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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 11, septembre-octobre 2000

Pollution et prix de l’essence : le faux débat

Mis en ligne le 1er octobre 2000 Convergences Politique

A peine le gouvernement avait-il réussi à faire lever le blocus des patrons-routiers (soutenu en cela par Blondel, Thibault et le baron Seillière qui ont trouvé le moyen de s’exprimer pratiquement côte à côte devant les caméras pour condamner le mouvement), qu’un nouveau sujet faisait la « Une » de l’actualité : la lutte contre « l’effet de serre ».

Au même moment se tenait en effet à Lyon un nouveau sommet sur l’environnement, après celui de Rio et de Kyoto et avant celui prévu à La Haye en novembre.

De ce télescopage de l’actualité émergeait surtout un discours volontiers moralisateur : baisser les taxes sur les carburants ne serait pas forcément une initiative très heureuse car lorsque les prix sont plus attractifs, la population est encouragée à consommer et donc à polluer davantage. Patience donc, braves gens, payez ou restez chez vous, mais l’avenir de la planète en dépend !

Aux travailleurs d’accepter les sacrifices ?

On connaît bien ce genre de discours destiné surtout à faire passer des mesures d’austérité. Les campagnes anti-tabagiques par exemple sont du même tonneau, les taxes étant assimilées à des mesures de santé publique, avec toujours la même hypocrisie (l’Etat aurait bien du mal à s’en passer !), et surtout la même inefficacité. Car le consommateur accroché à sa cigarette ne consomme pas moins lorsque les taxes augmentent, simplement il fait davantage de sacrifices en rognant sur le reste. Avec la voiture c’est encore pire car de toute façon les travailleurs n’ont pas le choix : il faut bien se rendre à son travail et les transports collectifs ont été délibérément sacrifiés depuis des décennies.

En maintenant à un niveau élevé la TVA et la TIPP (la taxe intérieure sur les produits pétroliers), ce sont toujours les classes populaires qui sont le plus lésées, et c’est la fiscalité indirecte -socialement injuste- qui augmente, alors que le gouvernement vient justement d’annoncer une baisse des impôts directs sur les entreprises et sur les particulier, notamment pour les tranches supérieures.

Si le gouvernement était sincère dans sa volonté de lutter contre « l’effet de serre » -et c’est vrai aussi naturellement des Verts- il prendrait immédiatement d’autres mesures fiscales, comme par exemple taxer lourdement les dizaines de milliards de francs de bénéfices réalisés par Elf-Total-Fina afin d’alimenter un fond de réserve destiné à financer des projets alternatifs comme le « transport combiné » sur les longues distances (les camions sur les wagons), ou le développement de gares multimodales associant trains de banlieue et tramway au niveau des agglomérations. Ce serait bien sûr loin d’être suffisant mais ce serait déjà un premier pas dans la bonne direction.

Prendre la mesure du problème et le combattre réellement

A l’évidence les prévisions des experts sont de plus en plus alarmistes et revues à la hausse : d’ici un siècle, la température moyenne de la terre pourrait augmenter de 3 à 5° C et le niveau de la mer entre 50 et 90 cm, avec des conséquences catastrophiques pour certains territoires. Les effets sur les mécanismes climatiques seraient par contre plus incertains.

La pollution humaine n’est pas la seule en cause mais c’est à ce niveau qu’il est possible d’agir. Au vu des premiers résultats enregistrés depuis le sommet de Rio en 1992, il est clair qu’il n’y a rien à attendre des engagements annoncés par les gouvernements, avant tout soucieux de négocier leurs « droits à polluer » et donc leur droit à continuer comme avant, quitte à verser quelques indemnités toutes symboliques aux pays pauvres sous-industrialisés.

Or si la pollution est en train de devenir un problème majeur, les facteurs sont multiples et c’est en réalité toute l’organisation sociale qui est en cause.

Ainsi la croissance démesurée des grandes agglomérations a entraîné une augmentation et un allongement considérable des « migrations pendulaires ». Le remplacement de moyens de transport individuels polluants par des moyens collectifs moins polluants serait bien sûr un premier pas qui n’a guère été franchi jusqu’ici, on vient de le rappeler, mais il serait loin de résoudre tous les problèmes de congestion que connaissent les grandes agglomérations. Or les projets d’aménagement du territoire sont restés lettre morte -dans les rares pays riches où ces projets existent- et la tendance s’est même inversée puisqu’aujourd’hui dans le cadre de la « mondialisation », le discours des technocrates a plutôt tendance à favoriser le développement des grandes métropoles.

Développer l’urbanisme à l’échelle humaine et rapprocher lieux de vie et lieux de travail par exemple supposeraient non seulement le retour au plein emploi (la rareté du travail amenant de plus en plus de salariés à faire de longs trajets) mais aussi une intervention de la collectivité qui aille bien au-delà de simples mesures fiscales destinées à orienter le marché de l’immobilier… tout en lui laissant le dernier mot. Il faudrait réellement pouvoir décider des implantations industrielles et commerciales, en fonction des besoins, et passer outre les intérêts privés animés uniquement par la soif de profit.

Développement et respect de la planète ne s’opposent pas nécessairement

De fait, quel que soit l’angle sous lequel on aborde ces questions, le capitalisme apparaît à chaque fois comme un obstacle majeur au développement harmonieux de la planète. Mais tout est fait en même temps pour brouiller les pistes.

Dans les débats où les courants écologistes -généralement proches de la social-démocratie- cherchent à se faire entendre, on montre aussi volontiers du doigt les pays du Tiers-Monde, rejoignant en cela les discours des gouvernements impérialistes qui s’érigent volontiers en censeurs quand cela les arrange. Faudrait-il craindre par exemple l’industrialisation de ces pays avec des matériels forcément plus obsolètes et donc plus polluants ? Faudrait-il déplorer la déforestation pratiquée par les paysans pauvres en quête de terre ? Posés en ces termes, et dans le cadre social actuel, ce genre de problème revient inévitablement à dire que tant qu’à polluer, autant réserver ce « droit » à quelques uns seulement (les plus riches)… dans l’intérêt de tous naturellement !

Pour assurer la survie de l’humanité, seules des mesures clairement anti-capitalistes pourront apporter des solutions plus complètes. Car il faudra en finir avec la dictature du capital pour imposer une réorganisation totale de l’agriculture dans l’intérêt de toute la population, une organisation et une planification mondiale du développement industriel en fonction des besoins humains prioritaires.

Autant dire qu’avec l’éventuel réchauffement de la planète, c’est la question du socialisme qui est à l’évidence d’une brûlante actualité !

15 septembre 2000, Raoul GLABER

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