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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 86, mars-avril 2013 > DOSSIER : Guerre au Mali

DOSSIER : Guerre au Mali

Ambitions et appétits impérialistes

Mis en ligne le 18 mars 2013 Convergences Monde

« Que fait-on là-bas ? (…) sinon soutenir des putschistes et tenter de contrôler un territoire trois fois grand comme la France avec 4 000 hommes », ironisait Sarkozy le 6 mars dernier.

Il était pourtant encore président, le 16 mars 2012, lorsque les députés Henri Plagnol (UMP) et Francois Loncle (PS) ont présenté un rapport sur « La situation sécuritaire dans les pays de la zone sahélienne », préparant le monde politique à l’éventualité d’une opération. Le rapport développait longuement les conséquences de la guerre déclenchée par Sarkozy en Libye – que Hollande n’avait pas boudée et dont celle du Mali est un sous produit : « La crise libyenne et la chute du colonel Kadhafi ont eu – et ont toujours – un effet très déstabilisateur sur la situation sécuritaire au Sahel. En effet, le retour de personnes ayant vécu en Libye, essentiellement des Touareg, et la prolifération de nombreuses armes auparavant détenues par les forces libyennes suscitent une réelle inquiétude et constituent une menace sérieuse pour l’avenir de la région sahélienne. »

Les vrais intérêts de la guerre

Ce rapport parlementaire dresse la liste des intérêts de la France, qui sont loin de se limiter aux seuls intérêts des trusts français au Mali. Intérêts dans l’ensemble de la région ainsi que maintien du rôle prépondérant de la France dans la zone même si, économiquement la concurrence est rude avec d’autres.

Le Sahel renferme « des ressources naturelles disputées », pétrole, gaz, fer, phosphate, étain, uranium, or, bauxite, « même si toutes sont loin d’être exploitées et si de larges pans du territoire doivent encore être explorés », précise le rapport. Avec, en tête, le minerai de fer de Mauritanie, qui représente 2,2 milliards de dollars d’exportation par an, et l’uranium du Niger, qui représente un tiers de la production d’uranium d’Areva.

L’exploitation pétrolière, cantonnée jusqu’à récemment à l’Algérie et la Libye au nord, au Nigéria au sud, a commencé à faire son apparition dans les pays du Sahel. Elle a débuté en 2000 au Tchad où le pétrole est désormais la première exportation, loin devant le coton. La part qui tombe dans les caisses de l’État a permis au dictateur Idriss Déby d’équiper son armée qui est aux premières loges aux côtés de l’armée française. La Mauritanie a ouvert une exploitation pétrolière off-shore en 2006. Et de nouveaux champs sont aujourd’hui en prospection au Sahel, notamment celui de Taoudeni à cheval sur la Mauritanie, le Nord-Mali et le sud algérien.

Sans oublier d’autres minerais, dont l’uranium de Faléa dans le sud-ouest du Mali, dont la prospection est assurée par une entreprise canadienne et un sous-traitant français mais dont l’exploitation est convoitée par Areva.

Un « trafic » qui ne se limite pas à la drogue

On nous a beaucoup parlé, pour justifier cette guerre, des trafics de drogues qui seraient le pain quotidien des groupes armés islamistes et des Touareg. C’est un aspect de la réalité. D’autres « joints » sont évoqués par le rapport parlementaire, entre l’Afrique noire et l’Afrique du nord, « carrefour énergétique convoité ». Les États-Unis y rêveraient d’un oléoduc acheminant le pétrole du Tchad vers le golfe de Guinée ; les Chinois en pinceraient pour un autre reliant Tchad et Soudan, où elle a déjà ses billes ; l’Europe, elle, voudrait 4 128 kilomètres de tubes allant du Nigeria à l’Algérie, via le Niger, pour approvisionner l’Europe en or noir et en gaz. Une guerre entre bandes rivales où le contrôle du territoire et des gouvernements en place est un enjeu majeur pour l’impérialisme français, et la sécurisation des sites d’exploitation et zones de passages une nécessité.

C’est un fait que la France a choisi ostensiblement de faire « cavalier seul ». Vis-à-vis de ses concurrents, l’impérialisme français tenait à se montrer premier maître à bord. Les USA, pas encore sortis des bourbiers d’Irak et d’Afghanistan, lui ont volontiers cédé le rôle. En montrant toutefois qu’ils n’étaient pas hors course : par le prêt d’avions gros porteurs, l’installation à Niamey d’une base de drones US pour surveiller la zone, demeurer probablement là au-delà des opérations elles-mêmes et préserver ainsi les liens avec les états-majors des armées africaines dont ils ont formé une grande partie des officiers (y compris ceux de l’armée malienne).

Olivier BELIN

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Numéro 86, mars-avril 2013

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