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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 66, novembre-décembre 2009 > DOSSIER : La grève des travailleurs sans papiers

DOSSIER : La grève des travailleurs sans papiers

La grève des travailleurs sans papiers

Mis en ligne le 30 novembre 2009 Convergences Politique

Depuis le 12 octobre, un nouveau mouvement de grève de travailleurs sans papiers, après celui de 2008, ne cesse de prendre de l’ampleur : plus de 5 500 grévistes, essentiellement regroupés en Île-de-France, mais venant de 38 départements, 1 800 entreprises, principalement du nettoyage, de la restauration, du bâtiment, de l’intérim. Auxquels se sont jointes des femmes qui travaillent au noir dans le secteur de l’aide à la personne.

Une grève inédite

Le mouvement de cet automne, donc, prend le relais des grèves de 2008, qui avaient permis la régularisation d’environ 2 800 travailleurs par la CGT, patronat et gouvernement ayant alors cédé entre autres sur le critère de trois ans de présence pour les grévistes (et pas cinq) et sur l’ouverture de discussions sur l’intérim, secteur où toute régularisation par le travail était auparavant exclue. Si le gouvernement avait admis quelques critères plus souples de régularisation en 2008, sous la pression de la lutte, les grévistes et les militants de la CGT qui les avaient aidés avaient dû néanmoins déposer des dossiers individuels de demande, exigeant la participation patronale (dont financière, de 980 euros par travailleur), et ensuite affronter l’arbitraire des préfectures. Certains grévistes s’étaient vu rejeter leur dossier dans une préfecture alors qu’un dossier similaire était accepté par une autre… ou la même préfecture avait traité différemment les dossiers de salariés d’une même entreprise, aux parcours similaires.

C’est pour protester contre cet arbitraire que cette fois-ci en 2009, non seulement la CGT et Droits Devant, mais en tout cinq syndicats (CGT, SUD, FSU, CFDT et l’UNSA) et six associations (LDH, Cimade, RESF, Femmes Egalité, Autremonde et Droits devant !) ont adressé un courrier le 1er octobre au premier ministre Fillon, réclamant une circulaire définissant « une procédure sécurisée et standardisée quel que soit le département », « des critères améliorés, simplifiés, appliqués dans l’ensemble du territoire national ». Les signataires affirmaient également vouloir traiter les questions importantes, laissées jusque-là en suspens, des femmes dans l’aide à la personne (les « nounous » de bien des gosses de ce pays !), de bien d’autres travailleurs au noir, sans fiches de paie et donc sans possibilité de déposer une demande en préfecture, et enfin de travailleurs algériens ou tunisiens entre autres, qui ne peuvent prétendre à une régularisation par le travail comme d’autres, sous prétexte d’accords bilatéraux entre États.

Moins de deux semaines après l’envoi de cette lettre éclatait la vague des grèves actuelles, l’Acte II, après l’Acte I déclenché par la CGT en 2008.

Cette fois, la grève ne s’est pas organisée seulement entreprise par entreprise. Il y a des piquets de sites, certes. Mais les grévistes sont rattachés à des pôles liés aux secteurs d’activité les plus friands en salariés en situation dite irrégulière (sans titre de séjour) : nettoyage, restauration, BTP, intérim. C’est là aussi qu’ils se retrouvent, pointent, discutent et s’organisent – ce qui permet à des grévistes isolés dans des entreprises souvent petites, de rallier néanmoins la grève. Et à la grève de grossir jour après jour. Les grévistes qui constituent les piquets d’une multitude de sites ont élu des délégués qui se réunissent au moins deux fois par semaine au siège de la CGT à Montreuil, avec les représentants de l’ensemble des syndicats et associations qui soutiennent et organisent le mouvement. Soit environ 300 délégués en général, qui représentent 5 500 grévistes et viennent faire ensemble le point.

