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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 86, mars-avril 2013

Livres

Mis en ligne le 18 mars 2013 Convergences Culture


Un témoignage


Grains de sable sous le capot

de Marcel Durand

Éditions Agone, 2006, 428 pages, 23 €.

De 1973 à 2003, Marcel Durand, de son vrai nom Hubert Truxler, a tenu ces carnets racontant son quotidien d’OS à Peugeot-Sochaux. C’est donc le point de vue d’un ouvrier de la base qui s’exprime ici, lequel a une conscience aiguë de son exploitation et la raconte au jour le jour, par une multitude d’anecdotes : en ressortent la camaraderie et la résistance au formatage du travail sur chaîne, avec une bande de joyeux drilles qui ne rendent pas la vie toujours facile à leurs chefs ! Mais aussi une analyse politique sur les évolutions du management et le vocabulaire qui l’accompagne, les années Mitterrand et les illusions vite dissipées, ainsi que les grandes grèves qui ont marqué la période.

Lydie GRIMAL


Une enquête


Xénophobie business

de Claire Rodier

Éditions La Découverte, 2012, 188 pages, 16 €.

Cette juriste du GISTI (Groupe d’information et de soutien des travailleurs immigrés) s’interroge sur les fonctions réelles des contrôles migratoires, qu’il s’agisse de leur fonction idéologique, avec un discours politique présentant toujours l’immigration comme une menace, ou des affaires de gros sous qu’ils impliquent. C’est sur ce thème que l’ouvrage nous apprend sans doute le plus, en donnant de nombreux exemples de marchés dont profitent des sociétés privées, à travers la gestion de centres de rétention ou les technologies de pointe mobilisées pour la surveillance des frontières. Les politiques sécuritaires sont ainsi un des nouveaux créneaux du capitalisme.L.D.


Un essai


Conversation sur la naissance des inégalités

de Christophe Darmangeat [1]

Éditions Agone, février 2013, 200 pages, 12 €.

Les inégalités sociales au sein de l’humanité n’ont pas toujours existé. Sous la forme d’une conversation entre un anthropologue et un novice, l’auteur nous fait découvrir l’organisation sociale de peuples égalitaires. Au fil de la conversation, on découvre les coutumes de nombreux peuples ayant vécu sans État : les Bushmen du Sud de l’Afrique, les Inuits du Grand Nord, les Aborigènes d’Australie ou les sociétés à Big Men de Mélanésie.

L’auteur nous montre par la suite comment la « révolution du stockage » et la sédentarisation ont pu faire naître une différenciation sociale au sein des sociétés égalitaires.

Sans caricaturer la diversité des sociétés humaines et les processus d’évolution, l’auteur parvient à saisir et expliquer les lignes de fracture qui distinguent sociétés égalitaires, société inégalitaires sans État ni classes sociales et société de classes avec État.

S’appuyant sur de nombreux exemples apportés par l’ethnologie moderne, Darmangeat illustre avec force et clarté la conception matérialiste de l’histoire de Marx.

Réda CHEBAB


Un roman


La déesse des petites victoires

de Yannick Grannec

Éditions Anne Carrière, 468 pages, 22 €.

Kurt Gödel (1906-1978) était un mathématicien austro-américain, célèbre pour un théorème de logique, le « théorème d’incomplétude », démontré dans sa jeunesse à Vienne.

Mentalement très fragile, s’il a finalement vécu jusqu’à 72 ans, ce fut l’œuvre de son épouse, Adèle, une ancienne reine de beauté viennoise veillant à maintenir autour de lui une certaine activité sociale. Adèle Gödel, c’est la déesse des petites victoires, héroïne méconnue de ces combats de l’arrière…

Une jeune documentaliste de l’université de Princeton, énième personne chargée de récupérer les archives Gödel, entreprend un dialogue pudique et délicat avec la veuve du mathématicien. En écho de leurs échanges : la Vienne des années 1930, la montée de l’extrême-droite et de l’antisémitisme, l’Anschluss, la fuite vers les États-Unis (bien que non juif, Gödel était très lié à des scientifiques juifs et commençait à être inquiété pour cela) ; la vie dans le Princeton de la guerre puis de l’après-guerre, la « chasse aux sorcières » dans le contexte de la guerre froide. Mais aussi les dialogues philosophiques sans fin de Gödel et Einstein.

