en Ukraine, plus valorisante à ses yeux pour le grand stratège qu’il croit être.
Cela dit, le dernier discours de Macron n’était pas seulement exaspérant. Car de guerre il a bien été question. Une guerre pour laquelle les Macron et autres Bruno Le Maire excellent : la guerre contre les classes populaires. Se prenant pour Churchill, Macron nous a promis « du sang et des larmes »…
Dans son discours, il a insisté sur le changement de période que nous connaissons, où la mondialisation va peut-être faire place à un repli sur des frontières sinon nationales, du moins continentales. Un nouveau remodelage des circuits économiques se dessine, comme cela s’est confirmé hier avec la rapide signature d’un contrat entre la Russie et la Chine sur la construction d’un gazoduc qui alimentera l’industrie chinoise et remplacera pour la Russie le gazoduc Nord Stream 2 entre la Russie et l’Allemagne, déjà achevé mais dont la mise en service a été annulée par l’Allemagne. Il ne s’agit pas seulement d’un pied de nez fait par Poutine aux dirigeants des impérialismes occidentaux avec leurs sanctions économiques. Il s’agit sans doute d’une situation plus durable, largement préparée par la politique protectionniste des États-Unis initiée par Trump et poursuivie par Biden vis-à-vis de la Chine, mais aussi vis-à-vis de l’Europe.
Alors, ce n’est pas la guerre mondiale. Ni aujourd’hui, ni sans doute demain. Mais les tensions internationales atteignent un niveau inconnu depuis la fin de la guerre froide qui opposait le bloc des impérialismes occidentaux et le bloc soviétique. Et qui dit tensions, dit bruits de bottes et cliquetis des armes.
En France, depuis le début du conflit en Ukraine, des généraux, d’active ou non, se succèdent sur les ondes pour pointer la faiblesse des armées françaises qui seraient, d’après eux, incapable de tenir la distance dans une guerre conventionnelle.
« Un allié puissant aux capacités limitées », titrait déjà un rapport sur l’armée française commandité par le Pentagone à la fin de l’année dernière. En 2020, l’actuel chef d’état-major des armées, Thierry Burkhard, à l’époque à la tête de l’armée de terre, expliquait devant la Commission de défense de l’Assemblée nationale : « Nous arrivons peut-être à la fin d’un cycle de conflictualité qui a duré vingt ans où l’effort de nos armées s’est concentré sur le terrorisme militarisé. […] Il nous faut réapprendre la grammaire de la guerre à haute intensité. » Traduction, l’armée française est taillée pour semer la mort dans les pays pauvres, pas pour faire la guerre à de grandes armées.
Que ce soit vrai ou non, ces discours sont autant d’appels au retour d’une politique militariste. Depuis 2017, le budget militaire s’est accru. Et un rapport parlementaire de l’an dernier préconisait des investissements de l’ordre de 40 à 60 milliards d’euros pour les douze années à venir.
Apparemment, le délai est bien trop long et c’est plus rapidement que le réarmement des États européens va se faire. En France certainement, mais aussi en Allemagne, qui vient de décider d’injecter immédiatement 100 milliards pour ses équipements militaires. 100 milliards tout de suite, pas la moitié en douze ans ! Il faut dire que l’Allemagne, en partie démilitarisée au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, a du retard à rattraper.
Le remodelage des échanges internationaux qui se profile et les tensions militaires vont donc réorienter les économies des pays impérialistes vers des budgets militaires hypertrophiés. On n’entre peut-être pas dans la guerre, mais vraisemblablement dans les économies de guerre.


