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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 86, mars-avril 2013

Les subprimes de la viande

Mis en ligne le 18 mars 2013 Convergences Société

Les fameuses lasagnes mutantes au bœuf-cheval, étaient vendues par Findus et produites par Spanghero à partir de « minerai de viande » d’origine roumaine, qui aurait suivi un circuit mystérieux après avoir été acheté et vendu par divers traders spécialisés… à la manière des « subprimes » bancaires enrobés dans des « actifs toxiques » dont on ignore le contenu.

Ce « minerai de viande », au nom si appétissant, se compose des déchets récupérés dans les abattoirs après la découpe des morceaux dits « nobles » : miettes de viande, peau, nerfs, gras, boyaux, voire os broyés et… sciures, car les déchets en question sont souvent projetés sur le sol et ramassés. Ce minerai est ensuite congelé, après avoir été éventuellement mélangé à d’autres minerais, et expédié par des circuits nationaux ou internationaux dans les usines qui fabriquent les plats dits « cuisinés ». Le steak haché « industriel » congelé et vendu en grande surface peut contenir lui aussi une certaine proportion de minerai difficile à établir sans un contrôle très technique.

La vaste fumisterie de la « traçabilité »

Donc rien de surprenant à ce qu’on trouve un peu de tout dans des plats préparés bourrés d’additifs pour leur donner un goût correspondant à l’appellation. La production de viande est devenue depuis des dizaines d’années une industrie qui obéit à des logiques purement financières, dominée par une demi-douzaine de trusts. Ceux-ci intègrent l’abattage, la découpe, la fabrication de plats et de barquettes de viande et ont passé des accords avec les cinq centrales d’achats qui fournissent la grande distribution. Par exemple, Bigard, troisième industriel européen de la viande représente à lui seul 40 % de l’abattage en France, emploie 17 000 personnes dans 61 usines et distribue ses produits sous différentes marques comme Charal, Socopa, Bigard et celles des grandes surfaces.

Face à ces géants, les services de contrôle, constitués pour l’essentiel par le corps des techniciens et des inspecteurs vétérinaires, disposent de très peu de moyens. Or les effectifs, déjà insuffisants, ont été réduits de 12 %, passant de 5 200 en 2007 à 4 579 aujourd’hui. « Nous ne sommes pas en mesure d’effectuer les contrôles suffisants », dit Déborah Infante du Syndicat national des inspecteurs vétérinaires. En théorie, l’origine de la viande est signifiée par des tampons sur les carcasses (bêtes entières) et gros morceaux découpés. Mais d’une part il est facile de faire sauter ces tampons et d’autre part, dès que la viande est transformée en plats, cette obligation disparait et devient de toute façon impossible à appliquer.

La « qualité » du minerai

Les combines des abattoirs de Chicago décrites par Upton Sinclair dans son roman La jungle, au début du 20e siècle, n’ont pas disparu, même si elles prennent des formes plus discrètes et en apparence plus clean. La fameuse « traçabilité » vantée par les industriels de la viande et les pouvoirs publics n’est qu’une vaste fumisterie. Les déclarations de Guillaume Garot (ministre délégué à l’agroalimentaire), reprises par plusieurs autres ministres, selon lesquelles il faudrait « améliorer la qualité du minerai et la contrôler » sont tout bonnement ridicules et hypocrites.

La « déballe-remballe »

Bon, le cheval à la place de bœuf, ça rapporte gros, mais en principe ça ne rend pas malade. Il n’en va pas de même du minerai ou des pièces successivement congelés et décongelés, de la viande « verte » (début de putréfaction) mélangée au steak haché avant d’être congelée ou des barquettes de viande vendues dont les étiquettes sont changées en grande surface pour les vendre après la date de préemption. Un cadre licencié de l’entreprise Castel dénonçait ainsi fin février la pratique de la « déballe-remballe » de morceaux ayant dépassé la date de préemption. Elle s’ajoute à l’emploi massif d’antibiotiques et d’anabolisants et explique pour une bonne part les innombrables cas d’intoxications alimentaires dans des collectivités telles que les maisons de retraite dont les pensionnaires ne peuvent pas se défendre. Comme qui dirait, la Bourse ou la vie. Bon appétit bonnes gens !

6 mars 2013, Georges RIVIERE

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Numéro 86, mars-avril 2013

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