Gouvernement et des patrons ont cherché à durcir. L’an dernier, des grévistes arrêtés lors de contrôles de police étaient libérés sur intervention de la CGT. Cette fois, le gouvernement n’a pris aucun engagement et malgré l’intervention de la Cimade ou de RESF, des grévistes sont restés détenus et menacés d’expulsion. Des patrons, eux, font appel à la justice pour obtenir des grévistes qu’ils évacuent les lieux qu’ils occupent : par des procédures accélérées dans lesquelles il n’est fait aucune mention de la grève, mais du respect de la propriété privée. Cela, bien que les grévistes aient fourni aux huissiers les noms de personnes travaillant effectivement pour l’agence ou le chantier, et qui sont grévistes. Mais peu leur importe et les patrons obtiennent rapidement l’intervention de la police pour faire appliquer ! Ou ne s’embarrassent d’aucune décision de justice pour faire intervenir la police !

Ainsi le 2 novembre, le chantier de la tour First (ex-tour Axa) à La Défense, occupé depuis 7 heures du matin, a été évacué le jour même sans décision de justice, sur ordre de la préfecture de police de Paris et à la demande de Bouygues. De très nombreuses évacuations (plusieurs par semaine pour l’intérim) n’ont pas découragé les grévistes qui ont riposté aussitôt par de nouvelles occupations. Le nombre des piquets n’a pas diminué, et le nombre des grévistes a augmenté.

18 novembre 2009

Lydie GRIMAL


À quand vraiment du nouveau ?

Il est maintenant évident que l’arrêt de travail de plus de 5 500 travailleurs commence à déranger le patronat. C’est ce que le maire de Paris, Bertrand Delanoë (qui par ailleurs a exprimé sa solidarité avec les grévistes), souligne : « le non règlement de ce conflit perturbe l’activité économique de la capitale ».

Pour répondre à l’agacement patronal, le gouvernement a fait une « proposition de texte » croyant peut-être mettre un terme au conflit à peu de frais. Mais elle est loin de satisfaire les grévistes. Leur pression a permis de faire quelques pas en avant : les conditions de régularisation des salariés de l’intérim seraient assouplies. Les agents de sécurité auraient désormais la possibilité d’être régularisés par le travail, ce qui n’était pas le cas jusqu’à présent.

Mais pour les grévistes comme pour les onze organisations syndicales et associatives qui les soutiennent, c’est loin du compte. Le ministère de l’immigration maintient un certain nombre de conditions de régularisations inacceptables pour eux. Ils tiennent à ce que figure noir sur blanc : les trois ans (et pas plus) de présence obligatoire, la prise en compte du travail au noir, en particulier le cas des femmes qui travaillent dans l’aide à domicile. Ils tiennent à ce que soient régularisés comme les autres les travailleurs de nationalités tunisienne et algérienne.

À ce jour, les travailleurs sans papiers sont déterminés à continuer le mouvement. Chaque jour celui-ci se fortifie, trouve de nouveaux grévistes.

S.L.


Première grève d’une telle ampleur dans l’intérim

Les grévistes de l’intérim, au total plus de 1 300 scrupuleusement et régulièrement décomptés par leur comité de grève, se sont organisés. Chaque piquet de site a élu ses délégués. Ils sont 120 environ, dont 80 se retrouvent tous les matins au comité de grève – qui a voyagé au rythme de quelques évacuations, mais nullement faibli ! Sur les piquets, les délégués assurent le pointage des grévistes, qui peuvent être plusieurs centaines dans certaines agences occupées. Compte précis et suivi des grévistes au jour le jour, agence par agence ! Les délégués y discutent de l’avancée, ou pas, des négociations avec le gouvernement, mais également de tous les problèmes concrets qui se posent à eux : façon de réagir à la venue d’huissiers ou de forces de police sur les piquets, importance des collectes dans la rue par les grévistes pour faire connaître leur mouvement et permettre à la population de manifester son soutien, gestion des absences de certains grévistes sur les piquets et conscience de l’investissement nécessaire dans la grève. Une expérience d’organisation la plus démocratique possible, précieuse pour l’avenir, quand régularisés, ces travailleurs continueront à se défendre contre l’exploitation quotidienne.

L.G.


Sans papiers ? Pas tant que ça !

Celui qui manque, c’est l’autorisation de séjour sinon il y a passeport, loyers, fiches de paie avec cotisations sociales, etc.

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