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DOSSIER : La « refondation sociale » : une offensive patronale tous azimuts

Croissance ou pas, l’urgence de la riposte...

Mis en ligne le 1er octobre 2000 Convergences Politique

Ces dernières années l’idée d’un « Plan d’urgence », lancée par Arlette Laguiller lors de la campagne des présidentielles de 1995, avait été plus ou moins reprise par l’ensemble de l’extrême gauche, et même au-delà. Elle a reçu un accueil favorable auprès d’un certain nombre de travailleurs et de militants ouvriers et syndicalistes. Elle n’est certainement pas non plus pour rien dans les petits progrès électoraux de LO ou de la LCR aux présidentielles, aux régionales et encore aux dernières européennes.

Point n’est besoin d’être grand clerc pour en comprendre la raison. Pendant vingt ans le chômage n’avait fait que grandir jusqu’à atteindre officiellement 12,6 % de la population active. Ce chômage a favorisé une incessante offensive patronale qui aggravait l’exploitation par tous les bouts et remettait en cause les uns après les autres les acquis de la période précédente. L’intérêt pour un « plan d’urgence » n’était pas autre chose que la prise de conscience par bon nombre de travailleurs et de militants des nécessités du moment : nécessité pour le mouvement ouvrier de se donner les objectifs susceptibles de changer radicalement la situation comme le rapport des forces, nécessité d’un mouvement d’ensemble pour changer ce rapport des forces, nécessité pour cet éventuel mouvement de se donner ces objectifs s’il ne voulait pas rater sa cible.

La croissance, dont nous ne discuterons pas ici les limites ou la fragilité, indéniable cependant, change-t-elle les données des futures luttes des salariés ? Faudrait-il aujourd’hui trouver d’autres objectifs correspondant mieux à la situation nouvelle créée par cette croissance ?

Toujours le problème du chômage

Certes le chômage a décru, 9,6 % officiellement au moment où nous écrivons. A ce niveau pourtant ses effets néfastes pour la classe ouvrière sont toujours là. Les autorités évoquent bien la perspective du plein emploi. Mais c’est soit pour le promettre dans cinq ou dix ans, autant dire ni à Pâques ni même à la Trinité, soit pour expliquer qu’en fonction des « spécificités » (sic) de la France ou de l’Europe, il faudrait dorénavant considérer que ce plein emploi correspond à... un taux de chômage de 7 ou 8 %. Et en attendant les plans sociaux, c’est-à-dire les licenciements massifs, continuent comme plusieurs exemples l’ont démontré spectaculairement cet été. Faut-il une autre démonstration que l’objectif de l’interdiction des licenciements, un des volets essentiels du plan d’urgence, reste pleinement d’actualité, et le restera sans doute pour un bout de temps ?

Mais la vraie démonstration que le mouvement ouvrier n’a toujours guère d’autres choix pour défendre les intérêts de l’ensemble des salariés que de préparer un mouvement d’ensemble et imposer le « plan d’urgence » ce sont les patrons qui nous l’assènent eux-mêmes, en continuant ou même plutôt accentuant leur offensive. La croissance ne leur a pas fait perdre de leur arrogance. Au contraire, après s’être servi vingt ans durant du chômage pour imposer leurs volontés, ils entendent maintenant se servir de sa diminution pour parfaire leurs plans. Le PARE que nous examinons en détail dans ce dossier en est le parfait exemple.

Et toujours plus la question des salaires

Si la classe ouvrière laisse faire, si elle ne trouve pas les moyens d’une riposte massive en vue d’un objectif de changements importants et même fondamentaux, la croissance profitera aux seuls capitalistes et sans doute au mieux à quelques millions de bourgeois et de petits bourgeois. Une bonne partie des travailleurs n’en seront pas seulement exclus. Ils seront toujours plus exploités, d’abord par la baisse des salaires réels (une question qui prend encore plus d’importance avec les menaces d’inflation), mais aussi par une intensité accrue du travail, ou une flexibilité de plus en plus grande, continuera à s’aggraver. Et ils seront toujours victimes du chômage ou de la précarité (un autre nom pour le chômage à la carte) qui continueront à osciller en fonction des aléas de la conjoncture et de ses hauts et bas qui ne cesseront pas, même dans l’hypothèse la plus favorable d’une croissance persistante. Bref, de plus en plus corvéables et taillables à merci, suivant les vœux d’un patronat qui rêve de revenir des décennies sinon des siècles en arrière.

L’actualité du plan d’urgence

Il y a bien toujours urgence à imposer un changement fondamental des relations sociales et à imposer aux capitalistes un autre partage des richesses et de la croissance : interdiction des licenciements, mise au ban de la précarité sous toutes ses formes, augmentation des salaires, des retraites et des minima sociaux, amélioration de la protection sociale et des services publics ; et pour garantir tout cela contrôle des travailleurs sur les comptes tant publics que privés, de l’Etat comme des entreprises.

Toutes ces années passées les occasions n’auraient pas manqué, si les grandes organisations ouvrières en avaient eu la volonté, de proposer à l’ensemble du monde du travail de réagir, de se mobiliser et d’entamer la contre-offensive sur ces objectifs. Depuis un ou deux ans, par exemple, les lois Aubry, accueillies avec juste raison par la méfiance générale des travailleurs, auraient pu encore être une de ces occasions. Mais qu’importe ! Les occasions de réagir manquées dans le passé n’empêchent malheureusement pas les nouvelles agressions du patronat. Au contraire elles les encouragent comme nous le voyons avec la présente offensive sur le thème de la refondation sociale. Une raison de plus de ne pas laisser passer celle-ci. Une refondation sociale est en effet sans aucun doute nécessaire. Pas celle que propose le MEDEF, Seillière et Kessler, mais celle dont le plan d’urgence imposé par une lutte d’ensemble pourrait poser les bases.

Jacques MORAND

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