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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 119, mai 2018

Rachat d’Opel par PSA

Du hareng de Bismarck aux arêtes de Tavares

Mis en ligne le 8 mai 2018 Convergences Entreprises

On a entendu maintes fois l’auteur du livre « Le Hareng de Bismark », le dénommé Jean-Luc Mélenchon, tonitruer contre le « diktat » allemand dont serait victime le bon peuple de France. On ne l’a pas entendu s’insurger contre le diktat de Carlos Tavares, le Pdg du groupe bien français PSA, qui, après avoir racheté Opel voudrait ne laisser aux travailleurs allemands que les arêtes. Par contre pour défendre l’industrie française, au nom des travailleurs disent-ils, il y en a eu d’autres pour prendre le relais du dirigeant de la FI : les dirigeants de FO.

L’an dernier en effet, les dirigeants de Force Ouvrière à PSA s’étaient félicités (en cœur avec leurs collègues de la CFDT et du syndicat maison SIA, mais à l’opposé de la CGT) du rachat par PSA d’Opel et de Vauxhall (qui construit les voitures Opel en Grande-Bretagne) à l’américain General Motors : « le projet d’acquisition d’Opel par le groupe PSA est une opportunité à saisir... » disait leur communiqué commun. Une joie d’autant plus grande pour nos dits « syndicalistes » qu’ainsi « Opel et Vauxhall recouvreront leurs racines européennes ». Du Trump à la française.

Et aujourd’hui que PSA, après avoir décidé de supprimer 650 emplois dans l’usine anglaise Vauxhall d’Ellesmere (sur un effectif total de 1 600), annonce 3 700 suppressions d’emplois dans les usines Opel en Allemagne, FO monte à nouveau au créneau… encore pour soutenir Tavares. Pendant que le groupe PSA est en conflit avec le syndicat allemand IG-Metall pour imposer le gel les salaires dans ses usines en Allemagne. « Les salariés d’Opel en Allemagne doivent être soumis au même régime que nous », déclare un dirigeant de FO, « …ne pas demander aux salariés allemands des efforts serait injuste ».

C’est quoi ces sacrifices qu’il faudrait bien imposer aux ouvriers allemands… par souci d’équité ?

6 500 suppressions d’emplois

D’abord les suppressions d’emplois décidées par le groupe PSA : par départ prétendus volontaires (mais sous pression de l’encadrement) ou par licenciements francs. La seconde méthode sera appelée à la rescousse pour compléter la première si on n’a pas trouvé assez de « volontaires ». PSA qui a annoncé pour l’année en cours 2 200 suppressions d’emplois en France, en rajoute donc 650 en Grande-Bretagne et 3 700 en Allemagne.

Voilà qui mériterait une riposte commune.

Et pas de se laisser diviser de part et d’autre du Rhin par le sale jeu de la mise en concurrence entre les centres techniques pour savoir à qui, des centres initialement PSA ou Opel, va revenir telle ou telle part des études, selon les prétendues « synergies », c’est-à-dire les réductions d’emplois auxquelles se livre la direction depuis le rachat. Ne pas se laisser diviser non plus de part ou d’autre de la ligne Oder-Neisse par les transferts de production que prévoit Tavares entre les usines Opel d’Allemagne et de Pologne, dans sa quête des plus bas coûts salariaux. Un jeu de concurrence entre travailleurs où semble bien tomber le syndicat allemand qui, selon la presse, pourrait accepter des concessions sur les salaires en échange de promesses de maintien d’un certain niveau d’activité et d’un plan d’investissement dans les usines allemandes.

Blocage des salaires

Le blocage, voire la baisse des salaires, est le deuxième chapitre qui menace les travailleurs allemands, sous prétexte qu’Opel serait déficitaire. Mais le groupe PSA ne l’est pas, qui affiche pour l’année 2017 un bénéfice net record de 1,9 milliard d’euros, malgré les 1,3 milliard dépensés pour racheter Opel. La direction de PSA veut obtenir de la centrale syndicale allemande IG Metall que ses usines Opel soient dispensées d’appliquer l’accord salarial qui a été signé au mois de février entre patronat et syndicat pour l’ensemble de la métallurgie allemande et qui, selon Carlos Tavares, creuserait le déficit d’Opel et ruinerait PSA.

Il est vrai que l’accord salarial de cette année dans la métallurgie allemande a été présenté par la presse comme extraordinaire : 4,3 % d’augmentation de salaires, plus quelques hausses de primes, et l’introduction, au volontariat, de la semaine de 28 heures. La réalité est bien moins généreuse. Car l’IG Metall qui est loin d’être un syndicat gauchiste demandait 6 % d’augmentation de salaires. Un minimum pour vivre un peu mieux. Quant à la réduction du temps de travail, tant vantée par la presse comme illustration des avancées sociales du « modèle allemand », c’est l’autre côté du « donnant-donnant » de l’accord, car elle consiste surtout en une extension du travail à temps partiel : des salariés pourront demander à travailler 28 heures par semaine, mais à leurs frais, 28 heures payées 28. Ce qui permettra aux patrons, là où ça les arrangent, d’avoir un volant de salariés à temps partiel (80 %), dans les métiers ou les ateliers où ils y verront un avantage.

Et l’accord permet à l’inverse aux patrons de faire travailler les salariés au-delà des 35 heures légales, jusqu’à 40 heures, voire plus. C’est une possibilité que les patrons allemands avaient déjà en partie, mais que la loi limitait puisqu’ils ne pouvaient pas obliger à travailler 40 heures plus de 18 % de leurs salariés. Le quota passe désormais à 30 % et peut être porté à 50 % par simple accord d’entreprise. Il peut même être appliqué selon une formule dite de « temps de travail collectif », c’est-à-dire tout le monde à 37,5 heures (au lieu de 50 % à 35 heures, et 50 % à 40 heures). Et bonjour les marchandages : chaque salarié embauché à temps partiel donne droit à des embauches supplémentaires à 40 heures ; par exemple un salarié à 20 heures (soit 15 heures de moins) donne droit à 3 employés à 40 heures (trois fois 5 heures en plus). Quelle ingéniosité du marché du travail et du « dialogue social » !

Salariés à temps partiel d’un côté, semaines de 40 heures de l’autre, voilà qui a fait écrire au journal Les Échos : « Les patrons ont obtenu gain de cause sur un point important : l’assouplissement des règles sur la limitation du temps de travail à 35 heures ». Inutile de préciser que l’exception à cet accord que PSA réclame ne concerne que les salaires (être exempté de l’augmentation), pas l’assouplissement du temps de travail.

Et prime pour bons et loyaux services

Mais un autre accord salarial donnant-donnant vient d’être conclu cette année à PSA : les actionnaires du groupe ont accordé au premier de leurs salariés, le Pdg Carlos Tavares, une prime exceptionnelle d’un million d’euros, portant sa rémunération totale pour l’année 2017 à 6,7 millions d’euros (l’équivalent du salaire d’un smicard pendant près de cinq siècles) en remerciement du service rendu avec le rachat d’Opel et les dividendes qui en tomberont dans leurs poches.

C’était le mardi 24 avril. Le même jour un millier de travailleurs de l’usine Opel d’Eisenach, où Tavares a prévu de supprimer 800 des 1 800 emplois, manifestaient dans les rues de la ville contre la menace de licenciements et de baisse des salaires.

Olivier BELIN

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