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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 66, novembre-décembre 2009 > DISCUSSION

DISCUSSION

Le NPA et les régionales : Plus unitaire que moi tu meurs !

Mis en ligne le 30 novembre 2009 Convergences Politique

À peine évacuée l’hypothèse d’une alliance électorale avec le Front de gauche, à l’issue de la réunion unitaire nationale Front de gauche-NPA du 10 novembre, le NPA semble reparti pour un second tour de négociations au niveau régional, en même temps qu’un nouveau round au niveau national avec les seuls petits de la gauche de la gauche dite radicale et anti-libérale.

Clivage biseauté

Pour cette dernière réunion unitaire nationale avec le Front de gauche, le NPA s’était efforcé de mettre encore de l’eau dans son vin sur les objectifs ou le programme, en ne faisant que quelques amendements à la proposition d’accord rédigée par le Front de gauche. La démarche avait été majoritairement adoptée, sur proposition de la direction du NPA, à son Conseil politique national des 7 et 8 novembre. L’un des amendements se voulait la pierre de touche montrant aux yeux de tous les travailleurs la différence fondamentale entre PCF et NPA : le refus de l’ensemble des participants aux listes unitaires d’accepter des postes au sein « d’exécutifs qui seraient dominés par le PS et/ou Europe Ecologie qui mènent des politiques d’adaptation au libéralisme ». Une proposition qu’évidemment ni le PCF ni le parti de Melenchon, qui n’aspirent qu’à avoir des postes dans ses exécutifs régionaux, ne pouvaient accepter.

Croire que le clivage ainsi réalisé est démonstratif pour le grand public, c’est se mettre le doigt dans l’œil. D’autant que le NPA compte faire du « battre la droite » un de ses axes de campagne, annoncer d’avance son appel à voter pour la gauche classique au second tour (à condition que le Modem n’en soit pas) et prôner des fusions avec elle qui, même appelées « techniques », ont évidemment un caractère politique.

S’il y a un clivage qui pourrait être démonstratif vis-à-vis des travailleurs, c’est sur le programme qu’on entend défendre dans ces élections, un programme non de gestion mais de défense du monde du travail. Sûrement pas en prenant les négociations par le petit bout de la lorgnette politicienne.

Rebelotte

Suite à l’échec de la réunion unitaire du 10 novembre, l’affaire semblait bouclée.

Mais non ! Il restait les régions elles-mêmes, avec l’espoir de récupérer sur le Front de gauche quelques petites franges de la gauche de la gauche réformiste. Et le round des négociations régionales de repartir un peu dans tous les sens. Si dans certaines régions le même constat de désaccord qu’à l’échelle nationale a été acté, dans d’autres les positions étaient plus élastiques. La résolution proposée par le NPA à la réunion unitaire de la région PACA le 10 novembre donnait de la formule conflictuelle sur les exécutifs une version plus soft que celle proposée le même jour nationalement : au lieu de refuser de participer aux exécutifs dirigés par le PS, parce que ce parti mène une politique libérale, il s’agissait seulement de refuser « de participer à un exécutif dominé par le PS ou EE, qui mènerait [notons le conditionnel !] une politique conforme aux exigences du patronat et de l’Union européenne avec les traités qui la régissent ». Des fois qu’il en mènerait une autre…

À la sauce bourguignonne, les délégations du NPA, du PCF, du PG et de la Fase pouvaient signer, le 11 novembre, un communiqué commun d’unité en bonne voie : « Nous voulons œuvrer dans les prochaines semaines à surmonter les divergences qui sont encore les nôtres quant aux conditions que nous mettons à une participation aux exécutifs régionaux ».

Il est vrai que le PCF lui-même connaît les mêmes cafouillages, puisque le choix national de présenter au premier tour des listes indépendantes du PS, affirmé lors de son Conseil national de fin octobre, n’a été entériné que dans 17 régions sur 22. Quatre autres penchent pour un accord avec le PS et les Bretons attendent janvier pour se prononcer. Ce qui pourrait faire des laissés pour compte, que le NPA local pourrait tenter de glaner. Mais sur quelle base ?

As de pique ?

