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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 75, avril-mai 2011

Angleterre : la classe ouvrière manifeste massivement

Mis en ligne le 22 avril 2011 Convergences Monde

La manifestation appelée dans les rues de la capitale britannique le 26 mars dernier par la confédération syndicale TUC a été un énorme succès. Elle avait été organisée pour protester contre les mesures d’austérité du gouvernement de coalition conservateurs/libéraux-démocrates dirigé par David Cameron. Arrivées à pied, en voitures mais aussi à bord de 830 autocars et de 10 trains spéciaux, entre 250 000 et 400 000 personnes ont occupé les rues londoniennes dans le cadre d’une mobilisation considérée comme une des plus importantes de ces dernières décennies. Elle rappelait par certains côtés celle du 31 mars 1990 qui avait vu 250 000 personnes s’opposer à la police sur Trafalgar Square pour protester contre la nouvelle taxe d’habitation (poll tax) instaurée par Margaret Thatcher et qui pénalisait lourdement les plus pauvres. Cette manifestation avait d’ailleurs été le premier pas qui allait conduire la Dame de Fer, lâchée par son propre parti sur la question, à démissionner en novembre de la même année.

Le plan d’austérité du gouvernement Cameron

Le 26 mars dernier l’ambiance était nettement plus détendue mais la détermination des manifestants pas moins grande. Il faut dire que le gouvernement britannique, qui a commencé à démanteler les services publics à l’échelle nationale et locale, a annoncé un plan d’austérité qui, d’ici 2015, devrait se traduire par une ponction de 81 milliards de livres sterling (92 milliards d’euros) sur les dépenses publiques et une augmentation de 30 milliards de livres sterling (34 milliards d’euros) des impôts. Cela va notamment conduire à la suppression de 300 000 emplois dans les services publics, le blocage des salaires mais aussi la fermeture d’hôpitaux, d’écoles, de crèches, de bibliothèques... sans oublier le doublement ou le triplement des frais d’inscription dans les universités contre lesquels les étudiants se sont massivement mobilisés à plusieurs reprises à l’automne dernier.

Tergiversations des dirigeants syndicaux

Depuis 2007 et le début de la crise économique, le TUC n’avait guère tenté de mobiliser les salariés contre l’État et le patronat qui profitaient de la situation pour licencier, rogner sur les salaires, remettre en cause les avantages acquis, installer la précarité. Avant la formation du gouvernement Cameron, en mai 2010, le TUC ne voulait surtout pas gêner ses alliés travaillistes au pouvoir. Après la défaite de ces derniers aux élections législatives de l’an dernier la tactique des bonzes syndicaux a été de tenter de faire pression sur les libéraux-démocrates pour que ces derniers rompent leur alliance avec les conservateurs et forment un gouvernement avec les travaillistes. Sans succès.

Finalement, en septembre dernier, face à l’impatience de certains secteurs de la classe ouvrière qui allaient être directement touchés par les licenciements (notamment les employés communaux) le TUC appelait à une manifestation nationale pour le 26 mars, en justifiant le long délai de sept mois par le fait qu’il fallait du temps à la population pour prendre conscience de la politique néfaste du gouvernement en place.

Comme en France ou en Grèce…

Mais les dirigeants syndicaux eux-mêmes ne croyaient pas trop au succès de cette manifestation lancée par un mouvement syndical en plein recul (le nombre de syndiqués est passé de 13 millions en 1979, à l’époque de l’avènement de Thatcher, à 6,5 millions aujourd’hui). Derek Simpson, une des leaders de Unite, un des plus puissants syndicats (1,5 million de membres) affiliés au TUC, expliquait que ce qui se passait en France ou en Grèce ne pouvait pas arriver au Royaume Uni car « nous (les Britanniques) n’avons pas la même nature volatile que les Français et les Grecs ». Et leurs prévisions les plus optimistes tablaient sur au mieux 100 000 participants.

Mais ce chiffre a été très largement dépassé et ce malgré le fait que le TUC n’ait tenté de mobiliser que le seul secteur public, laissant les salariés du privé livrés à eux-mêmes et se débrouiller seuls pour venir manifester. Ce qui n’a pas empêché des dizaines de milliers d’entre eux de se joindre à la manifestation, rejoints par des travailleurs indépendants comme les chauffeurs de taxis, les organisations féministes, les associations locales contre les restrictions budgétaires, les groupes de soutien aux handicapés mais aussi les jeunes – travailleurs ou chômeurs, précaires ou étudiants, apprentis ou lycéens.

Cela dit, le TUC s’est refusé à offrir une perspective quelconque à une telle mobilisation. Si, à la tribune, quelques leaders ont parlé d’aller plus loin, ils se sont bien gardés de mettre en avant des objectifs tant soit peu concrets et unitaires aux mobilisations futures. Par exemple, Dave Prentis, le dirigeant d’Unison, le puissant syndicat du secteur public, a conclu son discours en affirmant : « Nous devons manifester par milliers... mais voter par millions pour mettre fin une fois pour toutes à ce gouvernement de coalition ». Hors des urnes, point de salut. Quant au leader travailliste Ed Miliband, hué par une partie des participants, il a déclaré sans détour : « Nous avons besoin de couper dans les dépenses publiques mais ce gouvernement va trop loin dans ce domaine ». Bref la population laborieuse sait à quoi elle doit s’attendre si le Labour Party revient au pouvoir.

En fait, effrayés par le succès de leur initiative, les bureaucrates syndicaux britanniques n’iront sans doute pas plus loin. Reste à savoir ce que fera la classe ouvrière.

3 avril 2011

Léo STERN

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Numéro 75, avril-mai 2011

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