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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 66, novembre-décembre 2009

A lire

Mis en ligne le 30 novembre 2009 Convergences Culture

Traqueurs et traqués : les tragédies de l’immigration vues par un écrivain français


Laurent Gaudé

Eldorado

2007, en poche depuis 2009, J’ai lu, 6 €.


Deux histoires, deux hommes et deux continents se croisent dans ce roman. Salvatore, commandant dans la Marine italienne, fait la chasse aux navires qui tentent d’atteindre la « citadelle Europe ». Abordé par une jeune femme qui, deux ans plus tôt, son enfant mort dans les bras, dérivait dans une embarcation abandonnée par des passeurs peu scrupuleux et interceptée par lui, Salvatore décide de tout abandonner : son travail d’abord puis son pays et son identité.

Mais c’est surtout le récit du jeune Soleiman qui est prenant : lancé à l’assaut de l’Eldorado européen, au risque de sa vie, il traverse la moitié de l’Afrique, du Soudan au camp de Ceuta et affronte la peur de la mort et de l’échec. L’écriture à la fois poétique et directe de L. Gaudé parvient à se faire l’écho de ceux qui tentent tout et souvent perdent beaucoup. L’auteur sait dire la déchirure de quitter les siens pour un avenir incertain, les peurs, les obstacles périlleux bien réels comme les doutes qu’il faut surmonter.

À l’heure où les dirigeants veulent faire de l’Europe une forteresse infranchissable et expulsent ceux à qui ils refusent des papiers, Eldorado est une saine lecture.

Blandine MESNIL

À la mémoire du peuple aborigène d’Australie


Chloé Hooper

Grand homme - Mort et vie à Palm Island

Christian Bourgois éditeur, 2009, 24 €


Chris Hurley, un policier australien blanc, tue un aborigène, Cameron Domadgee, après l’avoir interpellé et arrêté arbitrairement. Il s’agit d’un authentique « fait divers », datant de 2004, une de ces bavures policières dont les victimes sont les aborigènes. Le meurtre de Cameron a eu lieu à Palm Island, île perdue du nord-est de l’Australie, et ancienne prison à ciel ouvert gérée par des missionnaires protestants qui « rééduquaient » les aborigènes rebelles à l’ordre colonialiste.

Chloé Hooper, journaliste et romancière australienne, va suivre minutieusement l’enquête et l’instruction de 4 ans qui mènent au procès du policier, finalement innocenté, et ainsi rendre compte du racisme, de la ségrégation, des injustices et de la violence dans lesquels vivent les aborigènes aujourd’hui. Elle souligne au passage le cynisme des gouvernements australiens et leur hypocrite « Réconciliation ».

Le récit de Chloé Hooper mêle avec justesse le rapport d’enquête, l’investigation personnelle sur les motivations et le paternalisme de ce policier, surnommé « Grand Homme » car il mesure plus de 2 mètres, et enfin le récit historique relatant la lente et cruelle destruction de tout un peuple par un ordre colonial qui se perpétue encore aujourd’hui. Ni roman ni simple enquête : ce témoignage d’une journaliste qui abandonne par moment son statut de témoin pour celui de partie civile, nous fait pénétrer et partager les attentes et le désespoir de l’entourage de Cameron, en la mémoire duquel est écrit ce récit.

Un beau livre, sincère et révoltant.

Bl. M.

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