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DOSSIER : Premier recul du gouvernement : le CPE enterré… restent le CNE et la précarité

Nanterre (Hauts-de-Seine) : les blocages et... le bloqueur

Mis en ligne le 25 avril 2006 Convergences Politique

Nanterre a été la première faculté parisienne à entrer dans la lutte contre le CPE. Dès la rentrée des vacances, lundi 13 février, les syndicats étudiants et organisations politiques de la fac se sont regroupés dans un collectif « Stop CPE 92 » et ont commencé le travail de discussion. Mais ce collectif n’a duré qu’une semaine car, la mobilisation démarrée, l’organisation du mouvement a été prise en charge par les AG et comités de mobilisation. Tracts et tournées d’amphi ont vite convaincu ! Et bien que le CPE ait été prépondérant dans les discussions, c’est immédiatement l’ensemble de la loi sur l’égalité des chances et le CNE qui ont été désignés comme cibles.

L’AG du 16 février comptait déjà 300 personnes et nous étions 500 la semaine suivante. Le travail d’explication massif, dans cette fac de 28 000 étudiants, s’est organisé avec des barrages filtrants. Tables et chaises se sont empilées devant les portes pour ralentir le passage de ceux qui allaient en cours. Cela permettait de les aborder plus facilement, marquait la présence du mouvement et a eu un effet mobilisateur. La manifestation du 23 février à Paris, appelée par la coordination nationale de Rennes, a été un encouragement à continuer, car nous avons pu voir que d’autres universités parisiennes rejoignaient la lutte.

Le 7 mars, 300 lycéens de la banlieue Ouest nous ont rejoint pour partir en manifestation. Nous étions entre 800 et 1 000 à nous entasser dans le train jusqu’à Saint-Lazare, où nous avons retrouvé des cheminots. Au point que trop nombreux pour rejoindre République en métro, il a fallu improviser une manifestation de Saint-Lazare à Bastille.

Quand le lock-out répond au blocage

Les anti-blocages n’ont pourtant pas tardé à s’organiser. Le 7, un petit groupe tentait de forcer violemment le passage. À l’Internationale, ils répondaient par la Marseillaise et brandissaient Le Figaro. À l’AG du 9 mars, nous étions 1 400 réunis dans un amphi de droit saturé. Les « Stop la grève » étaient en nombre, avec leur nouvel autocollant. Les applaudissements étaient pour eux et ils voulaient passer au vote immédiatement. Mais ils étaient partagés entre pro et anti-CPE. Et malgré la pression, nous avons imposé une discussion sur le CPE. Pendant trois heures, tous ceux qui voulaient ont pu s’exprimer. Et petit à petit, les applaudissements se sont inversés, les anti-blocages étaient moins soutenus et la grève acclamée. Finalement ce sont 800 mains contre 500 qui se sont levées pour la reconduction.

C’est alors que le président de la fac, pour casser le mouvement, a annoncé un référendum : « Êtes-vous pour la reprise des enseignements ? ». Question biaisée : personne n’était contre la reprise des cours... après le retrait de la loi sur l’égalité des chances ! Un rendez-vous fut donné à toutes les universités parisiennes par la coordination francilienne pour soutenir le blocage... du référendum, le président a préféré reculer. D’autant que le personnel de la faculté n’avait aucune envie de tenir un bureau de vote contre le mouvement et qu’il a rejoint la lutte des étudiants.

La fermeture administrative de la fac était alors décrétée. Ce lock-out fut suivi d’une nuit d’occupation entre les 13 et 14 mars. Du coup, nouveau petit recul du président qui a dû laisser un amphi ouvert pour permettre les AG. Malgré tout, le coup a été dur. N’ayant plus besoin de tenir les blocages ou n’ayant plus à venir vérifier que leurs cours n’avaient pas lieu, beaucoup d’étudiants ne sont plus revenus. En une semaine, les effectifs en AG ont chuté pour se stabiliser à 150-200. Et la réouverture des locaux et la banalisation des cours sont devenues des revendications du mouvement. Elles ont valu un gazage par la milice-sécurité de l’université lors de l’invasion d’un conseil d’administration extraordinaire, le 20 mars. Et le 27 mars, la fac était réouverte et banalisée, mais sans que cela fasse revenir les moins mobilisés.

Vers les lycéens et les salariés

Libéré des blocages et toujours motivé, le noyau dur gardait malgré tout l’ambition de faire de l’université le quartier général de la mobilisation du 92 nord.

Dès le 13 mars, des petits groupes ont commencé à distribuer des tracts aux lycéens des alentours. Le 16 mars, 500 lycéens débrayaient - parfois spontanément à l’arrivée des étudiants ou déjà dans la danse comme le lycée pro Jules Verne à Sartrouville dont nous avons trouvé l’entrée bloquée - et débarquaient à Nanterre. La fac est alors devenue le lieu de rassemblement pour les AG inter-lycées et les départs en manifestation pour toute la région Ouest (Nanterre, Sartrouville, Carrière, Achères, Argenteuil, Rueil...)

Le travail d’extension s’est alors tourné vers les salariés. Lundi 27 mars, une première diffusion de tracts a eu lieu à Peugeot Poissy, avec l’aide des syndicalistes locaux. Un appel à la manifestation du 28 mars, « contre le CPE, CNE et la loi sur l’égalité des chances  », signé par les UD syndicales du 92 et la coordination étudiante de Nanterre, a également été distribué massivement à la Défense. Quelques bureaux de Poste ont aussi été visités. Les 3 millions de manifestants du 28 mars donnaient de la résonance à ce travail de fond. La semaine suivante, nous sommes retournés aux mêmes endroits et à Renault Rueil. Voir autant de manifestants le 4 avril que le 28 mars a été un nouvel encouragement. Et la déclaration de Chirac du vendredi soir n’a eu aucun impact.

À l’assaut du centre de tri

Le 4 avril au soir, les postiers du centre de tri proche de la fac ont reconduit la grève à 50 % en nuit et invité les étudiants à bloquer le centre. Le 5 nous sommes arrivés à 150 étudiants, rejoints par une trentaine de postiers des bureaux du 92, pour nous retrouver nez à nez avec le comité d’accueil de la direction devant les grilles cadenassées. Mais les grévistes étaient à l’intérieur et après quelques prises de parole pour l’unité entre salariés et étudiants, les grilles ont été escaladées et tout le monde s’est retrouvé dans les locaux pour une AG improvisée, les postiers dénonçant la politique de précarité de La Poste, les étudiants parlant de grève générale. Le drapeau rouge « Nanterre en lutte » a été hissé à la place de celui de La Poste... mais les postiers ne se sont pas sentis assez soutenus par d’autres salariés pour poursuivre la grève.

L’annonce du retrait du CPE, bien enregistrée comme une première victoire, ne suffisait pas au noyau dur et des étudiants de Nanterre étaient toujours présents à la manifestation du 11. Mais après deux mois de lutte, la fatigue et les départs en vacances ont mis fin à la mobilisation... du moins pour l’instant.

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Numéro 45, mai-juin 2006

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