« La déesse des petites victoires » s’appuie sur une solide documentation scientifique, philosophique, historique. Mais c’est avant tout un roman, dans une langue belle et simple, sur l’amitié entre deux femmes de l’ombre au grand cœur. Les escapades dans le monde des mathématiques ou de la philosophie ne doivent pas faire peur. En fait, un petit bijou.

Jean-Jacques FRANQUIER



Trois polars


Cyber China  

de Qiu Xiaolong

Liana Levi, 2012, 278 pages, 18 €.

Les romans-enquêtes de Qiu Xiaolong (auteur entre autres de Mort d’une héroïne rouge) se déroulent sous l’égide de l’inspecteur Chen, féru de littérature et de poésie chinoise, également grand amateur de gastronomie.

« Cyber China » raconte de la Chine d’aujourd’hui : une société devenue davantage urbaine que rurale, avec un pouvoir « communiste » corrompu jusqu’à la moelle, partagé entre pontes du parti, détenteurs de fortunes récentes et gangsters, chacun pouvant cumuler ces différentes fonctions. Un pays où ont surgi plus de 500 millions d’internautes et une certaine forme de contestation par le canal de la toile... Bulle et scandales immobiliers, embouteillages monstres, catastrophes sanitaires provoquées par les fraudes alimentaires, milliardaires d’un côté, population de très pauvres de l’autre et développement d’une petite bourgeoisie nombreuse aspirant à un mode de vie capitaliste occidental. Tout un contexte explicite, sous la forme d’un très bon polar.

Louis GUILBERT


La Griffe du Chien

de Don Winslow

Points policier, 2007, 826 pages, 9,70 €.

L’agent américain Art Keller est envoyé au Mexique pour lutter contre les cartels de la drogue. L’action se déroule entre 1975 et 2004 et dans plusieurs pays : au Mexique principalement, mais aussi aux État-Unis (en Californie), au Honduras, au Salvador, en Colombie et à Hongkong. Polar d’une grande puissance narrative, mais également étude solidement documentée des cartels de la drogue durant cette période, des liens sulfureux qu’ils entretiennent avec l’État mexicain, mais aussi de leurs relations avec l’oncle Sam, parfois allié et complice dans sa lutte contre les guérillas d’Amérique Latine ou contre des régimes jugés trop à gauche. Derrière le voile de la fiction, presque tout est vrai dans cette saga diabolique. Polar visionnaire aussi car d’une brûlante actualité : la saga sanglante de la drogue continue dans le Mexique d’aujourd’hui.

Charles BOSCO


Un nommé Peter Karras

de George P. Pelecanos

Points policier, 2011, 446 pages, 7,90 €.

Alors que la Grande Dépression frappait les États-Unis, un fils d’immigrants grecs et l’enfant d’une famille italienne appartenaient à la même bande de gamins dans un quartier pauvre de Washington. Ils ont grandi, participé à la Seconde Guerre mondiale et sont devenus les hommes de main réticents d’un caïd. Premier volet d’une passionnante chronique consacrée à Washington, ce récit, qui décrit longuement les destins de plusieurs camarades d’enfance, est une réflexion sur l’honneur et l’amitié. Il se poursuit par King Suckerman avec le fils de Peter, le héros éponyme.

Claude MESPLEDE


[1Auteur également, dans un style moins grand public, de « Le communisme primitif n’est plus ce qu’il était. Aux origines de l’oppression des femmes », Éd. Smolny, (2009) réédité en 2012.

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