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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 66, novembre-décembre 2009 > DISCUSSION

DISCUSSION

Tribune : Luttes politiques et luttes sociales, les révolutionnaires et la question de l’unité

Mis en ligne le 30 novembre 2009 Convergences Politique

Les colonnes de Convergences révolutionnaires sont régulièrement ouvertes aux militants d’autres courants ou sensibilités politiques. Voici cette fois la contribution d’un camarade de la direction du NPA, également animateur du bulletin Débat révolutionnaire, lequel avait également accueilli en septembre dernier une tribune de la Fraction l’Étincelle de Lutte ouvrière.


Dans la contribution des camarades de la Fraction à Débat révolutionnaire (N°13) Michelle Verdier écrit : « ‘Explorer les possibilités d’un accord unitaire’ avec le PC et le Parti de gauche, comme l’affirme le NPA, pourquoi pas. Mais pour une campagne commune non seulement de dénonciation des effets dévastateurs de la crise mais d’affirmation que les travailleurs doivent y riposter tous ensemble, sur leur terrain de classe et sur un programme précis de mesures vitales. » Pourquoi pas effectivement, la question mérite non seulement d’être posée et débattue, mais effectivement explorer concrètement en en assumant les difficultés, les écueils, les risques.

Et dans le même texte, juste un paragraphe plus haut, Michelle Verdier écrit : « Le NPA envisage donc un ‘accord unitaire’, mais dans un cadre bien peu contraignant, puisqu’il s’adresse à une gauche ‘radicale’ mais aussi ‘ anticapitaliste et antilibérale’… c’est-à-dire pas radicale du tout, puisque ouverte aux ‘ antilibéraux’ partisans d’un capitalisme tempéré !  » C’est en fait le fond de son argumentation pour condamner la démarche exploratoire dans laquelle le NPA avait fait le choix de s’engager.

Peut-être que cette discussion mériterait d’être menée de façon plus rigoureuse. On ne peut dans un même mouvement reconnaître la légitimité qu’il y aurait à rechercher un accord unitaire entre anticapitalistes et antilibéraux et la condamner par avance. Les choses sont de toute évidence plus compliquées sauf de limiter notre politique à l’affirmation de notre propre programme sans chercher à convaincre, à entraîner en s’adressant aux autres forces qui disent vouloir combattre les « effets dévastateurs de la crise » et défendre les intérêts des travailleurs et des classes populaires. Ces forces ne sont pas anticapitalistes, la belle évidence ! C’est bien pourquoi nous devons avoir une politique vis-à-vis d’elles.

Pour les militants qui se réfèrent à l’histoire du mouvement communiste révolutionnaire, au trotskisme, la question du front unique est au cœur de notre politique. Elle part de l’idée que la classe ouvrière est hétérogène tant socialement que politiquement et que pour s’adresser aux travailleurs influencés par les illusions réformistes il ne suffit pas de dénoncer ces illusions mais de chercher, à chaque étape, les points de convergence, les terrains d’action communs à la fois pour entraîner, mobiliser et convaincre, travailler à l’émergence d’une conscience de classe à travers l’action et la confrontation politique. Cela nous le faisons de fait quotidiennement en particulier dans la lutte syndicale, dans les associations…

Est-ce que cette politique peut se mener aussi sur le terrain électoral ? La question ne saurait recevoir par avance de réponse négative. Elle mérite, là encore à chaque étape, d’être explorée concrètement.

C’est ce que nous avons voulu faire. Pourquoi ?

La première et principale raison est qu’une telle politique nous a semblée indispensable pour œuvrer à la convergence des luttes. Il est clair que les premières tentatives de généralisation qui se sont faites à partir des luttes contre les licenciements dans les entreprises des équipementiers de l’automobile se sont heurtées à des limites qui renvoient au niveau de conscience et d’organisation non seulement des travailleurs mais aussi, pour une part, des équipes militantes. Travailler à la préparation d’un mouvement d’ensemble ne saurait se limiter à un volontarisme militant mais passe par une agitation et une propagande la plus large possible autour des exigences des travailleurs et des classes populaires face à la crise. C’est une tâche politique. Utiliser la tribune des élections dans ce but est indispensable. Il serait erroné de flatter des préjugés a- ou antipolitique qui existent parmi bien des militants ouvriers aussi compréhensibles que soient ces préjugés. Nous combattons les préjugés réformistes qui séparent luttes syndicales et lutte politique limitée au cadre institutionnel mais nous ne sommes pas des « économistes » pour reprendre l’expression de Lénine qui limiterait la lutte des travailleurs au terrain de l’usine, au terrain social. La préparation d’un mouvement d’ensemble, de la grève générale politique, exige un travail… politique. La lutte politique dans le cadre électoral, y compris des institutions bourgeoises s’inscrit dans ce travail. Préparer un mouvement d’ensemble, c’est œuvrer à changer le rapport de force politique. Les luttes, la grève sont une arme déterminante mais pas unique.

