Aller au contenu de la page

Attention : Votre navigateur web est trop ancien pour afficher correctement ce site internet.

Nous vous recommandons une mise à niveau ou d'utiliser un autre navigateur.

Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 44, mars-avril 2006 > DOSSIER : L’immigration, cible des démagogues

DOSSIER : L’immigration, cible des démagogues

La politique des barbelés

Mis en ligne le 11 mars 2006 Convergences Politique

La politique d’immigration des grandes puissances européennes a été tristement illustrée au début du mois d’octobre dernier, par la répression contre les milliers de ressortissants d’Afrique subsaharienne, massés aux portes des enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla, au Maroc, points de passage pour l’entrée sur le sol européen. L’assaut a été mené conjointement par les forces espagnoles et marocaines, tirant sur tous ceux qui essayaient de franchir les barbelés. Au bilan officiel, au moins dix morts par balle, des dizaines de blessés graves, et plusieurs centaines de déportés abandonnés, sans eau ni vivres, dans le désert du Sahara.

Le rêve d’évasion de la misère fait place à un véritable cauchemar. Rançonnés par les passeurs ou l’armée, contraints à de longues marches dans le désert - l’errance entre Algérie et Maroc dure parfois plusieurs années -, puis à l’attente interminable dans les forêts à quelques kilomètres des grillages, nombreux sont les migrants qui ne survivent pas au parcours. Les naufrages d’embarcations de fortune, au large des Canaries, dans le détroit de Gibraltar ou le long des côtes de Lampedusa (au large de la Tunisie), ajoutent leur lot de victimes, faisant de la mer un véritable cimetière.

Les États de l’UE délèguent une bonne part du sale boulot aux pays de transit, Maroc, Égypte, Libye. L’Italie par exemple, a conclu un accord avec la Libye comprenant la livraison de matériel - véhicules, canots Zodiac, lunettes infrarouges, et jusqu’à un millier de sacs mortuaires ! - pour traquer les clandestins qui tenteraient de rejoindre la Sicile...

Récemment encore, on a pu voir un autre exemple sanglant de « l’externalisation » de la répression par les États européens avec l’assaut donné contre des réfugiés soudanais au Caire, en Égypte. Ils étaient 3 500 à camper depuis trois mois devant le siège du HCR (Haut Commissariat aux Réfugiés, dépendant de l’ONU) pour réclamer leur transfert vers les pays occidentaux. La dispersion du campement de fortune par les policiers égyptiens a été d’une rare violence. Ils ont d’abord arrosé les réfugiés avec de puissants canons à eau, et les ont ensuite chargés à coups de matraque. Les autorités font état de 27 morts et une cinquantaine de blessés mais, selon les organisations humanitaires, ce chiffre serait très largement sous-évalué.

Le scandale des prisons pour immigrés

L’autre face de la politique actuelle d’immigration des États européens est illustrée par le sort réservé aux clandestins parvenus sur leur territoire. De véritables prisons où les immigrés sont détenus dans les conditions les plus abjectes sont apparues ces dernières années.

La France possède 18 centres de rétention, créés à partir de 1981. Situés notamment dans les ports et aéroports. La journaliste Anne de Loisy avait publié l’année dernière un livre relatant ce qu’elle avait vu durant la période de six mois durant laquelle elle s’était engagée comme médiatrice pour la Croix-Rouge dans le centre de Roissy. Elle faisait état de brimades à répétitions, de conditions sanitaires exécrables, d’absence totale d’aide juridique. Et, dernièrement, le rapport Gil-Robles, émis par l’Union européenne, condamnant les conditions générales d’incarcération dans les prisons françaises, reprend les mêmes accusations et qualifie en particulier le centre de rétention du sous-sol du Palais de justice à Paris de « catastrophique et indigne », plaçant des personnes dans des « conditions inhumaines et dégradantes  ».

Un journaliste italien, Fabrizio Gatti, a dénoncé au mois de septembre dernier les conditions de détention des migrants sur l’île de Lampedusa où, se faisant passer pour un candidat à l’immigration, il a été retenu une semaine. D’après son récit, le centre de rétention tient plutôt du véritable camp de concentration. Il raconte les humiliations, brimades et actes racistes infligés par les gardiens. Les conditions sanitaires de ce centre - prévu pour 190 personnes mais régulièrement surpeuplé, puisque l’île a reçu quelque 15 000 boat people depuis un an - sont catastrophiques. Il affirme que ni lui ni aucun des immigrants qu’il a vus n’a reçu l’assistance juridique minimum prévue par la législation.

« Harmonisation » de la barbarie

Le dernier épisode en date de l’édification d’une Europe forteresse s’est déroulé le 13 janvier dernier à Vienne, réunissant les 25 ministres de l’Intérieur des pays membres. Outre les mesures visant à harmoniser la pratique des différents États (normes communes d’accueil des réfugiés, « charters européens » communs, etc.), cette réunion a décidé la création de « programmes de protection régionaux » (PPR) près des pays d’origine de l’immigration. Il s’agit de créer des camps de réfugiés afin que le problème puisse être « traité » directement par les pays pauvres. Des projets pilotes seront lancés dès 2006 en Tanzanie, en Biélorussie, en Ukraine et en Moldavie avant, selon les vœux de nombreux pays, dont la France, de les étendre à l’Afrique du Nord et à la Corne de l’Afrique.

Les gouvernements de l’UE fournissent les armes, le matériel, les infrastructures et même un brevet de bonne conduite et de respect des « droits de l’homme », avec le projet d’une liste de « pays sûrs » pour accueillir les immigrés expulsés. En échange les États des pays d’origine ou de transit se chargent de procéder à la sale besogne, loin des yeux des belles « démocraties » occidentales.

Yves LEFORT

Mots-clés :

Imprimer Imprimer cet article Réagir Réagir à cet article