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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 69, mai-juin 2010

Le courage et l’obstination des grévistes sans papiers

Mis en ligne le 29 mai 2010 Convergences Politique

Les grévistes sans papiers ont fortement marqué de leur présence le cortège du 1er mai à Paris. Plus récemment, le vendredi 14 mai, ils se sont relayés à près de 2 000 (une écrasante majorité de travailleurs africains, mais aussi chinois ou maghrébins) à camper sous les fenêtres du ministère de l’Immigration où s’ouvraient les premières discussions officielles avec des représentants de ce ministère comme de celui du Travail.

Dans le même temps, des médias publiaient l’appel signé à ce jour par des dizaines de personnalités du monde syndical (dont Bernard Thibault, François Chérèque et Annick Coupé), du monde patronal (dont le DRH de Véolia Propreté, la présidente de Ethic), du monde associatif et universitaire, en faveur de « critères clairs et objectifs de régularisation des travailleurs sans papiers ». Une ébauche de ces critères figure déjà dans un texte dit d’« approche commune » signé il y a deux mois entre patrons et syndicats. Par delà une multitude de questions techniques, correspondant à une multitude de situations (travailleurs ayant des fiches de paie ou travailleurs au noir, ayant travaillé sous leur nom ou sous un « alias », salariés de telle ou telle entreprise ou travailleurs intérimaires, travailleurs d’Afrique de l’Ouest ou algériens et tunisiens théoriquement soumis à des accords particuliers avec l’État français), il s’agit, pour les milliers de grévistes et les onze syndicats et associations qui ont pris l’initiative de la nouvelle vague de grève en octobre 2009, de faire régulariser tous ceux et celles qui travaillent et vivent en France. D’en finir avec ce règne de l’hypocrisie qui veut que nul n’ignore que des dizaines, voire des centaines de milliers de travailleurs font en France un travail qu’ils ne volent à personne (les patrons qui les exploitent moins que les autres !), mais que l’État s’obstine à les faire vivre en clandestins en leur refusant le titre de séjour. Clandestines, des milliers de « nounous » ! Clandestins, les dizaines de milliers de travailleurs du Bâtiment qui assurent essentiellement le gros œuvre ! Clandestins les milliers de plongeurs, cuistots ou serveuses des restaurants chinois ! Ou les milliers de Chinoises de la confection qui bossent pourtant pour des « marques » connues et prospères. Les Bouygues et Camaïeu ont pignon sur rue, mais ceux et celles qui en assurent les profits devraient continuer à vivre en rasant les murs ?

C’est d’abord par leur propre courage – et par la grève qui est l’arme des travailleurs – que plus de 6 000 sans-papiers sont sortis de l’ombre, au nom de tous les autres. Après sept mois de grève, ils tiennent toujours bon et rendent de fait incontournable la solution du problème, à savoir leur régularisation.

Cette ténacité peut surprendre, mais elle est à la mesure du quotidien insupportable de ces travailleurs depuis des années : ils vivent ici et bossent ici, comme le proclame le slogan emblématique du mouvement, depuis souvent sept, huit ou plus de dix ans. Ils font partie de la classe ouvrière du pays mais n’ont aucun des droits que leur ouvrirait une existence légale. Nombre d’entre eux ont des feuilles de paye, mais un nombre au moins équivalent a probablement aussi travaillé au noir.

Ce qu’ils demandent, leur régularisation par le travail, c’est finalement bien peu pour le patronat et le gouvernement. Et il est indigne qu’il ait fallu pas moins de sept mois de mobilisation pour qu’une partie du patronat et du gouvernement consente enfin à commencer des discussions. Le ministère du Travail, tout de même le premier concerné par cette grève, a mené le petit jeu consistant à se défausser sur le ministère de l’Immigration, jusqu’à devoir lui aussi passer aujourd’hui à table. Ce résultat, sans préjuger de ce que donneront les discussions, est lié à l’acharnement des grévistes. Avec obstination, ils ont tous les jours exercé leur pression collective sur des patrons qui n’hésitent pas à appeler les flics contre des salariés qu’ils ont fait travailler des années. C’est par centaines qu’ils parviennent pourtant ainsi à arracher des « cerfas », ces promesses d’embauche qui prouvent que ces patrons les ont fait travailler, qu’ils ont toujours besoin d’eux et de leur travail, y compris après une régularisation. Ces opérations, les grévistes les mènent avec leurs propres forces, leur propre organisation, leurs propres délégués, aidés certes par des militants syndicaux et par le soutien des 11 syndicats et associations qui ont pris l’initiative du mouvement.

Cette organisation des grévistes par eux-mêmes représente le point fort de cette grève et en restera le principal acquis : les grévistes ont appris bien des choses sur la façon de s’organiser et de se défendre, besoin vital pour l’ensemble de la classe ouvrière, avec ou sans papiers.

15 mai 2010

Lydie GRIMAL

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Numéro 69, mai-juin 2010