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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 74, mars-avril 2011 > Tunisie, Egypte, Lybie, Algérie...

Tunisie, Egypte, Lybie, Algérie...

Iran 1978-79 : La révolution assassinée par les Ayatollahs

Mis en ligne le 10 mars 2011 Convergences Monde

En Iran, des manifestations, notamment à Téhéran mais aussi dans d’autres villes, ont mis dans la rue des milliers de personnes les 14 et 20 février derniers, puis le 1er mars, après l’emprisonnement de deux leaders de l’opposition. Déjà, en juin 2009, après la réélection contestée d’Ahmadinejad, cette opposition avait appelé à manifester puis fut sauvagement réprimée. Plus de trente ans auparavant, une autre phase révolutionnaire, après avoir abattu la sanglante dictature du Shah, avait débouché sur une contre-révolution, le régime islamiste.

L’issue islamiste n’avait rien de fatal

Ce furent les chômeurs, les paysans chassés de leur terre venant grossir les bidonvilles des grandes cités et surtout les travailleurs, notamment ceux du pétrole, qui, par leurs grèves, donnèrent le coup de grâce au régime du Shah durant l’année 1978 et le début de 1979, payant un lourd tribut en vies humaines. Il n’était pas écrit que ceux-ci devaient se retrouver dans leur lutte derrière les ayatollahs et le clergé chiite, forces réactionnaires s’il en est. Sans parler des tout petits groupes trotskystes, d’autres partis étaient aussi présents dans le mouvement, proposant des issues démocratiques et de justice sociale, voire se référant au communisme. Notamment le Toudeh, le Parti communiste d’obédience stalinienne. Notamment les Fedayins du Peuple, se disant marxistes, issus soit du Toudeh soit de l’aile gauche laïque du Front national du leader nationaliste Mossadegh. Notamment les Modjahedines du Peuple, eux aussi issus pour certains du mouvement de soutien à Mossadegh, préconisant un islamisme rénové combiné à une phraséologie socialisante. Le drame fut que ces organisations, dont le Toudeh, sans doute le plus influent dans la classe ouvrière, loin de contester la direction de la lutte à Khomeiny, sous le prétexte de ne pas nuire à l’unité du mouvement, se laissèrent délibérément enrôler sous sa bannière, jusqu’à se faire massacrer par lui une fois son pouvoir en place.

1977-78, la montée révolutionnaire

À la fin de l’année 1977, les universités étaient soit en grève soit fermées. La même année, les grèves s’étaient multipliées dans les usines ainsi que des batailles contre les expulsions dans les bidonvilles de Téhéran.

En janvier 1978, suite à la publication d’un article du journal pro-gouvernemental Ettela insultant pour Khomeyni, alors en exil, les étudiants en théologie de la ville de Qom manifestèrent et se firent mitrailler par l’armée. La commémoration des victimes, 40 jours après selon le rituel chiite, provoqua, en cascades, d’autres manifestations dans plusieurs villes, sur lesquelles l’armée tira à nouveau, et ainsi de suite. Ce sont les mollahs qui, un peu partout, organisèrent les manifestations. Jusqu’au milieu de 1978, les manifestations de rue rassemblèrent surtout les étudiants, les bazaris, les séminaristes. Mais, à partir du mois de mars, une série de grèves éclatèrent dans différentes villes. La population pauvre des villes, y compris les ouvriers d’usines et du bâtiment, s’y mit à son tour dans la seconde moitié de l’année.

« L’union » à tout prix, derrière Khomeyni

C’est le clergé qui conduisait la contestation. C’est Khomeiny qui était la grande figure de l’opposition. Mais ni le Toudeh ni les Fedayins du Peuple ni les Mojahedines ne tentèrent quoi que ce soit pour lui contester son emprise sur le mouvement. Le comité central du Toudeh, fin août début septembre 1978, déclarait qu’il « invite toutes les forces et les groupes opposés au régime du Shah à former un front de coalition nationale sur la base d’un programme national et démocratique, en mettant de côté toutes les querelles et tous les préjugés, afin de ne pas manquer l’opportunité qui se présente ». Les Mojahedines invitaient eux aussi à l’union. Pour eux : « Souligner les cas de désaccord, c’est amener de l’eau au moulin du régime. »

Et, alors que se développaient en même temps les manifestions insurrectionnelles dans les villes et des grèves dans les secteurs ouvriers décisifs, aucun parti ne tenta d’organiser politiquement les travailleurs sur leur terrain de classe, ni ne les incita à prendre la tête du mouvement.

