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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 44, mars-avril 2006

Allemagne : La grève... en tout cas un début !

Mis en ligne le 11 mars 2006 Convergences Monde

Après 14 ans de silence, la grève a repris ses droits dans les services publics en Allemagne. Depuis le 6 février, les uns après les autres, différents Länder ont été appelés à entrer dans le conflit par le syndicat Ver.di  [1] , de telle sorte qu’aujourd’hui ce sont 33 000 salariés (éboueurs, infirmières, éducateurs, etc.), dans dix d’entre eux  [2], qui ont cessé le travail.

Les salariés des municipalités et ceux des Länder ont des statuts différents mais, pour tous, il s’agit de défendre la semaine de 38 heures 30, ainsi que les primes de vacances et de Noël (la dénonciation récente de conventions collectives autorise les nouvelles embauches à des conditions inférieures).

Les Länder de l’Est n’ont pas été appelés à se joindre au conflit par Ver.di, bien que la semaine de 40 heures y domine depuis longtemps. Le prétexte est que le nombre de syndiqués y serait trop faible. Seule la Saxe fait exception.

Les heures supplémentaires s’accumulent. Il n’est pas rare que des médecins travaillent de 50 à 60 heures par semaine. Dans certains hôpitaux, ces heures supplémentaires ne sont même pas décomptées - ni donc dédommagées en temps ou en argent !

Depuis le milieu des années 1990, 2,2 millions d’emplois ont été supprimés dans les services publics. Certains ont disparu par « externalisation » au privé, une plus grande partie a disparu pour de bon, sans remplacement. Le motif invoqué est que les caisses seraient vides. Elles ont effectivement été vidées, soigneusement, au profit du patronat. Chaque année du gouvernement Schröder allié aux Verts (mais le nouveau, avec Angela Merkel, n’a pas une autre politique !), les dégrèvements fiscaux les ont délestées de dizaines de milliards d’euros. Or six milliards permettraient déjà de créer 100 000 postes.

Changement de climat

Surcroît de la charge de travail et inégalité des statuts ont fait monter la température dans bien des secteurs. En moyenne, les syndiqués ont voté à 95 % en faveur de la grève. Déjà lors de combats isolés précédents, cette combativité s’était exprimée. Par exemple, lors d’une grève en octobre 2005 dans les centres hospitaliers universitaires du Bade-Wurtemberg, la colère était telle qu’il s’est avéré difficile d’assurer un service minimum. Malgré quelques manœuvres de la bureaucratie syndicale (en particulier l’interruption arbitraire de la grève avant tout vote), les grévistes ont fait barrage à l’allongement à 41 heures de la durée de travail. À l’hôpital universitaire « La Charité », à Berlin, des rassemblements syndicaux à l’appel de Ver.di ont été massifs, à la fin 2005 et au début 2006.

Pourtant, les 33 000 grévistes de la seconde semaine de conflit, comparés aux quatre millions de salariés de l’ensemble des services publics du pays, ce n’est pas lourd ! En 1992, lors de la dernière grande grève, la paralysie avait été complète. Cette fois, seuls certains secteurs et certaines villes sont touchés. En Bade-Wurtemberg, 10 000 employés municipaux sur 200 000 ont été appelés à la grève. En Saxe, la « grève » se résumerait à l’arrêt de 80 travailleurs de la ville de Zwickau - autant dire qu’elle passe inaperçue. À Fribourg, où les éboueurs sont en grève, le privé, qui assure 47 % du service d’enlèvement des ordures, assume les tâches du public en grève !

Ver.di aurait bien besoin de quelques succès partiels qui rehausseraient son crédit. Cette centrale syndicale unifiée des services publics, la première du pays il y a quelques mois encore, vient de passer à la seconde place derrière l’IG Metall, la centrale de la métallurgie. En quatre ans à peine, elle a perdu 400 000 membres. Elle rassemble encore 2,5 millions d’adhérents, mais retient surtout les travailleurs par les avantages qu’elle offre (entre autres des « assurances » pour déboires en vacances, etc.).

Mais la direction syndicale Ver.di mène la grève avec son style usuel : les grévistes sont invités à attendre à la maison sans dire leur mot. Elle se vante de pouvoir tenir longtemps, parce que ses caisses de grève le permettraient.  [3] Mais elle ne mène pas une grève qui serait vraiment à l’offensive, c’est-à-dire se donnerait le but de paralyser l’ensemble des services publics par une extension maximum, voire d’en appeler à d’autres travailleurs. Elle semble se préparer à un compromis qui autoriserait un allongement du temps de travail modulé selon l’âge, les plus jeunes pouvant travailler jusqu’à 42 heures.

Par delà les calculs de la bureaucratie syndicale, la combativité des travailleurs des services publics marque l’actualité. Elle est regardée par l’ensemble du monde du travail. Car les problèmes d’allongement du travail, de salaires insuffisants et de précarisation se posent partout. La direction syndicale se garde d’élargir l’horizon. Mais la conscience des travailleurs et des militants syndicaux combatifs peut évoluer plus vite que celle d’une bureaucratie très institutionnalisée.

Berlin, 27 février 2006

Pauline BAUM


Quelques chiffres :

Caisses vidées au profit des plus riches :

La réforme fiscale de l’année 2000, décidée par le précédent gouvernement, a eu pour conséquence de grever les caisses de l’État de 71,1 milliards d’euros, entre 2001 et 2004. La ristourne consentie à la tranche supérieure d’imposition (taux passé de 42 % à 31 %) entraîne à elle seule un manque à gagner de 12 à 15 milliards d’euros.

Chute des effectifs syndicaux :

En 1990 : 8 millions d’adhérents

En 2006 : 6,8 millions

(26,6 millions de travailleurs affiliés aux caisses sociales)

Chômage :

Plus de 5 millions de chômeurs, officiellement.

Nombre d’heures supplémentaires enregistrées :

Pour toute l’Allemagne, en 2005, 1,44 milliard.


[1Ver.di : abréviation de « Vereinte Dienstleistungsgewerkschaft » ou Syndicat unifié des services.

[2Bade-Wurtemberg, Bavière, Rhénanie du Nord - Westphalie, Rhénanie-Palatinat, Sarre, Hambourg, Saxe, Basse-Saxe, Schleswig-Holstein, Brème.

[3En Allemagne, les grévistes syndiqués (mais eux seuls) reçoivent du syndicat des indemnités de grève (Streikgeld), qui compensent en bonne partie la perte de salaire.

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