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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 86, mars-avril 2013 > DOSSIER : Guerre au Mali

DOSSIER : Guerre au Mali

L’or et la misère

Mis en ligne le 18 mars 2013 Convergences Monde

De tous les pays d’Afrique de l’Ouest, où l’ancienne puissance colonisatrice française tient à garder la première place face aux concurrents américains, chinois, canadiens ou sud-africains, le Mali n’est pas celui dont elle tire le plus de richesses. Il est 84e client de la France, son 160e fournisseur (chiffres de 2011). La France n’en est que le 3e fournisseur derrière le Sénégal (mais, en partie, par des filiales sénégalaises de groupes français) et la Chine, surtout présente dans le BTP, comme partout en Afrique.

Il y a tout de même au Mali 125 entreprises françaises employant en tout 4 000 personnes, essentiellement concentrées à Bamako. Beaucoup de petites ou moyennes, mais aussi quelques grands groupes : Bouygues et Effiage dans le ciment, Delmas dans la manutention, Air France et sa filiale Servair sur l’aéroport de Bamako, Air Liquide dans la chimie et même les laboratoires Mérieux. Dans la téléphonie, Orange-Mali a évidemment comme actionnaire principal France Télécom alors que l’autre compagnie, l’ex-compagnie nationale privatisée à la fin des années 1980, est possédée par la société marocaine Maroc Télécom… dont Vivendi détient 51 % des parts. Une troisième licence vient d’être accordée, arrachée cette fois par un groupe monégasque. Ce n’est pas parti bien loin. Dans le secteur bancaire sévissent la BNP et le Crédit coopératif (groupe Natixis).

La monnaie du Mali

Et la France est maître d’œuvre des finances du pays (comme des pays voisins ex-colonies de la France) puisque c’est elle qui décide du sort et du cours du franc CFA, monnaie commune à toutes les anciennes colonies de la région. La fin des années 1980 avait été marquée au Mali, comme dans bien d’autres pays du tiers-monde, par les plans drastiques imposés par le FMI au nom du remboursement des dettes : réduction des effectifs de fonctionnaires, réduction des subventions, hausse des tarifs des services publics et privatisation des entreprises d’États et des ressources minières. La dévaluation brutale, décidée par la France en 1994, du franc CFA dont le cours avait été divisé par deux, a ajouté encore à l’effondrement du niveau de vie de la population. Sous prétexte de rétablir l’économie de la zone CFA en favorisant les exportations, d’une part on a accéléré le pillage des richesses en divisant le prix des matières et produits exportés par deux, de l’autre on a baissé les revenus des ouvriers et des paysans en les divisant aussi par deux.

L’or du Mali

L’or, dont les gisements sont situés dans le sud-ouest du pays, est encore aujourd’hui la principale richesse minière exploitée. Le Mali est 3e producteur d’or d’Afrique et 13e producteur mondial. La traditionnelle activité d’orpaillage artisanale ne produit qu’un dixième des 40 à 50 tonnes annuelles produites. Mais elle exploiterait dans des conditions sanitaires épouvantables quelque 200 000 travailleurs dont pas moins de 20 000 enfants, tout en profitant aux compagnies exportatrices et, au passage, aux notables locaux ou maires qui prélèvent leur dîme. Quant aux grandes mines elles-mêmes, elles ont été, comme toute l’économie nationale, privatisées selon les consignes du FMI à la fin des années 1980 et début des années 1990.

Ce sont diverses multinationales, anglo-saxonnes ou sud africaines essentiellement, notamment l’Anglogold Ashanti appartenant au trust minier Anglo-American (capitaux sud-africains, américains et britanniques), qui, depuis la privatisation des mines en ont arraché les concessions, en partenariat avec l’État malien (80 % pour les trusts, 20 % pour l’État malien).

Mais l’exploitation d’un des grands gisements du pays, la mine d’or de Morila au sud-est de Bamako, sous l’égide des deux compagnies sud-africaines qui l’ont achetée, a été confiée à Bouygues. Cette exploitation commencée en 2000 devait s’étaler sur onze ans, le temps d’épuiser le filon. L’État malien ayant accordé une exonération d’impôts pendant trois ans, Bouygues en a tiré le profit maximum en extrayant 83 000 tonnes en trois ans, soit presque trois fois plus que prévu dans le contrat, et épuisé ainsi les deux tiers des réserves du gisement (estimées à 500 milliards de francs CFA, c’est-à-dire 760 millions d’euros). Sans payer d’impôts. Avec la complicité du gouvernement malien évidemment.

Entre 1 000 et 1 500 habitants ont été déplacés pour faire place aux installations ; 10 000 personnes qui dépendaient de la zone pour l’agriculture ont perdu l’accès à leurs terres. Les terres et les eaux ont été polluées.

O.B.

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Numéro 86, mars-avril 2013

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