L’insurrection à Téhéran. Khomeiny appelle à rendre les armes.

Le Shah fit appel, début 1979, à Shapour Bakhtiar, un grand bourgeois en rupture de ban d’avec le Front national de Mossadegh, pour former un gouvernement et partit à l’étranger. Khomeiny, le 19 janvier, appella à une grande manifestation pour le départ de Bakhtiar et la constitution d’une République islamiste. Tandis qu’après la fuite du Shah les manifestants s’impatientaient et réclamaient parfois des armes. Khomeiny et son entourage entrèrent en contact avec les États-Unis et les chefs de l’armée pour négocier avec eux une passation de pouvoir en douceur. Le 9 février, à la suite de l’attaque par la Garde impériale d’une base de l’armée de l’air dont un millier de militaires venaient de rallier Khomeiny, une insurrection se déclencha dans toute la ville de Téhéran. La foule prit d’assaut les dépôts d’armes, les bâtiments publics, les commissariats, les casernes, les uns après les autres. Des barricades surgirent un peu partout. Très souvent, Fedayins et Modjahedines étaient à l’avant-garde, voire à l’initiative. L’insurrection triompha mais aussitôt Khomeiny, rentré de son exil en France, appella la population à rendre les armes et ses comités s’employèrent à les récupérer. Il conserva l’essentiel de la haute administration et de la Savak qu’il rebaptisera Savama. En juin il fit décréter une amnistie pour les militaires et les policiers, tout en constituant ses propres milices : gardiens de la révolution, pasdarans et autres, recrutés dans la jeunesse la plus pauvre, encadrés par des mollahs.

Un référendum fut organisé fin mars pour ou contre la République islamique. Le Toudeh, les Mojahedines, les Fedayins appelèrent à voter oui.

L’assentiment du Toudeh et des Mojahedines et la contre-révolution islamiste

Lorsqu’au mois d’août une loi interdisit de critiquer la République islamiste, des organisations de gauche protestent. Pas le Toudeh qui approuva les mesures ! Ces organisations de gauche furent alors interdites, leurs locaux assaillis par les miliciens de Khomeiny. Début 1980, Khomeiny fit voter une Constitution qui posait pour principe que la tâche de diriger est réservée aux seuls représentants de Dieu sur terre. Les Fedayins et le Toudeh appellèrent à la voter, mais pas les Mojahedines.

En février 1980, Bani Sadr, le premier Président de la République islamique, poursuivit la répression contre les Kurdes et contre la jeunesse universitaire. Les miliciens de Khomeiny assaillirent dans les universités les bureaux des organisations de gauche et les firent fermer, se déchaînant et faisant plusieurs dizaines de morts sur les campus.

La guerre contre l’Irak permit au régime de militariser la population, de s’en prendre de front à la classe ouvrière, et d’en finir avec les Mojahedines. Ceux-ci décidèrent, en juin 1981, de rompre avec le régime. Ils subirent alors une guerre d’extermination, plusieurs milliers des leurs périrent, souvent sous la torture, et des dizaines de milliers furent emprisonnés. Ils se réfugièrent dans une politique d’attentats terroristes et, après avoir tenté de s’allier avec Bani Sadr, se retrouvèrent contraints comme lui à l’exil.

Le Toudeh n’échappa pas à la répression : en février 1983, 1 500 dirigeants et cadres furent arrêtés et beaucoup fusillés. Pour comble, un de ses leaders déclara : « Aujourd’hui, même après l’arrestation de nos dirigeants, notre politique d’appui à la révolution islamique n’a pas changé ».

Ainsi périt la révolution. Ainsi périrent ces organisations de s’être mises à la remorque d’un clergé réactionnaire et de son « guide » Khomeiny. Elles n’en furent pas les seules à en payer le prix, mais la classe ouvrière et les pauvres d’Iran, et finalement la société tout entière.

Louis GUILBERT

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