La politique de front unique y participe en particulier dans les périodes de recul comme celle que nous connaissons.

Face à l’offensive politique de la droite et du patronat et aux capitulations de la gauche libérale, il est juste et nécessaire d’explorer les possibilités d’unir les forces qui disent vouloir résister à cette offensive, la combattre. Engager une telle politique implique d’être disponible à la constitution d’un front durable qui n’aurait pas pour seul but les élections mais qui explorerait les possibilités d’action commune sur le terrain des luttes et des mobilisations.

Est-ce que cela veut dire vouloir construire un parti du type Die Linke ? Non bien évidemment. Pour la grande majorité du NPA il n’en est pas question. La politique d’unité s’accompagne d’une pleine indépendance de notre parti. Le front unique suppose la pleine liberté de chaque composante pour défendre ses propres orientations, perspectives, objectifs.

De ce point de vue, la campagne pour le Non au référendum de 2005 en a été une illustration. La LCR, à l’époque, avait su garder sa pleine indépendance malgré au départ de la campagne une certaine confusion.

Il est clair que les révolutionnaires seront impuissants à construire ne serait-ce que l’ébauche d’un parti si nous ne sommes pas capables de prendre les risques d’une telle politique. Les risques oui, car bien sûr il y a des risques. Les risques de subir les pressions opportunistes qui plaident pour l’unité pour l’unité, les risques de tendances gauchistes qui se nourrissent des faiblesse et hésitations, des difficultés. Mais il n’y a pas d’autre réponse à ces risques que de s’investir dans la bataille, que d’avoir confiance dans les militants, les travailleurs pour ensemble faire l’expérience, mener la bataille, contribuer à ce que le parti lui-même gagne en force, en indépendance politique, en capacité d’intervention, en confiance.

Personne ne niera que dans cette politique le NPA a connu des faiblesses, des hésitations mais faut-il encore savoir de quel point de vue on discute de ces faiblesses. Il n’y a pas de parti sorti tout armé de la cuisse du Jupiter de la révolution, un parti se construit, s’aguerrit à tous les niveaux de responsabilité en s’engageant dans les batailles nécessaires, en étant capable à chaque étape de faire les bilans quand le temps des bilans est venu, de corriger le tir, de savoir sauvegarder son unité dans les moments les plus difficiles. Etre capable de cette solidarité démocratique n’est-ce pas la responsabilité des militants les plus conscients ?

Et quelles qu’aient pu être nos faiblesses, la majorité du NPA a gardé le cap sur l’essentiel, l’indépendance vis-à-vis du PS et des institutions, le refus de participer à une nouvelle mouture d’union de la gauche au niveau des régionales, le refus de brader les intérêts des classes populaires pour constituer des majorités de gestion de toute la gauche. Le Front de gauche a considéré ce refus comme un point de rupture. Dont acte.

Il aurait été possible de réaliser l’unité des antilibéraux et des anticapitalistes à condition que les premiers ne sacrifient pas ce qu’ils disent être leur programme à des combinaisons parlementaires. Cela n’a pas été le cas. C’était écrit dans le grand livre de l’histoire ? Non, rien n’est écrit par avance et fallait-il encore en faire la démonstration vis-à-vis de celles et ceux qui s’interrogent, qui hésitent, vis-à-vis des militantes et militants du NPA qui veulent sincèrement l’unité pour changer le rapport de force.

Une nouvelle étape commence. Elle exige de tirer les enseignements des discussions avec les antilibéraux pour renforcer le NPA afin qu’il devienne réellement un parti enraciné dans le monde du travail, instrument des luttes des travailleurs, de leur émancipation, de leur unité autour de leurs propres exigences et perspectives, un parti démocratique, révolutionnaire.

Yvan LEMAITRE, membre de la direction du NPA, animateur de Débat révolutionnaire

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