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DOSSIER : Premier recul du gouvernement : le CPE enterré… restent le CNE et la précarité

Fallait-il bloquer ou non ?

Mis en ligne le 25 avril 2006 Convergences Politique

Les blocages ont commencé très tôt sur les facultés. La première à être entrée en lutte - Rennes II - avait donné le ton. Sur certains sites, ils ont même sans doute débuté un peu tôt, dans des conditions précaires, avec une minorité d’étudiants qui en faisaient une fin en soi sans trop s’occuper de l’opinion de la majorité qu’ils bloquaient. On pouvait donc s’en inquiéter lorsque le mouvement commençait tout juste.

De même qu’on pouvait craindre que ce soient d’abord les bloqueurs eux-mêmes qui se trouvent bloqués en consacrant toute leur énergie à tenir les entrées alors que l’intérêt du mouvement était, dès le début, non seulement bien sûr de le renforcer sur les facs mais aussi de se montrer par des manifestations à l’extérieur afin de le faire connaître.

Dans les facs

En fait ces craintes ont été vite surmontées, du fait même du succès des grosses journées de mobilisation organisées de concert avec les syndicats et qui ont montré dans quelle voie il fallait aller pour faire grandir le mouvement. Du fait aussi que les blocages, même par une petite minorité, ne rencontrèrent pas l’hostilité de la majorité mais au pire sa neutralité, et le plus souvent son assentiment. Nulle part les votes en AG, ou même dans les urnes sous la surveillance de l’administration, ne donnèrent la majorité aux anti-blocages. Et nulle part les tentatives de débloquer par la force ne purent réunir assez d’étudiants pour s’imposer. Force est de le constater, au moins a posteriori, ce sont les minorités qui ont entrepris de bloquer qui avaient raison et les blocages étaient parfaitement justifiés tant que le mouvement montait, c’est-à-dire pratiquement jusqu’à ces derniers jours.

Globalement, ils ont même permis à de nombreux étudiants d’entrer dans la lutte, par exemple à de nombreux boursiers et étudiants consciencieux ayant peur de rater des cours de s’impliquer dans le mouvement. Certes leurs premières hésitations à faire grève montraient sans doute soit une faible confiance dans l’issue de la lutte soit un moindre degré de combativité. Mais la tâche de ceux qui sont déjà en grève n’est-elle pas alors justement d’aider ceux qui hésitent à s’y joindre ? Ce fut le rôle positif des blocages dont on doit finalement se féliciter plutôt que de déplorer qu’ils auraient été « une adaptation au bas niveau de conscience du gros des étudiants [1] ».

Bien sûr bon nombre des étudiants qui étaient ravis qu’on leur donne une raison de force majeure n’ont pas participé vraiment activement au mouvement. Si partout, sans exception, les AG ont grossi considérablement suite aux premiers blocages, elles se sont parfois dégonflées bien vite. Et beaucoup de bloqués n’ont plus été vus par la suite ni sur la fac ni dans les manifs. Mais pas tous, certains sont restés dans le coup, même s’il avait fallu les y mettre. Il est donc à cet égard parfaitement faux de prétendre que les blocages auraient « accentué le faible niveau de participation »  [2] comme l’a écrit la majorité de LO.

Sur les voies

Entre les grosses manifestations, le mouvement se devait de montrer qu’il se maintenait, surtout dans les dernières semaines quand le rapport des forces avec le gouvernement s’évaluait au quotidien. Les jeunes ont alors multiplié les manifestations locales, les visites aux portes des entreprises, les diffusions de tracts dans les lieux publics... et les blocages de routes et de voies ferrées. Sans opposer un mode d’action à un autre. Et il n’y avait effectivement pas de raison de les opposer à ce moment-là.

Bien sûr les blocages de routes et des voies de chemins de fer peuvent être « pénalisants pour les usagers  » (exactement comme un blocage de route par des routiers ou des trains par une grève des cheminots). Mais c’est à ces usagers de dire ce qu’ils en pensent. Et ils l’ont dit. La grande majorité, sans doute parce que le mouvement montait toujours, a continué a exprimé sa sympathie aux étudiants (cf. la difficulté des médias à trouver automobilistes ou voyageurs de banlieue en colère contre les jeunes). Ce qu’ont pu constater tous les participants comme les spectateurs de ces actions. À ce moment là, elles ne sont donc pas apparues comme un « aveu de faiblesse » [3] mais la continuation du mouvement.

Ces blocages ont été une modalité de la lutte et ils ne s’opposaient pas au fait de s’adresser aux travailleurs. D’ailleurs, lors du blocage des gares du Nord, de l’Est et Saint-Lazare à Paris, le milieu cheminot qui y a participé était très content de pouvoir se joindre aux jeunes. Une autre manière de s’adresser aux travailleurs... qui à elle seule n’aurait pas suffi, mais qui n’était pas contradictoire avec les autres mais complémentaire.

Clara SOLDINI


[1Lutte de Classe, N°96, « CPE : l’épreuve de force continue. Il faut la gagner ! » p 4

[2Idem.

[3Supplément au N° 1965 de Lutte Ouvrière du 31 mars 2006, dans l’article Les actions « radicales » servent-elles le mouvement ? p. 3.

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Numéro 45, mai-juin 2006

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