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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 44, mars-avril 2006

L’école au kärcher ?

Mis en ligne le 11 mars 2006 Convergences Politique

Depuis l’agression d’une enseignante d’Étampes en décembre dernier, la question de la violence à l’école devient omniprésente. Les agressions d’enseignants ou surveillants ont semblé se multiplier au cours des mois de janvier et février. Résultat de la contagion médiatique, qui aurait « donné des idées » aux élèves les plus durs ? En partie peut-être. Mais cela ne suffit pas à expliquer cette apparente et soudaine flambée. C’est bien plutôt le problème du manque des moyens donnés à l’école qui est dramatiquement posé.

Depuis des années, le nombre d’adultes présents dans les établissements scolaires ne cesse de chuter. Selon la FSU (syndicat enseignant), il y avait 13 000 adultes en moins à la rentrée 2003, 10 000 en moins à la rentrée 2004 et 6 600 en moins à la rentrée 2005. Les postes aux concours d’enseignement sont en constante diminution. Ainsi, celui de professeur des écoles (instituteur) offrira cette année 1 500 postes de moins que l’an dernier alors que les écoles primaires attendent 42 700 élèves supplémentaires à la rentrée prochaine ! Les surveillants sont en voie de disparition : leur ancien statut qui permettait de faire des études en même temps n’existe plus et les nouveau contrats sont de plus en plus précaires. Les personnels recrutés pour faire de la surveillance le sont en ce moment sous la forme de CAE (Contrats d’accompagnement à l’emploi, les contrats Borloo) soit un mi-temps renouvelable tous les six mois. Ce manque d’adultes explique pour une bonne part la dégradation du fonctionnement des établissements scolaires.

Bien sûr, même avec d’autres moyens, l’école ne pourrait pas régler tous les problèmes qui la dépassent, ni la misère sociale ni la misère morale qui en découle, auxquelles enseignants et élèves sont aujourd’hui confrontés. C’est le manque d’avenir de cette jeunesse, la « promesse » du chômage et de la précarité, qui sont en cause. Mais davantage de moyens permettraient au moins d’établir d’autres relations avec les élèves : des classes moins nombreuses, où les enseignants pourraient être plus disponibles pour chaque élève, des heures de soutien scolaire, des surveillants plus présents pour assurer la sécurité des élèves dans les couloirs. Car, on l’oublie parfois, la violence, ce sont avant tout les jeunes qui la subissent dans les établissements les plus difficiles.

Économies et répression

Voilà qui est à mille lieues des préoccupations du ministre de l’Éducation Gilles de Robien. Pour lui, répression et économies de moyens sont les maîtres mots de la situation.

Il encourage les enseignants à porter plainte ! Une manière de confirmer l’impuissance de l’Éducation nationale face à des faits aussi graves. Quand les enseignants portent plainte, c’est qu’il est déjà trop tard.

De Robien propose aussi l’installation de permanences de la police et de la justice à l’intérieur des établissements scolaires. Une bonne manière de tendre encore plus l’ambiance dans les collèges et lycées difficiles. Autre proposition, d’un ridicule achevé cette fois : mettre des notes de comportement qui compteraient dans la moyenne ! Comme si des notes pouvaient faire peur aux élèves les plus déjantés...

Du côté des économies qu’il faudrait - encore - faire, de Robien veut lutter contre la « dilution des moyens ». Autrement dit, il veut déshabiller Pierre pour habiller Paul. Sous prétexte de tirer le bilan des ZEP, les Zones d’Éducation Prioritaires, certains collèges seraient exclus du dispositif. Cela veut dire du personnel et des heures d’enseignement en moins. D’autres seraient au contraire classés « Ambition Réussite », un cadeau... empoisonné.

Résultat prévu : des centaines de collèges rayés des ZEP d’ici trois ans et une demi-heure de cours en moins pour tous les élèves de 5e et de 4e, l’équivalent de 1 400 emplois de profs en moins. Les lycées, de la seconde à la terminale, sont, pour le moment, épargnés, mais sans plus de garantie qu’ils soient maintenus en éducation prioritaire.

Tout cela se réduit donc à une tentative pour diviser les établissements scolaires et les mettre en concurrence les uns contre les autres.

Les enseignants en colère... pas assez !

Les enseignants repoussent les mesures répressives proposées par le gouvernement pour insister au contraire sur le manque de moyens éducatifs. Des collèges et des lycées ont usé du droit de retrait ou se sont mis en grève suite à des agressions. Dans le département de la Seine-Saint-Denis, des établissements ont été occupés, la nuit, par des enseignants pour dénoncer la réforme des ZEP annoncée.

Ce type d’action a la faveur des médias, ce qui est le but recherché. Mais il montre aussi les limites de la combativité. Beaucoup d’enseignants ne sont pas encore prêts à se lancer dans un mouvement de grève et sont à la recherche de moyens d’action alternatifs.

Dans le 93, une journée de grève le 26 janvier a été relativement bien suivie dans les écoles primaires et les collèges du département. De Robien s’est empressé de déclarer qu’aucun collège du 93 ne serait exclu du dispositif ZEP. Une petite victoire mais suivie d’une nouvelle tentative de division, car il maintient bien sûr l’intégralité de son plan pour le reste du territoire.

Les manifestations de toute la fonction publique du 2 février, à l’échelle nationale cette fois, étaient en majorité formées d’enseignants. D’où les slogans tels que « moins de Robien, plus de moyens » ou « rendez-nous les moyens qu’on n’a jamais eus » ! Le mouvement naissant contre le CPE et la précarité va-t-il être l’occasion prochaine de faire monter la pression contre le gouvernement ? C’est en tout cas l’occasion de fédérer la colère des jeunes et celles des enseignants.

1er mars 2006

Lydie GRIMAL


L’ « ambition » et la « réussite » version de Robien...

En réalité, les 250 collèges environ qui seront classés « Ambition Réussite », sous couvert de recevoir des moyens supplémentaires, deviendraient des cobayes soumis à des expérimentations telles que :

  • redoublement interdit, ce qui empêcherait des élèves en ayant besoin de consolider leurs connaissances ;
  • classes de niveau, les « bons » avec les « bons », les « mauvais » avec les « mauvais », une formule qui n’a jamais rien eu de très stimulant pour les élèves en difficulté !
  • priorité à l’acquisition du « socle commun de compétences », formule pompeuse sous laquelle il faut entendre qu’il faudra se contenter pour beaucoup de « savoir lire, écrire, compter, cliquer » ;
  • option « découverte professionnelle » dès la classe de 4e, une façon d’introduire l’apprentissage à 14 ans si cher au gouvernement ;
  • dérogations pour les meilleurs élèves qui éviteraient d’aller dans les lycées de leur secteur, qui se transformeraient encore plus en établissements « poubelles », accentuant ainsi la ségrégation sociale.

Quant aux moyens supplémentaires ? Tous les quatre ou cinq ans, les résultats seront évalués et tout pourra être remis en cause. Ces moyens ne sont d’ailleurs pour une bonne part que de la poudre aux yeux. Ainsi, les 1 000 « profs expérimentés » enlevés à d’autres collèges ne permettront même pas de faire baisser le nombre d’élèves par classe des établissements où ils seront affectés : ils ne seront pratiquement pas chargés de cours mais serviront juste à donner des conseils aux autres !

L.G.

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