Pour la réunion unitaire nationale du 16 novembre initiée par le NPA, sans le PCF et le PG cette fois, et à laquelle assistaient la Fase, le FSQP, le MPEP1, les Alternatifs et les Objecteurs de croissance, la direction du NPA avait amené une nouvelle mouture de sa proposition, édulcorée par rapport à celle qu’elle avait fait voter à son CPN. La formule des négociateurs marseillais, ouvrant la possibilité à tous les choix, remplaçait soudain celle votée au CPN huit jours plus tôt.

Mais ces alliés potentiels n’ont-ils pas plus de chance sur les listes du Front de gauche ? Sauf les Objecteurs de croissance, qui semble-t-il n’y tiennent pas, et que, du coup, cette décroissance des exigences du NPA ne peut que décevoir (c’est à leur honneur).

La seule carte à jouer

La seule façon dont un parti, qui veut devenir le parti des travailleurs, le parti de la lutte de classe, peut utiliser les élections, c’est de profiter l’audience que donne une campagne électorale pour populariser auprès des travailleur un programme qui soit le leur, dont ils pourraient s’emparer dans les luttes.

Il ne s’agit donc surtout pas de proposer un « programme régional », qui se cantonnerait à des propositions relevant des « compétences des régions ». Aussi juste que soit le fait de demander plus de crédits pour les lycées, ou la fin des embauches en emplois précaires ou en intérim du personnel des Régions, les transports gratuits ou (même si c’est plus illusoire) revendiquer la récupération des subventions versées par les conseils régionaux aux entreprises qui ont depuis licencié ou fermé boutique. Et il s’agit encore moins de laisser entendre aux électeurs que ce serait là un programme de rupture avec le capitalisme (si tant est que ce mot de « rupture » veuille dire quelque chose), et qu’il leur faudrait envoyer des élus dans les conseils régionaux pour qu’ils y fassent avancer ces mesures.

C’est de la crise que nous devons parler. De la politique non pas des conseils régionaux, mais de l’État dont ils ne sont qu’un petit bout, sans grande liberté de manœuvre, sauf celle d’offrir à une poignée de politiciens une part du budget de l’État à gérer, avec les avantages que cela procure, en même temps que la charge d’augmenter les impôts ou réduire les services publics en fonction des « compétences » que l’État leur refourgue avec plaisir. Et c’est de la politique du patronat, des licenciements, des bas salaires, de la précarité croissante et de la surexploitation des travailleurs corvéables à merci parce que sans papiers.

C’est à cela que notre programme doit répondre, qui ne pourra être imposé, et il faut le rappeler dans toute campagne électorale, que par la lutte.

  • L’interdiction des licenciements. Qui n’est pas une question de loi comme le PCF propose d’en faire adopter une (s’il est un jour majoritaire au parlement ?), mais une question de rapport de force, de lutte d’ensemble des salariés pour l’imposer.
  • L’arrêt des suppressions d’emplois dans les services publics, enseignement, poste hôpitaux, qui est le pendant dans ce secteur là des suppressions d’emplois du privé.
  • Le contrôle sur les comptes de patrons, et les millions d’aides qu’ils reçoivent, que les travailleurs ne peuvent attendre d’aucun « nouveau droit » pour les comités d’entreprises. Mais qu’ils pourraient exercer eux-mêmes dans le cadre d’une mobilisation d’ensemble du monde du travail.
  • Une augmentation générale des salaires et pensions. Qu’il faut chiffrer, 300 € pour tous, pas de salaire et pension nette inférieure à 1 500 €, car c’est la meilleure façon qu’elle devienne une revendication commune à tous, unificatrice pour les luttes.

Un tel programme trancherait avec toutes les promesses électorales du PS ou du Front de gauche auxquelles plus grand monde ne croit. Celui sur lequel pourraient se retrouver toute l’extrême gauche. Celui que peut-être bien des militants syndicaux ou associatifs, ceux qui animent comme ils peuvent dans leurs entreprises les grèves d’aujourd’hui et se sentent souvent lâchés par leur propres directions syndicales, pourraient avoir envie de défendre avec nous.

21 novembre 2009

Olivier BELIN

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