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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 119, mai 2018 > DOSSIER : Mai 1968 dans le monde (I - En France et en Europe)

DOSSIER : Mai 1968 dans le monde (I - En France et en Europe)

Mai 68 dans le monde

Mis en ligne le 8 mai 2018 Convergences Politique

Le mouvement de mai 1968, qui s’est traduit en France par la plus grande grève générale qu’ait connue le pays depuis celle de juin 1936, grève déclenchée dans la foulée d’une révolte de la jeunesse étudiante, n’a pas été, loin s’en faut, qu’un phénomène français.

Ses causes mêmes, celles qui avaient conduit à un éveil politique d’une fraction de la jeunesse, sont à chercher dans l’actualité mondiale des années 1960. Dans le soulèvement des peuples coloniaux au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale et le développement du mouvement noir aux USA, lui-même en partie inspiré par les révolutions coloniales en Afrique. Dans l’indignation soulevée en Europe, aux États-Unis ou au Japon, par les horreurs de la guerre du Vietnam, la guerre américaine qui y avait pris le relais de la guerre française.

Nous reviendrons dans le dossier du prochain numéro de Convergences Révolutionnaires, celui du mois de juin, sur l’ensemble du contexte des années 1960 dans lequel ces mouvements ont éclaté et sur 1968 dans le monde, notamment aux États-Unis, au Japon ou au Mexique.

Le présent dossier se limite, lui, essentiellement aux événements de Mai 68 en France, ainsi que dans les pays voisins, Allemagne et Italie, où les mouvements, étroitement liés entre eux, ont eu une évolution et une portée assez semblables. Nous y parlons également des événements de 1968 en Tchécoslovaquie qui ont fortement marqué l’actualité politique en Europe cette année-là. La révolte contre l’intervention des chars russes en Tchécoslovaquie pour mettre fin aux tentatives (pourtant assez timides) de libéralisation du régime entreprise par Alexander Dubček et, surtout, mettre fin à la contestation populaire que cette petite ouverture avait encouragée, donnait raison en France et en Italie à ceux qui critiquaient la bureaucratie stalinienne, en premier lieu aux courants trotskystes, dans ces pays où les partis communistes staliniens avaient un quasi-monopole sur le mouvement ouvrier et faisaient la chasse à tous leurs dissidents.

En France, l’éveil politique d’une fraction de la jeunesse a été le fruit de la montée des protestations contre la sale guerre d’Algérie qui avaient fini par gagner une fraction de plus en plus large de la jeunesse et du milieu militant, malgré les partis de gauche qui portaient une lourde responsabilité dans ces guerres et malgré la pleutrerie du Parti communiste. (L’utilisation du napalm et la torture en Algérie, sous un gouvernement français socialiste, n’avait pas grand-chose à envier aux armes chimiques du dictateur Al Assad aujourd’hui.)

La situation économique en 1968 n’était pas marquée par une année de crise, comme cela avait été le cas dans les années 1930, d’où était sortie la grève de juin 1936. C’était presque le contraire. 1968 était plutôt année de plein emploi. Les années qui avaient suivi la fin de la guerre mondiale avaient été, dans les pays comme la France, l’Italie, l’Allemagne ou le Japon, une période d’expansion du développement industriel, après tant d’années de destruction. Mais c’est la classe ouvrière qui avait payé les frais de cette croissance, par l’intensification du travail, des semaines de plus de 45 heures dans les usines en France malgré la loi des 40 heures de 1936. Des guerres coloniales d’Indochine d’abord, puis d’Algérie. Les travailleurs en France avaient également payé la note par les politiques d’austérité des gouvernements successifs. La petite paysannerie, ruinée par l’industrialisation de l’agriculture, et sa jeunesse quittaient la campagne pour les usines. Sans parler de ces centaines de milliers de travailleurs immigrés que les entreprises françaises allaient chercher, notamment en Afrique du nord, pour remplir leurs chaines de production, mais dont beaucoup n’étaient logés que dans des bidonvilles, celui de Nanterre ou d’ailleurs, qui n’ont fini par disparaître qu’au cours des années 1970.

Si bien qu’on ne peut pas dire que cette année 1968, où l’on a tant parlé de révolution, entre autres parce que les révoltes des peuples colonisée en avaient suscité l’espoir, était une de ces périodes révolutionnaires où le vieux monde s’effondre et conduit tout droit à la barbarie si on ne le renverse pas, comme c’était le cas en 1936, à la veille de la Deuxième Guerre mondiale. On pourrait plutôt dire, pour les grèves de 1968, que le monde du travail, qui avait fait durement les frais de la reprise économique de l’après-guerre sans en voir les fruits, demandait enfin son dû.

Si le mouvement de Mai 68 n’est pas allé au bout des espoirs de changement du monde d’une partie de la jeunesse qui y participait, il a été au moins le point de départ d’un essor des organisations communistes révolutionnaires que nous connaissons aujourd’hui, même si elles sont encore bien trop faibles.

Nous sommes aujourd’hui dans une situation bien différente de 1968 : d’un côté un contexte social en partie plus dur avec le chômage massif (même si le niveau de vie dans un pays comme la France est plus élevé qu’en 1968), de l’autre une combativité pour l’instant moins explosive qu’en 1968. Mais nous avons à retenir de Mai 68 les leçons de la grève générale, de sa force mais aussi de la trahison des directions syndicales et des partis prétendument ouvriers qui ont fini par la juguler. Particulièrement en ce mois de mai 2018 en France, où la « convergences des luttes » (grève des cheminots, des salariés des hypermarchés Carrefour, des employés d’Air France, des éboueurs, des hospitaliers sans oublier la contestation étudiante qui gagne toutes les universités…) est à l’ordre du jour.

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