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DOSSIER : Premier recul du gouvernement : le CPE enterré… restent le CNE et la précarité

Rennes : La fac où le mouvement a commencé... et fini

Mis en ligne le 25 avril 2006 Convergences Politique

Dès janvier, les étudiants en sports (Staps) réchauffent l’atmosphère, en défilant à quelques centaines contre la diminution du nombre de places aux concours de l’Éducation nationale. À partir du 25 janvier un collectif de mobilisation contre le CPE se met en place, regroupant syndicats étudiants et organisations politiques (Unef, Sud, CNT, SLB (Sindikad Labourerien Breizh, une particularité locale), LCR, MJS, MJC, LO...). Le collectif convoque les premières assemblées générales à l’université de Rennes 2 (Lettres et sciences humaines).

L’affluence stagne autour de 300 étudiants pendant deux semaines. La manifestation du 7 février est un succès (près de 10 000 personnes), et les manifestants terminent sur le campus, débrayant les amphis et rassemblant une assemblée générale (AG) de près de 1 500 personnes. On vote la grève avec blocage. Plusieurs centaines d’étudiants se retrouvent le lendemain sur les piquets de blocage, et l’AG compte plus de 3 000 étudiants (pour 20 000 au total). L’affluence moyenne restera autour de ce niveau durant tout le mouvement pour les assemblées plénières, au moins une fois par semaine.

Une organisation a minima

Les réseaux militants se réactivent, notamment ceux du mouvement de 2003. Autour des organisations syndicales étudiantes, qui fournissent les premiers noyaux d’organisateurs, des militants d’extrême gauche jouent un rôle actif, parfois à l’Unef ou à Sud. Mais les rivalités entre organisations deviennent très vite un obstacle à la structuration du mouvement, sur fond de préjugés anti-politiques largement répandus, et d’ailleurs exacerbés par un groupe influent de militants anarchistes de la mouvance autonome.

L’idée d’un comité de grève, bien sûr élu et révocable, est systématiquement rejetée comme... autoritaire. Différentes commissions permettront malgré tout au mouvement de s’organiser vaille que vaille. Parmi les conséquences de l’allergie : la désorganisation du service d’ordre de Rennes 2 [1] ; ou le fait que la première coordination étudiante nationale, pourtant proposée par des militants locaux de Sud, et qui se tient à Rennes même, n’accueille des délégués rennais que... tirés au sort et non élus (drôle de contrôle de la base !). Les commissions censées préparer les occupations ou les déménagements d’agences d’intérim réunissent dix fois plus de monde que celles qui cherchent à structurer le mouvement, et les parcours ou les heures de manifs sont d’abord choisis selon les impératifs des « actions », quitte à négliger la liaison avec lycéens ou salariés.

Avec tout cela, les campus vont aussi connaître une vie politique et festive intense, deux mois durant : discussions tous azimuts ou débats plus structurés, pique-niques géants, concerts improvisés, projections de films, « art brut »... Une expérience profonde, pour des milliers d’étudiants.

L’élargissement, jusqu’à l’enseignement catholique !

La fac de sciences (Rennes 1), traditionnellement moins mobilisée, se met en grève une semaine après Rennes 2, en commençant par les IUT (institut universitaire de technologie). Un premier blocage est voté le 13 février, qui sera suspendu, revoté, suspendu, un certain nombre de fois. La fac de sciences moins radicale et constante que celle des lettres, se servira de sa voisine comme d’une base arrière pour relancer régulièrement le mouvement sur son campus.

Alors qu’au cours de février la mobilisation s’étend... lentement, le blocage à Rennes 2 est revoté chaque semaine, avec l’espoir que la fin des vacances d’hiver et la journée nationale du 7 mars permettront une véritable extension nationale.

Les lycéens s’y mettent aussi dès le 7 février, en participant de plus en plus nombreux aux manifestations. Ils ne se doteront pas d’une vraie direction, mais la mobilisation contre la loi Fillon du printemps 2005 a laissé chez eux aussi des réseaux qui se réactivent autour du Cal (Comité d’action lycéen), qui joue au moins un rôle de coordination. Sa première réunion, au lendemain de la manif du 7 février, rassemble d’emblée une trentaine de lycéens représentant une dizaine d’établissements, bien plus qu’aux débuts du mouvement de 2005. Des étudiants d’extrême gauche y jouent un rôle essentiel, assurant une liaison avec les comités de l’université.

Entre la mi-février et le 10 avril, de nombreux lycées sont bloqués une journée, avant de reprendre les cours... et de recommencer la semaine suivante. Il suffit de deux ou trois étudiants pour faire débrayer massivement un lycée et l’emmener en manifestation. Au plus fort de la mobilisation, certains lycées privés catholiques (nombreux dans l’Ouest) s’y mettent, pas moins radicaux que leurs collègues de l’école sans-Dieu.

