En défense de l’Ukraine
Contribution de la Fraction l’Étincelle au CPN (Conseil politique national) du NPA des 17 et 18 septembre 2022
29 septembre 2022 Convergences Monde
Bientôt sept mois d’une guerre de Poutine contre l’Ukraine qui marque l’actualité internationale même si elle n’occulte pas les nombreux chocs sociaux et politiques qui secouent la planète, dont la flambée de colère populaire au Sri-Lanka, une grève pour les salaires de 150 000 ouvriers agricoles au Bangladesh, l’interminable guerre d’Israël contre les Palestiniens, et sur un plan plus strictement politique, l’épisode du rejet par référendum du projet de nouvelle Constitution chilienne, qui montre une fois de plus comment la bourgeoisie peut noyer dans ses urnes la force de millions en lutte. La mobilisation de l’armée russe sur le front ukrainien a probablement encouragé l’Azerbaïdjan (et derrière, la Turquie ?) à reprendre les hostilités contre l’Arménie (à moins que l’Arménie n’ait elle-même relancé ce vieux conflit autour du Haut-Karabagh, ravivé en 2020 et non éteint).
L’agression impérialiste de Poutine contre une Ukraine qu’il estime dans sa zone de domination, pèse lourd par ses répercussions sociales et politiques sur le reste de la planète. Du fait de la puissance russe, un des marchands mondiaux d’énergie, de nucléaire, d’agro-alimentaire, d’armements, de métaux rares, etc., les ruptures d’approvisionnement liées à la guerre et aggravées par des sanctions économiques pilotées (à géométrie variable) par l’impérialisme américain, engendrent des menaces accrues de faim dans le monde, d’inflation voire de récession dont les classes populaires font les frais au premier titre. Et les dirigeants des grandes puissances de la planète, de Biden à Scholz en passant par Macron, rejettent sans complexes sur cette guerre la responsabilité des désordres économiques mondiaux et imposent en son nom des sacrifices accrus aux populations. Là où il en va pourtant des tares de leur système d’exploitation capitaliste.
Les classes populaires d’Ukraine paient au prix fort les ravages humains et matériels de cette guerre. Mais le coût militaire du conflit, comme les sanctions économiques et contre-sanctions de Poutine (qui lui-même ferme ses robinets de gaz vers l’Europe), est payé aussi par les classes populaires de Russie (inflation, salaires impayés, licenciements et chômage accru) comme de toute l’Europe voire au-delà. Comment se chauffer et manger cet hiver ? En France, c’est l’annonce de 10 % d’inflation bientôt sur l’énergie. En Allemagne, c’est une campagne « Frieren für den Frieden » (« avoir froid pour la paix ») lancée par la coalition gouvernementale SPD-Verts-Libéraux, qui impose aux classes populaires une « surtaxe » pour compenser les pertes des entreprises privées de gaz russe. En Russie pourtant, les géants publics et privés du gaz et du pétrole n’ont jamais fait autant de bénéfices sur leurs exportations ! En Europe, il y a aussi des « entreprises gagnantes de l’énergie chère » que les « Vingt-Sept » parlent de taxer ! Il y a des « gagnants » aussi du côté des marchands d’armes, du fait de l’augmentation partout des budgets militaires, aux USA mais aussi en France, au détriment des budgets sociaux et services publics. Et là encore, l’Ukraine a bon dos, à laquelle une infime partie de ces armes sont dédiées. La guerre qui s’y mène servirait plutôt de salon de l’armement. Au point que le ministre de la Défense ukrainien s’interroge et conseille : « Je me demande pourquoi les marchands d’armes allemands ne se décident pas à nous livrer des chars Léopard, par exemple. Cela leur rapporterait ! Si vous êtes le premier, les autres partenaires achèteront les mêmes chars pour nous. C’est dans l’intérêt du contribuable et de l’industrie. » (interviewé par Le Monde du 13 septembre)
Alors à quand et comment la riposte des « perdants », à commencer par les travailleurs du continent européen, tous soumis aux mêmes problèmes de fin de mois, sur fond de fin du monde liés aux désastres écologiques ? À quand une mobilisation pour la défense d’intérêts communs de classe, à commencer par l’expression de la solidarité internationaliste avec le peuple ukrainien ? Qui, si ce n’est les révolutionnaires du continent – malgré leurs grandes faiblesses –, pourraient rassembler autour de telles perspectives ? Certainement pas une gauche allemande qui, au pouvoir, pressure au contraire les classes populaires. Pas non plus une gauche française, du PCF ou de la FI, muette depuis des mois sous couvert d’un « pacifisme » qui relève de l’union sacrée derrière Macron. De telle sorte qu’une extrême droite peut utiliser l’exaspération face à la vie chère pour mobiliser derrière un nationalisme « anti-Otan » : le 3 septembre dernier à Prague, 70 000 personnes se sont rassemblées pour réclamer du gaz russe et scander des slogans pro-Poutine (ami des « fachos »).
Les révolutionnaires du continent ne pourraient-ils dégager les grandes lignes d’une politique commune ?
- Contre la guerre de Poutine et pour une victoire des classes populaires ukrainiennes et russes qui sauraient se liguer, fortes de la solidarité active des travailleurs du monde, à commencer par ceux de l’Europe. À noter qu’en Russie, la toute récente protestation publique d’élus municipaux allant jusqu’à réclamer la démission de Poutine, suggère qu’existe une hostilité croissante à la guerre dans le pays.
- Contre la militarisation accélérée des grands États de la planète, l’inflation des budgets militaires au détriment de services publics mis en charpie.
- Contre l’inflation galopante, par la mobilisation générale pour l’augmentation des salaires et leur indexation sur le coût de la vie, sous le contrôle des travailleurs.
- Contre les unions sacrées derrière des drapeaux nationaux, brandis un peu partout et pour un front des prolétaires qui partout souffrent des mêmes maux et devraient se donner la même perspective de renversement du capitalisme.
Mots-clés : Guerre en Ukraine


