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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 119, mai 2018

Hôpitaux de Lyon : des grèves locales au mouvement national ?

Mis en ligne le 8 mai 2018 Convergences Entreprises

Lorsque les travailleurs des urgences de l’hôpital Lyon-Sud se sont mis en grève fin janvier, ils ne s’attendaient sûrement pas à tenir jusqu’en mars et à entraîner avec eux des services (principalement d’urgences) de quatre autres hôpitaux de la région lyonnaise [1].

Les acquis de la grève

À l’heure où nous écrivons, les urgences de la Croix-Rousse et de l’hôpital psychiatrique du Vinatier sont toujours en grève, ainsi que trois autres services à l’hôpital Lyon-Sud. Les urgences de Lyon-Sud, de Saint-Luc – Saint-Joseph et d’Édouard-Herriot (HEH) ont levé la grève suite à des concessions de la part de leur direction, mais souvent précaires ou en trompe-l’œil. À Lyon-Sud, l’unique poste d’aide-soignante mis en place est bien insuffisant tandis que, à HEH, seule une partie des revendications (des postes de brancardiers) a été satisfaite, la direction restant sourde sur le reste. L’accumulation des grèves a mis la pression sur les directions, comme aux urgences de Saint-Luc – Saint-Joseph où les grévistes ont obtenu la création d’un poste de médecin, le renfort d’un médecin de ville pour diminuer les temps d’attente des patients et le recrutement d’un agent de sécurité ; et cela, après quelques semaines de débrayages locaux, mais qui s’inscrivaient dans un contexte d’extension de la grève. Mais, globalement, les directions restent sourdes à la colère du personnel, en particulier aux Hospices civils de Lyon (HCL), eu égard à l’extrême urgence de la situation dénoncée par les grévistes.

Autre avancée du mouvement, des contacts réguliers se sont établis entre les grévistes des hôpitaux lyonnais, qui se sont aussi mis en relation avec d’autres secteurs (cheminots et étudiants) ; ainsi, l’AG des cheminots de la Part-Dieu vient de voter une motion de soutien aux hospitaliers en grève. En dehors des cadres syndicaux habituels s’est ainsi constitué un mouvement inter-hôpitaux, rythmé par des réunions et des actions communes. L’une de ces actions, un « die-in » organisé le 16 avril, a même bénéficié d’un écho national dans les médias : 150 personnes se sont rassemblées devant la mairie de Lyon, parmi lesquelles une trentaine de personnes, en blouse, se sont allongées à même le sol, comme mortes, pour dénoncer la situation catastrophique des hôpitaux – bien au-delà des urgences qui n’en sont que la porte d’entrée –, avant de se relever tous ensemble pour symboliser la résistance des hospitaliers face au gouvernement.

Au fil des mois, il s’est toujours trouvé un service d’urgences pour entraîner les autres – d’abord à Lyon-Sud, puis à Édouard-Herriot, aujourd’hui au Vinatier. Mais le mouvement ne s’est que peu étendu à d’autres services. Il est d’autant plus difficile, dans ce secteur où les agents en grève sont le plus souvent assignés, d’obtenir de vraies améliorations lorsque tous les responsables, directions locales ou des HCL, mairie de Lyon, ARS, etc., se repassent la patate chaude en renvoyant les grévistes aux uns ou aux autres, les incitant ainsi à frapper plus fort et à viser plus haut.

Comme une évidence, la nécessité de dépasser les grèves locales

Aujourd’hui, il est donc devenu évident pour beaucoup que l’on ne peut gagner en restant isolé, et qu’il faudra mettre le gouvernement lui-même face à ses responsabilités. C’est là, sans aucun doute, le plus grand acquis des luttes de ces derniers mois. L’enjeu est maintenant de passer d’un mouvement local plutôt en perte de vitesse à un mouvement national, à l’heure où les grèves font boule de neige dans les hôpitaux.

Il faudra pour cela combattre la propagande et les effets d’annonce du gouvernement : Macron et sa bande se sont appliqués, ces derniers mois, à faire mine de prendre en compte les souffrances des hospitaliers dont les mobilisations sont très populaires. À la télévision, le 15 avril, Macron a annoncé qu’il avancerait à fin mai la réforme du mode de financement de l’hôpital, en prétendant d’ores et déjà qu’« il n’y aura pas d’économies sur l’hôpital dans ce quinquennat ». Un mensonge puisque le gouvernement compte économiser 1,6 milliard d’euros en 2018 dans ce seul secteur – tout en offrant, de l’autre main, 3 milliards aux plus riches par la suppression de l’ISF !

