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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 74, mars-avril 2011 > Tunisie, Egypte, Lybie, Algérie...

Tunisie, Egypte, Lybie, Algérie...

Les États-Unis face à la révolte des peuples arabes !

Mis en ligne le 10 mars 2011 Convergences Monde

« Nous avons eu des séances stratégiques sans arrêt pendant ces deux dernières années, sur la paix au Proche-Orient, sur la manière de contenir l’Iran. Combien d’entre elles prévoyaient la possibilité que l’Égypte passe de la stabilité à la tourmente ? Aucune. » déclare au New York Times [1], sous le couvert de l’anonymat un responsable américain.

Les responsables américains ne manquaient pas de plans sur la comète pour les régimes « amis » mais vieillissant du Moyen-Orient. Pour l’Égypte même et l’après Moubarak, les cartes envisagées allaient d’un El Baradei [2], à l’éventuelle collaboration avec les Frères Musulmans en passant par les juristes égyptiens et les responsables de l’association patronale. Délais : les élections présidentielles d’automne 2011 ou la mort du dictateur de 82 ans.

Ils n’avaient pas prévu une seule chose : la révolution, l’entrée en scène politique des populations elles-mêmes. Ces révolutions au Maghreb et Moyen-Orient qui mettent les dirigeants occidentaux dans une situation délicate et les intérêts impérialistes en péril. En Tunisie, le gouvernement des États-Unis s’est empressé de conseiller à l’armée de lâcher Ben Ali dès que la révolte a commencé à avoir des répercussions en Algérie et au Moyen-Orient. Il fallait sauver l’armée de la débâcle pour en faire le pilier de la transition.

Cela n’a pas évité que la révolte se propage à l’Égypte, vis-à-vis de laquelle Obama s’est montré plus prudent, commençant pas prêcher à Hosni Moubarak la modération, avant de lui conseiller fermement le départ.

L’Égypte, c’est plus de 80 millions d’habitants, une classe ouvrière qui a déjà mené maintes luttes, comme la classe ouvrière tunisienne, mais bien plus nombreuse. C’est le contrôle du Canal de Suez, voie stratégique et commerciale pour le pétrole, sur lequel les navires américains bénéficient de formalités accélérées. 17 000 navires, plus de 600 millions de tonnes de marchandises y transitent par an, pour un revenu de 3,6 milliards de dollars l’année passée.

Et l’Égypte est devenue, depuis le milieu des années 1970, aux côtés de l’Arabie Saoudite et d’Israël, un des principaux et plus solides alliés des États-Unis dans cette zone pétrolifère si convoitée.

Quand les dirigeants impérialistes en chœur, après avoir soutenu tous ces dictateurs, font bonne figure en saluant la victoire de la démocratie (qu’ils font surveiller par l’armée), il est bon de citer ce qu’en dit James Baker, ancien Secrétaire d’État de George Bush père : « Dans la formulation de notre politique étrangère, il faut bien sûr prendre en compte les principes : démocratie, droits de l’homme, liberté. Mais aussi l’intérêt national : dans quelle mesure l’entité avec laquelle nous traitons est alignée sur les États-Unis. Dans le cas de l’Égypte, les deux considérations sont frontalement opposées. » [3]

Au-delà de l’Égypte elle-même, la contagion touche aujourd’hui le Bahreïn, le Yémen, la Jordanie. Et voilà qu‘en Irak aussi, toujours de fait sous occupation américaine (même si une grande partie des troupes s’en sont retirées, remplacées par des mercenaires privés et les soldats d’un régime fantoche), des dizaines de milliers de personnes on défilé contre le gouvernement du premier ministre Maliki, contre la corruption, des conditions de vie intolérables. Une femme de 48 ans, un billet de mille dinars à la main — signale le reportage du journal Le Monde , criait « Je veux voir si Maliki accepte que je vive avec ça ! » [4]. Des manifestations bien plus inquiétantes pour les États-Unis et le gouvernement qu’ils ont mis en place que tous les attentats quotidiens, les affrontements entre cliques irakiennes rivales qu’ils ne maîtrisent certes aucunement, mais sur lesquelles ils peuvent surfer sans peine.

Quant à la flotte américaine qui se dirige vers les côtes libyennes, loin de dissuader Kadhafi de massacrer son peuple insurgé, elle sert avant tout à signaler qu’il s’agit de rétablir l’ordre impérialiste dans la région, avec si possible la complicité des régimes « de transition » issus des révoltes actuelles. Ce dont les peuples arabes en révolte ne sont sans doute pas dupes, comme en témoignaient, devant les caméras des journalistes, les réactions d’hostilité à toute intervention militaire américaine des insurgés libyens. Ils se souviennent trop bien qu’en avril 1986 l’aviation américaine avait massivement bombardé la population de Tripoli et de Benghazi. Pas tant à l’époque contre Kadhafi lui-même que pour menacer de leurs foudres tous les peuples du Tiers-monde.

2 mars 2011

Léo BASERLI


[1“As Mubarak Digs In, U.S. Policy in Egypt Is Complicated”, New York Times, 5 février 2011

[2Prix Nobel de la Paix 2005 en tant que responsable l’Agence internationale de l’énergie atomique sous l’égide de l’ONU

[3Cité par Le Monde, 6 février 2011

[4“13 killed in Iraq’s ‘Day of Rage’ protests”, Washington Post, 24 février 2011.

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