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DOSSIER : Premier recul du gouvernement : le CPE enterré… restent le CNE et la précarité

Jussieu (Paris) : Six semaines de militantisme avant de devenir un centre de la contestation

Mis en ligne le 25 avril 2006 Convergences Politique

Dès le 23 janvier les premiers tracts étaient diffusés à Jussieu sur le CPE. Ce jour-là, la dizaine d’étudiants mobilisés étaient uniquement des militants de l’Unef. Un par un, de nouveaux étudiants se sont ajoutés à ce groupe et deux semaines plus tard se tenait un comité de mobilisation d’une trentaine de personnes syndiquées comme non syndiquées. À cette étape du mouvement, la grande majorité des étudiants n’étaient pas très réceptifs au problème posé, et une grande partie de ceux qui s’y intéressaient ressortaient le slogan : « Le CPE, c’est mieux que rien ! » ou encore ne croyaient pas, vu toutes les défaites subies par les mouvements sociaux de ces dernières années, qu’ils pouvaient imposer leurs choix au gouvernement.

Aux premières assemblées générales ne venaient que 100 à 200 personnes, mais les discussions qui s’y tenaient ont permis de convaincre, d’élargir le comité de mobilisation, et par ce biais d’augmenter le nombre d’affiches collées, de tracts distribués et d’interventions en amphis et en TD (travaux dirigés). Les manifestations étudiantes de cette période-là n’étaient pas massives non plus, au point que Jussieu ramenait une grosse partie des troupes des facs parisiennes. Fort de l’élargissement du noyau dur de militants et d’une situation extérieure encourageante (universités bloquées à Rennes, Toulouse, puis Nanterre...), une première assemblée générale un peu conséquente (350-400 personnes) décida de faire un barrage filtrant, c’est-à-dire de ne laisser qu’une seule entrée, rendue étroite par des empilements de tables et de chaises, pour pouvoir expliquer le pourquoi de notre mobilisation à chaque étudiant. L’assemblée générale du même jour réunissait 600 étudiants qui, dans une ambiance de tonnerre, votèrent à la quasi-unanimité le blocage de l’université pour le lundi suivant 27 février.

L’effet blocage

Beaucoup doutaient de la tenue du blocage et de son effet mobilisateur. Mais le premier jour permit de rassembler plus de 1 500 personnes en AG. Le plus grand amphithéâtre de Jussieu étant pris d’assaut par les étudiants, d’autres AG improvisées se tinrent sur la place devant la fac. Malgré une poignée d’étudiants frustrés de ne pas pouvoir aller en cours et essayant de forcer les piquets de grève, la plupart des étudiants votèrent pour la reconduction du blocage aux jours suivants, ou plus simplement ne répondirent pas aux appels désespérés des « anti-bloqueurs » à détruire les barrages. Le débat s’était invité à Jussieu ; le blocage a incontestablement donné un coup de fouet à la mobilisation et a permis à une grande partie des étudiants de s’y investir sans être pénalisés pour avoir raté TD ou TP (travaux pratiques), obligatoires dans certaines filières depuis l’application de la réforme LMD (dernière réforme des études supérieures), sous peine de sanctions, notamment celle de ne pas valider son semestre.

Mais les AG qui suivirent devaient se tenir, faute de place dans deux amphithéâtres et les discussions s’enlisaient toujours dans la question du blocage, même si, à côté des engueulades entre « bloqueurs » et « anti-bloqueurs », des discussions de fond avaient aussi lieu sur le CPE/CNE, la loi pour « l’égalité des chances » et la précarité en général.

Ce n’est que la semaine suivante que commencèrent les discussions sérieuses sur les façons d’élargir la mobilisation. La première étape, élaborée en AG, fut d’aller à la sortie des lycées du quartier, parfois par groupe de dix, parfois en cortège, d’une manière un peu chaotique due à la difficulté à comprendre qu’il fallait quitter par moment l’université pour généraliser la grève.

Et celui des manifs

C’est le 7 mars qui a impulsé définitivement cette étape. Les 3 000 étudiants de Jussieu, descendus dans la rue ce jour là, en sont sortis plus conscients de leur force. Cette manif a été suivie pendant deux semaines par un festival de manifestations sauvages qui ont envahi les abords des facs et des lycées. Impossible de passer dans le quartier latin à toute heure du jour, voire de la nuit, sans tomber sur des centaines de lycéens et d’étudiants allant d’un lieu à un autre souvent au hasard, mais toujours avec détermination !

Certains lycées de Paris comme de banlieue se donnaient rendez-vous devant Jussieu pour partir avec les étudiants en manifestation. Cela a donné l’illusion plus d’une fois que les étudiants de la fac s’étaient déplacés en masse alors que notre cortège était surtout lycéen, avec même parfois des salariés. Car la mobilisation ascendante dans le pays fut sur Jussieu ponctuée de périodes de reflux, cachées derrière le fait que le blocage, symbole de la détermination sur la fac, perdurait.

Il semblait clair à l’ensemble des étudiants qu’après avoir gagné les lycéens, ils devaient tenter de gagner les salariés et donc aller trouver ceux-ci. Nous sommes donc allés discuter avec les cheminots parisiens, le personnel de certains hôpitaux, les ouvriers de la Snecma... Les témoignages de solidarité ne manquaient pas ! Pourtant, certaines tensions apparaissaient, en particulier au sein des comités de grève, parmi les plus mobilisés, à la fois attendant de nouvelles journées nationales de manifestations appelées par les syndicats de salariés tout en découvrant que ces salariés n’étaient pas prêts, pour l’instant, à dépasser ce cadre des journées d’action. Cela a aussi suscité des débats sur la politique des directions syndicales tout en démontrant que la force de la mobilisation étudiante et lycéenne, accompagnée du soutien des salariés, peut contraindre ces directions à accélérer les rythmes de mobilisation (7 février, 7 mars, 18 mars, 28 mars, 4 avril). Ironie : certains étudiants qui, dans les premiers temps, exprimaient leurs craintes au sujet de la CGT qu’ils jugeaient trop « gauchiste », se trouvent bien souvent être ceux qui, aujourd’hui, dénoncent sa politique qu’ils jugent trop timorée !

Contrairement à certaines universités où les plus militants refusent le mot « victoire » à propos du retrait du CPE (parce que Villepin n’a pas encore reculé sur l’ensemble des revendications étudiantes), à Jussieu il apparaît que ce recul du gouvernement est bien un encouragement pour les luttes à venir, et qu’il a permis d’inverser le rapport de force en redonnant confiance à, espérons-le, l’ensemble des travailleurs et, en tout cas sûrement, aux quelques 300 étudiants les plus mobilisés de la fac qui espèrent bien que les liens qu’ils ont noués entre eux serviront à de prochains mouvements.

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Numéro 45, mai-juin 2006

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