Aller au contenu de la page

Attention : Votre navigateur web est trop ancien pour afficher correctement ce site internet.

Nous vous recommandons une mise à niveau ou d'utiliser un autre navigateur.

Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 69, mai-juin 2010

À lire : les médicamenteurs

Mis en ligne le 29 mai 2010 Convergences Culture

Stéphane Horel

Les Médicamenteurs

Labos, médecins, pouvoirs publics :

enquête sur des liaisons dangereuses

Éditions du Moment

313 pages, 19,95 €.


En 2005, François Autain, alors sénateur MRC, a obtenu l’ouverture d’une mission d’information sur « les conditions de mise sur le marché et de suivi des médicaments ». À la parution du rapport, il raconte : « On a appris malheureusement ce que je craignais. Que l’industrie pharmaceutique exerce sur la communauté médicale au sens large et les autorités sanitaires de notre pays une emprise qui, évidemment, porte atteinte à leur indépendance. Au plus grand préjudice des malades et aussi de la Sécurité sociale ». [1]

Les laboratoires pharmaceutiques sont présents à la commission de mise sur le marché, d’évaluation médicale, de fixation du prix et du taux de remboursement, mais aussi dans le parcours et la formation des médecins.

La Haute autorité de santé, organisme chargé d’évaluer les médicaments et de diffuser l’information auprès des professionnels de santé, évalue les médicaments ayant obtenu une autorisation de mise sur le marché (AMM), lorsque le laboratoire qui le commercialise souhaite qu’ils soient remboursables. Des experts leurs attribuent, selon qu’il apporte ou non un progrès clinique par rapport aux médicaments existants, une Amélioration de Service Médical Rendu. Cette dernière sera cotée ASMR I pour un progrès majeur à ASMR IV pour un progrès mineur et ASMR V pour un progrès nul.

En 2008, sur 267 nouveaux médicaments, 239 ont obtenu une ASMR V et donc ont été commercialisés et inscrits sur la liste des médicaments remboursés. Bon nombre des experts qui siègent dans cette commission sont rémunérés par des laboratoires pharmaceutiques. L’indépendance serait un gage d’incompétence... Mieux encore, l’article R163-15 du Code de la Sécurité sociale impose la présence d’un représentant de l’industrie du médicament.

Autre exemple : le comité de lutte contre la grippe compte huit membres collaborant avec Roche, le fabriquant du Tamiflu. Le 8 décembre 2009, le British Médical Journal fait paraître un long article pour expliquer que, si le Tamiflu réduit très modestement les symptômes de la grippe, il n’a pas d’impact positif sur les complications, ni sur la réduction des hospitalisations ou des décès. Cela n’a pas empêché la direction générale de la santé (DGS) française de donner comme consigne aux médecins de le prescrire systématiquement pour les cas suspects de grippe sur proposition des experts.

En 2009, l’entreprise du CAC 40 qui a dégagé le plus de bénéfices, détrônant même Total, est le laboratoire Sanofi-Aventis...

On comprend beaucoup mieux l’origine du fameux trou de la Sécurité sociale que le gouvernement nous sert régulièrement pour dérembourser des médicaments, imposer des franchises, et faire des coupes franches dans le financement des services publics de santé. Un livre passionnant et une véritable mine d’informations et de chiffres. À avoir dans toutes les bonnes bibliothèques.

Anne FONTAINE


[1François Autain, médecin de formation, membre des différents gouvernements Mauroy, siège désormais, d’abord en tant qu’élu MRC (Mouvement républicain et citoyen de Chevènement) puis du Front de gauche (depuis novembre 2008), avec le groupe communiste du Sénat. Il utilise son siège pour dénoncer les dérives de l’industrie pharmaceutique et les liens de celle-ci avec le pouvoir. L’auteur du livre rapporte nombre de ses déclarations tout au long de son enquête.

Mots-clés : | |

Imprimer Imprimer cet article Réagir Réagir à cet article

Abonnez-vous à Convergences révolutionnaires !

Numéro 69, mai-juin 2010