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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 75, avril-mai 2011 > DOSSIER : Le nucléaire en question

DOSSIER : Le nucléaire en question

La société capitaliste à la lumière de la catastrophe japonaise

Mis en ligne le 22 avril 2011 Convergences Monde

Suite au tsunami du 11 mars dernier, le bilan humain, début avril, était de 10 000 morts et 16 000 disparus. À la catastrophe naturelle est venue s’ajouter l’accident nucléaire. Le tsunami a mis hors service le système de refroidissement de la centrale de Fukushima Daiichi, entraînant une fusion partielle du cœur de trois réacteurs et le dégagement d’hydrogène.

L’évacuation de ce gaz a provoqué les explosions qui ont soufflé deux bâtiments sous les caméras du monde entier, dispersant des rejets radioactifs. Certes le pire, la perte totale de confinement du cœur d’un réacteur (comme à Tchernobyl, où c’est le réacteur lui-même qui avait explosé), a été jusqu’ici évité. Mais les milliers de tonnes d’eau déversées par des moyens de fortune pour tenter de refroidir les stockages de combustible usé et les réacteurs endommagés ont déjà gravement contaminé l’environnement, et pour longtemps. Il s’agit donc bien d’une catastrophe nucléaire majeure.

Des mensonges et des médailles

Dans la préfecture de Fukushima, les habitants se souviennent encore des promesses de Tepco et du gouvernement venus chercher leur soutien lors de la construction de la centrale, il y a quarante ans : « Quand ils sont venus, ils nous ont dit qu’il n’y aurait jamais d’accident. Ils ont vraiment utilisé le mot ‘jamais’. Alors maintenant, nous sommes tous très en colère. Je n’ai pas de mots pour exprimer ma colère » [1].

Parmi les réfugiés qui s’entassent dans les gymnases de la région, beaucoup ont un proche, liquidateur ou pompier à la centrale, dont ils sont souvent sans nouvelles depuis plusieurs semaines. Le discours officiel du gouvernement en a déjà fait des héros, salue leur courage et promet des médailles. En attendant, il les cache. Ils n’ont pas de visage, comme ces salariés irradiés pour avoir marché sans protection adéquate dans de l’eau contaminée, et qu’on a fait sortir de la centrale cachés des regards derrière une bâche tenue par d’autres employés. Les consignes de Tepco et du gouvernement sont strictes : ni interviews ni contacts réguliers avec les familles.

À Tokyo, le médecin en charge des contrôles d’irradiation des « liquidateurs » rapporte que, d’après ses patients, Tepco ne respecte absolument pas les consignes de sécurité : « []On a pourtant donné beaucoup de conseils [à Tepco], on a dit qu’il ne fallait pas qu’ils restent sur le site plus de cinq heures, on leur a expliqué tout ça. […] Ils n’appliquent pas du tout les règles ». [2]

De la « vengeance céleste » à l’incurie du gouvernement

« Lors d’une allocution publique, le gouverneur de Tokyo […] a assimilé le tremblement de terre et le tsunami à une “vengeance céleste”. Il y a vu un jugement divin venant sanctionner “l’individualisme rampant”, “le matérialisme” et “le culte de l’argent”. » [3] À croire qu’il décrivait le conseil d’administration de Tepco ou les hautes sphères de l’État !

À l’inverse, la population japonaise s’est distinguée par son abnégation et son courage face à l’incapacité manifeste de l’État d’organiser véritablement les secours. Une semaine après la catastrophe, 500 000 personnes n’a­vaient toujours reçu aucune aide matérielle. Et, tandis que des dizaines de travailleurs risquaient leur vie pour éviter une catastrophe majeure à la centrale de Fukushima, l’aide aux réfugiés est venue d’habitants, d’associations… et même des Yakuza ! [4]

L’évacuation de la zone de 20 kilomètres autour de la centrale de Fukushima s’est faite dans une désorganisation totale : « Ceux qui sont partis dans la précipitation juste après le séisme n’ont pas été pris en charge, et certains sont revenus. D’autres sont restés, pensant que s’ils partaient, ils perdraient leur droit à une indemnisation » [5].

Le gouvernement a su choisir ses priorités, par exemple en se portant au chevet des grandes banques et des entreprises immédiatement après la catastrophe et en leur versant sous forme de prêts à taux préférentiel 40 000 milliards de yens (350 milliards d’euros). Il s’agissait là « d’une mesure préventive face à la dégringolade des marchés » et « d’empêcher une détérioration du climat des affaires ». [6]

Claude RISSET


[1Japon : Nucléaire, la filière du silence. « Envoyé spécial », 14 avril 2011, France 2.

[2Ibid.

[3« La maison Japon se fissure », H. Harootunian, Le Monde diplomatique, avril 2011.

[4« Yakuza to the Rescue », Jake Adelstein. The Daily Beast, 18 mars 2011. Se substituant à l’État, et avec l’accord tacite de celui-ci, la mafia japonaise a mis des hébergements à la disposition de réfugiés et a affrété des convois de denrées alimentaires et de vêtements !

[5« Le nouveau visage d’Honshu, entre un nord dévasté et un sud épargné », Philippe Pons. Le Monde daté du 29 mars.

[6Cité par Lutte Ouvrière du 18 mars.

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Numéro 75, avril-mai 2011

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