Depuis quelques semaines, Macron et ses ministres se relaient dans les médias pour faire passer le message : aux hospitaliers de s’adapter à « l’hôpital de demain », en s’organisant mieux pour faire plus à moyens constants... augmenter la « productivité » à l’hôpital, selon le langage managérial fleuri de Martin Hirsch, patron de l’AP-HP. Des moyens loin d’être constants en réalité, puisque le budget ne fait que baisser, compte tenu de l’augmentation démographique. 2017 a été marquée par l’annonce de véritables plans sociaux à l’hôpital : jusqu’à 1 000 postes à Marseille, 300 à Paris et 160 aux HCL.

« À chaque hôpital de penser sa réorganisation », insiste Agnès Buzyn, ministre de la Santé, dans Libération. Comme s’il s’agissait de dysfonctionnements locaux, à régler en interne, et non d’une politique d’austérité d’ensemble dans les hôpitaux. En réalité, le gouvernement livre là toutes ses ambitions pour « l’hôpital de demain » : imposer des « réorganisations », dont on sait qu’elles sont synonymes, dans le public comme dans le privé, de suppressions d’emplois, de restrictions budgétaires, de sacrifices imposés aux travailleurs. « Nous, ces réorganisations et restructurations, on les subit depuis des années et, à chaque fois, c’est de la suppression de personnel, de moyens et de lits pour nos patients » expliquait une infirmière du Vinatier lors du « die-in » à Lyon. « Ils accusent l’hôpital de souffrir de manque d’organisation, prenons-les au mot : organisons-nous dans la lutte pour sauver l’hôpital et exigeons des moyens », rétorque un tract du Mouvement inter-hôpitaux lyonnais.

Le gouvernement fait aussi miroiter aux infirmières une revalorisation de leur métier via l’évolution de leurs carrières et en leur confiant certains actes effectués d’ordinaire par des médecins ; évidemment, pas question d’augmenter les salaires de tous les hospitaliers ! Le fait de mettre en avant de tels projets, dans les cartons depuis des années, a au moins le mérite de prouver que la colère hospitalière s’est déjà fait entendre dans les sphères gouvernementales, qui veulent répondre en attirant les blouses blanches dans le piège de l’individualisme ou du corporatisme.

Vers un mouvement d’ensemble

On peut espérer que, forts de l’expérience des dernières grèves, de nombreux agents des hôpitaux, à Lyon comme ailleurs, n’auront pas envie d’un tel repli et préféreront contribuer à la « coagulation » tant redoutée par le gouvernement. D’autant que beaucoup ont repris le travail – qu’ils n’avaient jamais vraiment arrêté car bien souvent assignés ! – en restant néanmoins mobilisés, à travers les actions, les manifestations, les liens entre hôpitaux. Prochains rendez-vous, les traditionnelles manifs du 1er mai, mais aussi le 15 mai, date choisie pour une manifestation à Paris par la « Coordination nationale des hôpitaux en lutte » qui s’est réunie à Toulouse le 13 mars et à Angers le 24 avril. Autant d’étapes pour réussir la journée interprofessionnelle du 22 mai, certes, mais aussi, et surtout, pour rassembler toutes les luttes locales en une seule « marée blanche » qui déferlerait sur les responsables des politiques de santé criminelles – une marée blanche qui devra s’unir aux autres secteurs, tant l’austérité à l’hôpital est liée aux attaques gouvernementales et patronales contre l’ensemble du monde du travail. 

29 avril 2018, Aldino BATTAGLIA


Rassemblement à Limoges : Bien significatif d’un climat général...

Le vendredi 27 avril, à l’appel d’une intersyndicale des hostos et des Ehpad, environ 350 personnes, dont 250 personnels hospitaliers et une centaine de retraités, cheminots et étudiants venus en soutien, se sont rassemblées devant la mairie de Limoges où se tenait une réunion régionale de l’ARS (Agence régionale de santé), en présence de pontes politiques locaux. Les manifestants, qui n’ont pas pu rentrer dans la mairie, ont barricadé les portes pour bloquer tous ces notables ! Ambiance chaude, même si aucune suite encore n’a encore été programmée, à l’exception d’un appel à participer à la manif des cheminots du 3 mai. 


[1Voir Convergences révolutionnaires n° 118.

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