Une mobilisation trop forte pour s’arrêter net

À partir du 20 mars, alors que la mobilisation est désormais massive dans la jeunesse, certains étudiants cherchent à s’adresser aux travailleurs. Des diffusions de tracts sont organisées devant les principales entreprises de la région : Thomson, PSA-Citroën et son sous-traitant Gomma, EDF, La Poste, la SNCF, le CHU... Des personnels Iatos de l’université y participent. L’accueil est généralement positif, et même si les travailleurs ne se mettent pas plus qu’ailleurs massivement en grève, ces démarches contribuent sans doute à l’affluence impressionnante aux manifs des 28 mars et 4 avril (50 000 personnes selon la CGT).

Début avril, alors que les possibilités d’une nouvelle extension semblent se retreindre, les actions se voulant exemplaires et spectaculaires se multiplient telles les occupations (gares, rocades, chambre de commerce, centre de tri postal le 8 avril - ce qui déclenche une petite grève de solidarité des postiers - sans parler de la mairie, visitée dès le 23 mars). Un « village autogéré » de tentes et de palettes se construit sur la place du Parlement de Bretagne.

Le lundi 10 avril, l’annonce du recul de Villepin et la fin du mouvement officiel rendent la situation confuse. La mobilisation s’effondre dans les lycées et la fac de sciences. Sans que le sentiment ne soit à la victoire, Rennes 2 vote elle aussi la reprise des cours. Deux jours plus tard, une nouvelle AG de 7 000 personnes décide pourtant de rebloquer, à une majorité contestée. La présidence de l’université suspend les cours, qui ne reprennent définitivement que six jours plus tard.

Les derniers jours voient le noyau dur chercher encore des perspectives à un mouvement qui, nationalement, est visiblement à bout de souffle. Une minorité certes, mais pas négligeable, signe de l’énergie considérable, de l’enthousiasme et de la radicalité de ces milliers d’étudiants qui ont réussi à porter, construire et finalement étendre leur mobilisation pendant neuf semaines et demie.


[1À Rennes 2, on veut d’abord changer le nom du SO : on pense à « Service d’action », mais les initiales gênant, on propose « Service de sécurité »... Et pour finir, faute de nom, on laisse tomber la chose. Après quelques heurts en manifs, le 23 mars notamment, c’est l’université de Rennes 1, pourtant moins mobilisée, et le Comité d’action lycéen, qui prendront en main l’organisation du service d’ordre.

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Réactions à cet article

  • merci pour la « particularité locale », camarade ! J’aimerais bien savoir ce que vous pensez de l’opinion de la majorité sur les mouvements du type SLB, Emgann ou autres (USTKE, STC...) ? (C’est-à-dire une très très franche hostilité !) Est-ce que vous avez une position différente ?

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    • Kameraded gér,

      Ne vé ket laket én her soñj devoud ur stad dishañval ag el lod muiañ ahanoh L.O. a-zivoud en emsaùed rann-vro. Ne gonzam ket ag un énebieh disklériet ! A dra sur éh eus kudenneù en Nasion hag é vé red dom obér er péh e zo rekis ! Mes ne gredam ket hag éh eus, hiniù en dé, ur gudenn a mod-sé én ur gomz doh treù Breih : ur spered ijinus e zo red d’unan benak aveid lared éh eus ur waskereh ar ur bobl vreton ged ur bobl a vro Frañs ! Ma vé tud aveid dihuen seùénadur ur rann-vro (istoér, yéh, ard ha treù sord-sé), éma gwir groñs geté (ne vern soñj en hani e skriù el linenneù-man hag en deus hoant de lared éh eus ur vank a zigoradur ar er bed...). De laret é n’en dé ket pennkaoz d’en dra-sé trawalh aveid moned de seùel kevrédigéhieù bolitik pé sendikadeù arall de zihuen er pèh kredet geté hag a eneb d’er ré ne soñj ket elté.*

      * Cher camarade,

      Nous ne pensons pas avoir sur la question des mouvements régionalistes une position différente de la majorité de LO (qu’il est d’ailleurs exagéré de qualifier de « franche hostilité »). Bien sûr il existe des « questions nationales », et il y a des situations où l’on ne peut pas en faire l’économie. Mais nous ne croyons pas du tout que cette question nationale se pose dans le cas breton : il faut beaucoup d’imagination pour voir aujourd’hui une oppression d’un « peuple breton » par un « peuple français » ! Que des gens veuillent défendre, sur le plan culturel, une langue ou une tradition régionale, nous leur en reconnaissons évidemment le droit le plus absolu (même si, à titre personnel, l’auteur de ces lignes trouve que cela manque parfois un peu d’ouverture sur le grand large...). Mais ça ne nous semble pas une raison pour inciter les travailleurs à s’organiser à part, politiquement ou syndicalement, autour de cette question, c’est-à-dire en général contre ceux qui ne partagent pas ces centres d’intérêt.

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